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L’étudiante automate

9 Fév

On a beaucoup parlé de santé mentale dans les dernières semaines. De la difficulté (et plus encore, de la nécessité) d’en parler. À mon tour, maintenant. Je parle.

 

Je parle, parce que la santé mentale, ce n’est pas seulement les dépressions, les burn-out et tout le reste: c’est aussi une question d’équilibre, de contrôle de sa vie.

Dans le milieu académique où j’étudie, où je travaille, l’équilibre et le contrôle n’existent pas. On travaille, sans arrêt; on laisse les échéanciers contrôler sa vie; et on semble s’accommoder de cette situation insupportable.

 

Crédit : Buzzfeed

Crédit : Buzzfeed

Dans ce milieu, il est valorisé de travailler 80 heures par semaine. Régulièrement, j’entends des professeurs se vanter qu’ils sont épuisés et dorment dans leur bureau l’après-midi. Qu’ils ont sauté le dîner pour ne pas « perdre le fil » de ce qu’ils faisaient.

Comment diable le fait de sauter un repas ou de dormir en plein milieu de journée peut-il être un objet de fierté? Une raison pour se vanter?

Le milieu universitaire ne pardonne pas. Ne donne aucune chance.

Il faut performer. Tout le temps. À tout prix.

Malgré tous les efforts, toutes les nuits blanches, toutes les fins de semaine sacrifiées et les sorties entre amis manquées, ce n’est jamais suffisant. Jamais assez.

Pour être la parfaite étudiante au doctorat, je devrais être misérable, avoir le teint verdâtre et aucune vie sociale, performer au maximum, produire des articles scientifiques, participer à des colloques qui demandent des heures de préparation, et ce ne serait pas encore suffisant: il faut en plus travailler, idéalement hors de l’université, parce que les emplois académiques sont rares.

Personne ne peut réussir à faire tout ça sans perdre des plumes.

Je n’a pas réussi non plus.

La session dernière, j’ai craqué.

Je pleurais tous les jours. Souvent, plusieurs fois par jour. J’ouvrais mon ordinateur, et parfois, j’avais des nausées si fortes que je devais m’y reprendre à deux fois pour commencer à travailler.

J’étais malheureuse.

Et quand j’en parle avec mes amies au doctorat, ça semble normal d’être malheureuses, d’être misérables parce qu’on travaille trop fort.

Dans nos universités, il est normal de mettre sa santé mentale en péril simplement pour obtenir un diplôme.

Dans la vraie vie, ce n’est pas normal.

Je vais le répéter: ce n’est pas normal.

Ce n’est pas normal qu’on se brûle le corps, qu’on se brise l’esprit à faire un doctorat ou une maîtrise.

Ce n’est pas normal qu’un étudiant-chercheur sur cinq présente des symptômes dépressifs. On nous dit que les ressources existent, et oui, elles sont là: les services de psychologie sont fournis et accessibles.

Mais comment savoir qu’il faut aller voir un psychologue si on pense que c’est normal? Si on pense que tout le monde travaille plus que soi, et qu’on devrait se ressaisir pour travailler autant que les autres?

Tout ça à cause du foutu modèle de l’étudiant parfait, que j’appelle l’étudiant automate, qui travaille sept jours sur sept, beaucoup trop d’heures par jour, sans se fatiguer.

Ça n’existe pas. C’est impossible.

Ce n’est qu’un modèle. Nocif et destructeur, qu’il faut démanteler.

Lentement, c’est ce que j’essaie de faire.

À moi toute seule, je ne ferai peut-être pas une grande différence, mais j’essaie tout de même d’aider mes amies à ne pas tomber dans les mêmes pièges que moi -j’ai fait un peu de la route avant elles, je connais le chemin.

Ne plus voir la lumière au bout du tunnel, c’est une chose. Savoir qu’on n’est pas tout seul dans le tunnel, c’en est une autre.

Ça peut tout changer.

Anne-Sophie

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Article commun septembre : meilleur souvenir de rentrée

6 Sep

Aaaaah, la rentrée! L’odeur des cahiers neufs, les vieux et les nouveaux amis, les projets, là où tout est possible. Les louves se sont rassemblées pour vous partager leurs meilleurs souvenirs de rentrée scolaire (ou les pires?). Quels sont les vôtres?

Bonne rentrée à tous!

september

Michèle : Je me souviendrai toujours de mon arrivée à Montréal dans les Résidences universitaires de l’UQAM. J’ai presque versé une larme quand j’ai vu la petite taille de ma chambre et de mon lit simple. Je voulais faire ma tough devant mes parents, mais j’ai eu envie de pleurer quand ils sont repartis pour Québec et que je me suis retrouvée seule. Semblerait que ma mère a eu la même retenue devant moi, mais qu’elle a pleuré une fois rendue dans l’auto. 😉 Le jour d’après, j’ai retrouvé le sourire! C’était les initiations en communication à l’UQAM, j’ai vécu une semaine incroyable et rencontré ceux qui allaient devenir mes amis et complices. 😉

Camille : L’été entre le secondaire et le Cégep, j’ai travaillé dans un camp. Je suis revenue dudit camp la veille de la rentrée scolaire… après avoir fêté au point d’en oublier mon nom. Donc, imaginez ceci: petite moi de 17 ans qui rentre au Cégep complètement hangover et sans aucun plan parce que j’ai passé l’été dans le bois. Je ne savais même pas quel autobus prendre pour me rendre à l’école. Je n’avais aucune idée de comment me rendre au local de mon cours de français non plus. Par un miracle incroyable mon mal de coeur et moi on est arrivés à bon port. Encore aujourd’hui, je ne sais pas trop ce qui s’est passé cette journée-là.

