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Petit lexique pour maîtriser l’art de l’Avare

25 Avr

Il y a ceux qui feraient tout par amour. Ceux pour qui l’amour rend aveugle. Et il y a celui pour qui l’argent rend aveugle. Dans L’Avare de Molière présenté au Théâtre La Bordée jusqu’au 6 mai prochain, Harpagon interprété brillamment par Jacques Leblanc est tout simplement rebutant.

Le pingre déshériterait sans regret ses propres enfants pour amener avec lui son butin dans sa tombe. Parlons-en de ces enfants! Tous deux amoureux, ambitieux et un brin malicieux. Elise n’a d’yeux que pour Valère, l’intendant d’Harpagon. Déterminée à vivre son amour au grand jour, mais prise dans cette époque où la permission du paternel est essentielle et où la dote a la cote, elle patiente languissante que son Valère convainque son père. Mademoiselle Picknell toute en pastel est de toute beauté et dégage une effervescence qui émane dans toute la salle. Cléante quant à lui fastueux amoureux de la belle Mariane danse entre l’extravagance et la résistance pour faire chanter son père dont il est tout le contraire, charismatique et sybarite :

« Je voudrais bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu’à la tête (…) »

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Crédit: Nicola-Frank Vachon

 

Celle qui nous enjôle, nous ensorcelle c’est sans aucun doute la plantureuse Fronsine. Voluptueuse entremetteuse, elle allume les coeurs de ceux qui sont sur son chemin et titille les corps les plus éteints. La grande Frédérique Bradet, je l’admets, nous en met plein la vue à chaque présence sur scène. Convaincante, surprenante, provocante, on ne peut qu’avoir hâte à sa prochaine apparition.

Bien que la prose puisse parfois nous rendre les choses plus compliquées qu’elles ne le sont en réalité, nous étourdir, nous perdre, la mise en scène de Bertrand Alain permet de démystifier la plume de Molière, la rendre efficace, nous amener droit au but. Les mots virevoltent si naturellement qu’on en oublie les rimes et les tirades pour laisser place à un théâtre presque contemporain. L’amalgame de musique, de chorégraphie et de costume font de ce folklore classique français un récit intemporel. L’action prend place dans la cour intérieure défraîchie de la demeure d’Harpagon. Lieu de confidence aux mille secrets où les quiproquos s’enchaînent, la cour est à l’image de son propriétaire, déchue et austère. Mais l’on vient lui redonner sa couleur et sa fraîcheur en se servant de ses niveaux comme d’un podium où les personnages défilent sur une musique électro-pop avec quelques mouvements savamment chorégraphiés. Et hop! on se retrouve dans une parade de notre siècle passé à surconsommer.

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Crédit: Nicola-Frank Vachon

Merci à La Bordée de mettre de l’avant le talent indéniable de la relève théâtrale à Québec, je pense entre autres à Paul Fruteau De Laclos qui interprète Valère. C’est d’ailleurs un des objectifs principaux du nouveau directeur artistique, Michel Nadeau. Pour la 41e saison du théâtre, il tient aussi à encourager davantage la création, se donne un devoir de médiation culturelle et souhaite exploiter encore plus le répertoire contemporain québécois. La saison 2017-2018 du Théâtre La Bordée est empreinte d’humanité et de bienveillance et célèbre l’humain dans ses parts d’ombre et de lumière. Pour connaître la programmation complète : http://bordee.qc.ca

Courez voir L’Avare, car il ne reste qu’une semaine et les billets s’envolent. Je vous promets un moment de pur plaisir! Pour vous procurer des billets, c’est ici! 

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Crédit: Théâtre La Bordée

Pingre: D’une avarice sordide et mesquine.

Languissante: Qui est dans un état d’affaiblissement physique, qui dépérit.

Fastueux: Qui témoigne d’un grand luxe, somptueux.

Sybarite: Qui recherche les plaisirs raffinés d’une existence passée dans le luxe.

Plantureuse: Qui est bien en chair, qui a des formes pleines, rebondies.

Voluptueuse: Qui a un penchant marqué pour les plaisirs érotiques.

Quiproquos: Méprise par laquelle une personne, une chose est prise pour une autre.

Austère: Qui est dépourvu de tout ornement, de tout agrément ; sévère.

Source : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais

 

Bon théâtre !

Laura

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La Bordée : une nouvelle saison et 40 ans d’histoire

31 Mar

C’est avec une myriade de bonnes nouvelles que nous avons été accueillis le 21 mars dernier au théâtre La Bordée. Il s’en passe des choses pour le théâtre de Québec! En effet, non seulement la prochaine saison sera intéressante, variée et équilibrée, mais La Bordée fête cette année son quarantième anniversaire et vient de recevoir une contribution financière de taille de la part de Québécor.

