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Qui a peur de Virginia Woolf?

15 Avr

Afin de clore sa saison 2015-2016, le Théâtre La Bordée a choisi de présenter la pièce Qui a peur de Virginia Woolf d’Edward Albee. Je l’avoue, je connaissais déjà cette œuvre ayant vu le film mettant en vedette Elizabeth Taylor et Richard Burton pour un cours à l’université il y a…quelques années. Je me souvenais de deux choses. Tout d’abord, que l’histoire est un peu tordue et que les personnages se détestent. Ensuite, du regard horrifié de ma mère quand je suis remontée du sous-sol: « Mais veux-tu ben me dire qu’est-ce que tu écoutes? Ça fait juste hurler depuis deux heures! » Heureusement, La Bordée nous offre ici une version beaucoup plus nuancée de cette pièce culte.

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Lorraine Côté – Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Résumé

Georges et Martha reviennent chez eux vers les deux heures du matin après une soirée universitaire bien arrosée. Ce couple de quadragénaires est à peine rentré qu’il se livre déjà à une scène de ménage qui sera, en fait, la prémisse de ce qui se passera par la suite. C’est d’ailleurs à ce moment que Nick et Honey sonnent à la porte. Nouveaux arrivés en ville et à la faculté, Martha les a invité pour un dernier verre. Le « dernier verre » se transforme bien vite en une beuverie sans nom et la « scène de ménage » se révèle finalement être un jeu aux règles impitoyables qui dissèquera, sous les yeux des spectateurs, les deux ménages jusqu’à la moelle.

Quand: du 12 avril au 7 mai 2016 au Théâtre La Bordée

Durée: 2 h 30 avec entracte

Texte: Edward Albee | Traduction: Michel Tremblay

Mise en scène: Hugues Frenette

Distribution: Martha: Lorraine Côté | George: Normand Bissonnette | Honey: Élodie Grenier | Nick: André Robillard

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Le titre: Vous avez déjà vu le dessin animé de Disney sur l’histoire des trois petits cochons? Et bien, les cochons chantent « Who is afraid of the big bad wolf ». Je vous invite à changer les paroles pour le titre de la pièce. L’histoire ne dit pas dans quel contexte les paroles de la chanson ont été changées, mais il semblerait que ce soit un running gag au sein du groupe.

Retour sur la pièce

Ce qu’il y a de difficile dans ce genre de pièce, qui repose entièrement sur la performance des acteurs et sur les ambiances créées par les situations, c’est que bien souvent, la tension monte trop vite ou alors que les spectateurs perdent le focus. En effet, ici, il n’y a aucun changement de décor, peu d’indication sur le temps et aucun artifice qui pourrait distraire l’audience de ce qui se passe.

Or, la mise en scène d’Hugues Frenette est rythmée, intelligente, mais surtout adroite. Contrairement au film, ici, les gens ne crient pas continuellement. Tout est beaucoup plus acéré et subtile. Évidemment, la chicane pogne à quelques moments, mais ce sont des endroits ciblés et souvent, une plaque tournante de l’histoire.

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Distribution complète – Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Les acteurs font un travail absolument magnifique. Lorraine Côté est subtile et changeante dans son rôle de Martha. Elle s’affirme de manière habile et semble insaisissable. Normand Bissonnette, en George, est calculateur et rusé.  Il sait pleinement profiter de la tension qui grimpe pour exploser au moment qu’il se doit et le temps qu’il se doit. Élodie Grenier et André Robillard, dans les rôles de Honey et Nick, sont justes drôles, mal à l’aise, joueurs, naïfs, affirmés… leurs personnages sont les esclaves de l’intrigue et ils le rendent bien.

Bref, j’ai beaucoup aimé et je vous la recommande vivement!

Camille xxx

Trainspotting

10 Nov

Avant d’aller voir cette pièce, je l’avoue, je ne m’étais pas beaucoup renseignée. Je savais que ça parlait de drogue et que ce serait probablement trash. N’ayant jamais lu le livre ou vu le film, il était donc difficile pour moi de me faire une idée de ce qui allait m’être présentée le mercredi 27 octobre à La Bordée.