Andrée-Anne B. : Pour moi, rentrée scolaire signifiait l’excitation de tout plastifier. Pas que je sois une folle du plastique, mais j’adorais la rentrée car elle voulait dire que j’allais avoir de nouveaux crayons, une gomme à effacer toute neuve, des cahiers Canada de la couleur de mon choix et des manuels à plastifier pour les garder comme neufs pendant les prochains mois. Je jubilais à l’idée de tout bien classer dans mon étui à crayons et de tout faire rentrer dans mon sac à dos. J’aimais commencer l’année scolaire du bon pied, quitte à passer des heures à plastifier! 🙂

 

Laurie : Ah, les rentrées! Toute ma vie, ce fut des moments parsemés d’excitation mais surtout… d’angoisse. Vais-je me faire des amis? Retrouverai-je mes amis? Est-ce que quelqu’un aura le même chandail que moi? Est-ce que *nom d’un garçon cute* a changé d’école? TANT DE QUESTIONS! Je me souviens surtout des kits que je choisissais des jours à l’avance, pour être juste assez cool mais pas trop, juste assez voyante mais pas trop. Aaaah, douce nostalgie! (Mes BFF du secondaire se souviendront sans doute de ma chemise de cowboy mauve, de mon coton ouaté blanc Billabong et/ou de mon t-shirt jaune, bandeau bleu poudre… ;))

http://giphy.com/gifs/cootiesmovie-movie-rainn-wilson-cooties-3o85xqiJwU9WS1yvWU

 

Patry : Premier jour de secondaire 1. À noter que j’ai grandi dans un minuscule village et soudainement, je me retrouve dans la grande école en « ville ». Je frappe fort avec un look urbain fashion déniché au Pentagone du Centre d’achats à Rivière-du-Loup. Le orange brûlé et les pantalons cargo sont à la mode, j’ai trois excellents kits directement inspirés de cette tendance. Je porte aussi les cheveux super courts avec des pics en arrière sculptés au gel et des barrettes papillon pour retenir mon toupet. Bref, même ma cousine en secondaire 3 ne m’a pas reconnue. Merci Nicole Benisti.

 

 

Anne-Sophie : J’ai toujours aimé les rentrées. Les cahiers neufs, l’atmosphère surexcitée du campus… J’étais donc plus que motivée pour ma première rentrée au doctorat, l’an passé. Première semaine, tout va bien. Et puis… Disons que ma rédaction de mémoire en treize mois m’a brusquement rattrapée. Alitée pendant cinq jours, mal partout, j’étais loin du glorieux début d’études doctorales dont j’avais rêvé. J’ai raté comme une pro ma deuxième semaine de cours, écrasée dans mon lit, incapable même de me lever pour mettre autre chose que mon pyjama. C’était GRANDIOSE. #epicfail

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Un jour, j’ai fini mon mémoire de maîtrise

2 Août

Après deux ans à suer sang et eau au-dessus de mon Mac, deux ans à n’avoir que le strict minimum de vie sociale, enfin, oui, enfin, j’ai déposé mon mémoire de maîtrise.

Crédit : Brittanickel.tumblr.com

Crédit : Brittanickel.tumblr.com

Et je me suis rappelée les deux sessions de scolarité, ces huit mois intenses de torture intellectuelle à essayer de passer du «concret» au «conceptuel» en ayant l’impression de marcher dans une brume si épaisse que seulement tendre la main rend les doigts invisibles. Je me suis rappelée ces heures interminables de recherche à la bibliothèque, ces milliers de pages photocopiées, gribouillées, surlignées que j’ai lues et relues sans cesse, et ces soirées où je broyais du noir devant l’écran blanc.

Je me suis rappelée aussi ces débuts exaltants de rédaction, ce moment où j’ai écrit pour la première fois « Chapitre 1 » en me disant « Oh wow, cette fois, ça y est! » Quelle naïveté! Le début du chapitre 1 n’était que le commencement. Je n’approchais de rien, je n’atteignais aucun but tangible : le chemin était encore si long!

Le chemin était encore long, mais enfin, je suis arrivée au bout.

Je suis arrivée au bout, à coup de « Fuck it! » et autres élégantes onomatopées. J’ai refusé de sortir à d’innombrables reprises. J’ai ouvert mon Mac tous les jours, soirs et fins de semaine possibles et imaginables. J’ai passé des nuits blanches à tourner et retourner des concepts dans ma tête, sans le vouloir le plus souvent, parce que mon cerveau a apparemment perdu la touche « Off » durant le processus.

Il y a eu des jours où j’avais envie d’oublier mon mémoire au coin de la table et de ne plus jamais y penser. Mais il y a aussi eu beaucoup de jours où j’ai découvert des choses, où j’ai compris des concepts, où mon cerveau s’est enfin illuminé d’une connaissance qui jusque là m’avait échappée. Et cette sensation de découverte valait plus que tous les jours de découragement.

Écrire un mémoire de maîtrise, ce n’est pas seulement un travail d’université. C’est un processus dans lequel il faut s’engager, tout entier, corps et âme, un processus qui ne souffre aucun compromis. Un processus qui m’a fait admettre et respecter mes propres limites, qui m’a appris à lâcher prise. Qui m’a fait grandir.

Même s’il y a eu des jours difficiles, le mémoire en valait la peine.

Le mémoire valait tellement la peine, voyez-vous, que je me suis inscrite au doctorat.

On s’en reparle dans… quatre ou cinq ans? 😉

Anne-Sophie

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