M. Jacques Leblanc, directeur artistique depuis 2004, a commencé par nous faire un résumé de l’histoire de La Bordée. Ainsi, fondée en 1976 par une « bordée » de finissants du conservatoire de musique et d’art dramatique de Québec voulant allier le théâtre et la musique, l’institution a su, au fil des ans, se créer une place de choix dans le milieu culturel au Québec. Depuis, ils ont pu accueillir 150 pièces, 290 acteurs, 179 concepteurs et 159 auteurs. Fort de la satisfaction de son public, La Bordée saura enclencher cette nouvelle saison avec force et bonne humeur!

Saison 2016/2017

Gloucester, délire Shakespearien (20 septembre au 15 octobre 2016)

Après une victoire sanglante contre les Écossais, Édouard, roi d’Angleterre, partage le royaume d’Écosse en trois parts entre ses généraux et son épouse. Or, la reine espérait devenir l’unique régente de l’Écosse. S’ensuit une suite de manigances, de quiproquos et de discordes. Les personnages se livreront aux  jeux du pouvoir et de la vengeance. 

Imaginez les plus grandes scènes de l’oeuvre de Shakespeare, mélangez-les, ajoutez une bonne dose d’humour et vous aurez devant vous la prémisse pour cette nouvelle pièce! Une véritable épopée shakespearienne où le meilleur et le pire de ce grand auteur sont réunis dans le but de vous faire sourire.

Texte: Simon Boudreault et Jean-Guy Legault | Mise en scène`: Marie-Josée Bastien | Conception: Marie-Renée Bourget Harvey, Sébastien Dionne, Michel F. Côté et André Rioux | Distribution: Emmanuel Bédard, Geneviève Bélisle, David Bouchard, Simon Boudreault, Éloi Cousineau, Érika Gagnon, Jonathan Gagnon, Jean-Guy Legault, Catherine Ruel et Alexandrine Warren.

Les marches du pouvoir (1er au 26 novembre 2016)

David Bellamy est une jeune relationniste et conseiller de campagne pour le gouverneur Morris. Ambitieux, charismatique et fonceur, Bellamy voit sa carrière toute tracée puisque le gouverneur pour lequel il travaille devient candidat à l’investiture démocrate américaine. Or, c’est à ce moment que le parti opposé le contacte. Curieux, il se rend à ce rendez-vous qui pourra changer tous ses plans.

L’auteur de la populaire série « House of Cards » connaît son sujet: les coulisses de la politique américaine. Il a frappé encore une fois avec cette pièce qui met de l’avant les gens dans l’entourage des grands hommes politiques (et oui! Il y a eu un film de fait là-dessus avec George Clooney et Ryan Gosling).

Texte: Beau Williams | Traduction: David Laurin | Mise en scène: Marie-Hélène Gendreau | Conception: Véronique Bertrand, Josué Beaucage, Keven Dubois et Julie Morel | Distrbution: Charles-Étienne Beaulne, Maxime Beauregard-Martin, Sophie Dion, Hugues Frenette, Israël Gamache, Jean-Sébastien Ouellette et Nathalie Séguin.

J’accuse (10 janvier au 4 février 2017)

Cinq femmes. Cinq monologues. Cinq histoires vibrantes et poignantes racontées par ces femmes qui représentent la jeunesse d’aujourd’hui. On y retrouve la fille qui encaisse, la fille qui agresse, la fille qui intègre, la fille qui adule et la fille qui aime. Une prise de parole féminine et actuelle qui dépeint le quotidien de cinq trentenaires qui luttent pour garder la tête haute dans cette société d’aujourd’hui qui leur en demande beaucoup.

Un texte bombe qui a su faire vibrer le public montréalais l’année dernière. Les cinq fabuleuses actrices qui se sont livrées, aux dires du metteur en scène, aux Olympiques de l’actrice. J’accuse vous est présenté avec sa distribution originale pour le plus grand des effets.

Texte: Annick Lefebvre | Mise en scène: Sylvain Bélanger | Conception: Erwann Bernard, Ulysse del Drago, Pierre-Étienne Locas, Larsen Lupin, Sylvie Rolland-Provost et Marc Sénécal | Distribution: Léane Labrèche-Dor, Ève Landry, Debbie Lynch-White, Alice Pascual et Catherine Trudeau.

Crédit photo: Nicola-Franck Vachon

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou ( 21 février au 18 mars 2017)

En 1961, un couple  s’assoit. La femme annonce à son mari qu’elle est enceinte de leur quatrième enfant. Ensemble, ils passeront en revue leurs vies, leurs échecs et leur couple. Dix ans plus tard, leurs deux filles s’assoient. Une s’est affranchie de son éducation et est devenue chanteuse country. L’autre, prise au piège par son éducation teintée par la religion, écoute sa sœur qui tente de l’aider à se libérer de cet étau. 