Le petit signe 16 ans et plus sur mon programme faisait pourtant office de signaux de fumée dont le but était de me révéler l’étendue de ce que j’allais voir pendant la prochaine heure et demi.

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Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Trainspotting, c’est l’histoire d’une bande de jeunes dans l’Écosse très pauvre du milieu des années 1990 qui ont décidé de se réfugier dans la drogue pour trouver un sens à leur vie (ou anesthésier leur perspective face à la vie, ça dépend comment tu prends le problème). L’histoire nous est racontée par Mark. Celui-ci décrit et commente différents épisodes de sa vie qui s’enchaînent pour finalement devenir une histoire. Il est accompagné par ses amis Tommy, Sick Boy, Begbie et Allison. Certains tombent peu à peu dans l’enfer de la drogue (ou un quelconque substitut comme l’alcool ou la violence) et d’autres finissent par s’en sortir. Ils ont tous un point un commun cependant: ils cherchent tellement à échapper à la réalité que même quand celle-ci les frappe en plein visage, ils n’arrivent pas à l’accepter et préfèrent détourner le regard.

La première image qui m’est venue en tête après avoir vu la pièce, pour résumer mon sentiment sur l’histoire, est que les films Requiem for a dream et The full Monty avaient eu un bébé: pauvreté, crise économique, génération bafouée, déchéance et drogue sur fond de crise identitaire.

CRÉDITS PHOTOS : Pierre-Marc Laliberté

Crédit photo : Pierre-Marc Laliberté

Le texte est tranchant. Les histoires choquantes voire écœurantes sont entremêlées de moments touchants et vrais, de discours qui font mal et de séquences hilarantes. Entre le langage ordurier des personnages et les scènes qui donnent la nausée on finit toutefois par se demander ce qui déferle le plus: les sacres ou les déjections.

Cependant, ce qui marque le plus l’esprit dans cette pièce, malgré les milles et une péripéties dont le spectateur est témoin, est la vérité et l’innocence qui émane de la trame de fond. Comme l’a si bien résumé la metteure en scène, Marie-Hélène Gendreau: « La pièce jette intelligemment un blâme sur tous les « abandonneurs » d’enfants. J’entends par là, une société qui n’aime pas suffisamment ses enfants, qui ne leur fait pas assez de place, qui n’est pas tolérante envers leur agitation. »

Les acteurs sont tous excellents, avec à leur tête Lucien Ratio dans le rôle de Mark. On retiendra surtout de son interprétation cette capacité à rendre presque agréable des situations qui, à la base, ne le sont pas du tout. Son personnage de junkie en est un attachant voire touchant dans sa manière de narrer les événements les plus tragiques de sa vie. Il faut noter l’intensité dramatique des comédiens Jean-Pierre Cloutier (Tommy) et Claude Breton Potvin (Allison) ainsi, que l’interprétation du personnage de Begbie, un ivrogne aux sérieux problèmes de gestion de la colère, par Charles-Étienne Beauline. C’est Marco Poulin qui fait tous les autres rôles secondaires (employeur, la mère supérieure et l’ivrogne) et il faut mentionner qu’il était incroyable dans la scène de l’entrevue!

CRÉDITS PHOTOS : Pierre-Marc Laliberté

Crédit photo : Pierre-Marc Laliberté

Je suis sortie du théâtre dans un état de transe semi-nauséeux. Ne sachant que trop quoi penser de cette pièce. Certes, j’avais beaucoup aimé et la mise en scène comme les acteurs étaient excellents. Mais une grande partie de moi continuait d’être profondément mal à l’aise. Maintenant, avec le recul, je suis vraiment contente de l’avoir vu. Parfois faut que ça fasse un peu mal pour qu’on arrive à voir plus grand et entamer une réflexion sur de tels sujets.

Trainspotting, de Irvine Welsh, a été adapté pour le théâtre par Harry Gibson seulement huit mois après la parution du livre. Elle a ensuite été traduite en français par Wajdi Mouawad et présentée pour la première fois à Québec à Premier Acte en 2013. La pièce est présentée à La Bordée du 27 octobre au 21 novembre 2015.

Camille xxx

La mère, la putain et la Vierge 

5 Oct

Les fées ont soif de Denis Boucher à La Bordée

« Chu tannée des filles qui disent qu’elles n’ont plus besoin du féminisme! » sont les mots d’une spectatrice, invitée à s’exprimer par les comédiennes elles-mêmes vers la fin de la pièce, ont de quoi donner le ton. Les Fées ont soif de Denise Boucher, mise en scène par Alexandre Fecteau, est rejouée pour la première fois depuis 1978, année à laquelle celle-ci avait créé une vive polémique. Les fées ont-elles toujours aussi soif, près de 40 ans plus tard?

Bien que je connaissais la pièce, par mes études au Cégep en arts et lettres (yay), je ne connaissais pas tout le bruit qu’elle avait pu faire à l’époque. J’étais donc totalement inconnue au contexte, et c’était encore mieux ainsi. Traitant de féminisme et des rôles sociaux qu’ont eu les femmes au cours des époques, Les fées ont soif est une œuvre unique qui, je dois l’admettre, aurait clairement pu être écrite en 2014.

L’histoire

Présentée à la fin des années 70 au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), on doit replacer l’œuvre de Denise Boucher dans le contexte de l’époque, des années post Révolution tranquille qui amènent leurs lots de revendications, preuve de l’épanouissement de la société québécoise. La religion, les mœurs, les femmes, des changements qui s’opposent au conservatisme habituel. La pièce donc, par ses prises de parole féministe qui dénoncent l’oppression d’une société patriarcale, est vue par certains acteurs, tel que le Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal et les groupes conservateurs religieux, comme vulgaire et démoralisatrice.

Malgré une opposition importante par ceux-ci à la diffusion et au financement de l’œuvre théâtrale, Les Fées ont soif remporte un vif succès auprès du public et des critiques de l’époque. Traitant ouvertement de sexualité par des femmes dans un langage des plus populaires, il n’y a pas à dire, la pièce a de quoi choquer lorsqu’on la replace dans son contexte.

Crédit : Théâtre La Bordée

Aujourd’hui

Lise Castonguay, Lorraine Côté et Marie-Ginette Guay, incarnent respectivement Marie, Madeleine et La Statue d’une grandiose façon. Incroyablement poignante dans la définition de leurs conditions de femmes et fortes dans leur quête d’émancipation, c’est un jeu sans faute pour les trois comédiennes d’expérience. Il y a longtemps que je n’avais pas pleuré, ri et eu envie de crier ainsi au théâtre, et j’ai adoré cela. Avec une scénographie simple et efficace, le spectateur ressent davantage le carcan imposé à ces trois figures de femmes.

Quelques témoignages, décrochages, des lectures des textes du blogueur Rabii Rammal, des participations du public, tous des ajouts qui en font une pièce d’une grande beauté et richesse pour notre culture et nos valeurs québécoises. Trois personnages, trois facettes de la femme moderne qui commencent en étant tellement différents, mais tout aussi engloutis dans le rôle social qui leur a été imposé, et qui terminent en unissant leurs voix pour crier la liberté.

Louisette Dussault, Michèle Magny et Sophie Clément, les trois comédiennes de la distribution originale, ainsi que Denise Boucher, l’auteure, ont de quoi être fières, mais inquiètes aussi, de la pérennité de leurs propos.

Le féminisme n’est pas mort, vive le féminisme. En salle jusqu’au 11 octobre, hommes et femmes, courez!!!

Bon théâtre,

Laurie

Référence : Notes bibliographiques de la pièce, dossier de presse, Théâtre de la Bordée

Les liaisons dangereuses

19 Avr
©  Nicola-Frank Vachon

© Nicola-Frank Vachon

Issue d’une coproduction avec Les Enfants Terribles, la pièce Les liaisons dangereuses de Christopher Hampton (adaptation du roman de Choderlos de Laclos) clos la saison 2013-2014 du Théâtre de la Bordée de belle manière!