Pièce phare de l’auteur québécois qui n’a pas besoin de présentation, Michel Tremblay, À toi pour toujours, ta Marie-Lou a non seulement obtenu un grand succès au Québec, mais dans le monde entier. Les sujets abordés (la famille, la quête de liberté, le manque de communication, etc.) en font une oeuvre qui dépasse les frontières puisqu’ils abordent l’humain.

Texte: Michel Tremblay | Mise en scène: Jacques Leblanc | Conception: Stéphane Caron, Denis Denoncourt, Denis Guérette et Ariane Sauvé | Distribution: Ève Daigle, Hugues Frenette, Marianne Marceau et Catherine Simard.

L’Avare ( 11 avril au 6 mai 2017)

Harpagnon est un vieil avare. Riche pour le simple raison qu’il ne dépense pas. Or, il a des projets de mariage pour ses enfants et ne les a certainement pas consultés avant de prendre des décisions. Élise est amoureuse de Valère, mais promise à Anselme et Cléante doit épouser une jeune veuve, mais est épris de Marianne. Et, comble de tout, Harpagnon souhaite que Marianne devienne sa femme.

On ne fait pas plus classique et réussi qu’une comédie de Molière.Ses pièces se passent de présentation et sont évidemment de grandes oeuvres qui ont su traverser le temps et conquérir le coeur de gens malgré les années.

Texte: Molière | Metteur en scène: Bertrand Alain | Conception: Vano Hotton, Élyane Martel, Laurent Routhier et Fabrice Tremblay | Distribution: Frédérique Bradet, David Bouchard, Chantal Dupuis, Paul Fruteau de Laclos, Jacques Leblanc, Nicolas Létourneau, Jocelyn Paré, Guillaume Pelletier, Mary-Lee Picknell, André Robillard et Réjean Vallée.

 

Bon théâtre et joyeux anniversaire à La Bordée!

Camille xxx

 

Mais que diable allait-il faire dans cette galère !

5 Fév

La Bordée est un théâtre que j’affectionne beaucoup à Québec. Il faut comprendre qu’aussi, dans la Capitale-Nationale, il y a 4 théâtres majeurs : Le Trident, La Bordée, Le Périscope et Premier Acte.

 

Chacun a leur particularité, leur style et le théâtre qui y est joué a souvent une certaine ligne artistique directrice. Dans l’ordre, du plus classique au plus expérimental. J’ai vu les meilleures pièces de ma jeune vie dans chacun d’entre eux, mais La Bordée a une place de choix dans mon cœur d’ex-étudiante en littérature et arts, c’est là que j’y ai vu ma première œuvre.

La semaine dernière, donc, j’étais à La Bordée pour assister à l’œuvre de Molière, Les Fourberies de Scapin. Le texte lui, date de 1671, mais comme les mots ne meurent jamais, la mise en scène drôle et éclatée de Jacques Leblanc elle est contemporaine avec juste ce qu’il faut de traditions. On revit ce classique comme si on ne l’avait jamais lu, jamais entendu et jamais vu.

Crédit photo : La Presse

Crédit photo : La Presse

Un résumé assez simple de l’histoire serait un groupe de jeunes gens appellent aux ruses de Scapin pour se sortir de situations parentales délicates et pouvoir ainsi vivre leur amour en toute liberté. Douce vengeance et stratagèmes ingénieux sont au rendez-vous pour nous offrir un spectacle haut en couleur et en éclats de rire ! Le jeu des comédiens, notamment Christian Michaud, dans le rôle de Scapin, mais aussi Octave (Pierre-Olivier Grondin) et Géronte (le grand Jack Robitaille et sa galère) est incroyablement comique et se rapproche réellement de la commedia dell’arte. De beaux moments où j’ai craint que mon rire ne déconcentre les comédiens… 😉

Mention très très importante et spéciale aux costumes et à la scénographie totalement efficace. Des costumes colorés, taillés dans le même tissu tout en étant complètement différents et représentatifs de chacun des personnages ajoutent la touche extra à l’ensemble de la pièce. Le travail d’Ariane Sauvé et de Sébastien Dionne, respectivement aux décors et aux costumes donnent tout le souffle de renouveau à ce classique du théâtre français.

Crédit photo : Radio-Canada

Crédit photo : Radio-Canada

Vous avez jusqu’à la St-Valentin pour aller voir cette pièce qui, pour une fois, nous sort des réflexions et nous fait simplement passer un excellent moment en bonne compagnie.

Bon théâtre !

Laurie-louve

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