Dès votre entrée en salle, vous êtes plongé dans un monde aristocratique. Des rideaux vaporeux et un magnifique lustre habillent la scène. Néanmoins, à mesure que les chassés-croisés entre les personnages débutent, on n’est plus du tout certain de l’époque dans lequel on se trouve. Les liaisons dangereuses pourrait très bien se dérouler au 21e siècle. Ce sont les magnifiques costumes conçus par Sébastien Dionne, la musique de Véronika Makdissi-Warren et le texte plutôt conventionnel, bien que cru, qui confèrent à la pièce son côté plus classique.

La marquise de Merteuil (Marie-Josée Bastien) et le vicomte de Valmont (Réjean Vallée), deux anciens amants et grands amis, vous entraînent au cœur de leur jeu où l’amour prend toute la place. Ils s’amusent à séduire et manipuler pour mieux rejeter. Les deux amis vont être pris à leur propre jeu lorsque Valmont tombera, malgré lui, éperdument amoureux de Madame de Tourvel (Claudiane Ruelland).

© Nicola-Frank Vachon

La marquise et le vicomte (Marie-Josée Bastien et Réjean Vallée) © Nicola-Frank Vachon

Pour ma part, j’ai adoré ce moment de théâtre. Je n’ai pas vu le temps passer! Ce qui ressort le plus de cette pièce est le talent indéniable des comédiens et la sublime et efficace mise en scène (Érika Gagnon assistée de Maxime Robin).  Plus d’une fois, le décor se transforme sous nos yeux nous faisant voyager à travers les différents lieux de l’histoire sans jamais nous perdre, chapeau!

Amateurs de théâtre, c’est à ne pas manquer!

Où? Théâtre de la Bordée

Quand? jusqu’au 10 mai

Qui? Véronique Aubut, Marie-Josée Bastien, Guillaume Boisbriand, Sophie Dion, Noémie O’Farrell, André Robillard, Claudianne Ruelland et Réjean Vallée.

Pour vous donner un avant-goût, voici un aperçu :

*

PSSSST! Si vous êtes à Montréal et que vous ne pouvez pas assister à cette production de Québec, sachez que la pièce Les liaisons dangereuses est aussi présentée par la Compagnie Jean Duceppe à Montréal.

Bon théâtre!

Karyan

Lumière(s) sur la Bordée

2 Avr

Jacques Leblanc © Nicola-Frank Vachon

Jacques Leblanc, directeur artistique de la Bordée, signe pour une dixième année consécutive la programmation du théâtre. Une saison 2014-2015 intitulée Lumière(s) «pour tout ce que ça évoque de clair-obscur, de fulgurance, de scintillement, de feu, d’étincelles, d’énergie, d’éclat!» illustre avec énergie M. Leblanc.

Les louves ont eu la chance d’assister à la soirée de lancement et d’avoir un aperçu des pièces qui y seront présentées.

Voici ce qui vous attend, dès septembre sur la rue St-Joseph, chers amateurs de théâtre :

Les fées ont soif


16 septembre au 11 octobre

©  Nicola-Frank Vachon

© Nicola-Frank Vachon

 

Écrite en 1978 par Denise Boucher, cette pièce a suscité une grande polémique à l’époque pour ses propos très audacieux sur la place réservée aux femmes dans la société.  En 2014, il n’y a pas de doute que les propos seront encore d’actualité!

En quelques mots : «Trois femmes archétypes se retrouvent sur scène. La Statue, Marie et Madeleine. Trois femmes qui se sentent prisonnières des rôles auxquels on les a confinées au fil des siècles. […] Trois femmes qui crient leur frustration, leur rancoeur, leur aliénation. Trois femmes qui, brisant leurs chaînes, unissant leurs voix, vont clamer leur individualité, leur identité, leur liberté.»

Mise en scène : Alexandre Fecteau | Comédiennes : Lise Castonguay, Lorraine Côté et Marie-Ginette Guay

Guerre et paix


28 octobre au 22 novembre

© Nicola-Frank Vachon

© Nicola-Frank Vachon

Amateurs du Théâtre du Sous-marin jaune et de son directeur artistique, Loup bleu, cette pièce est pour vous! Si vous avez vu dans le passé Kanata, Une histoire renversée, cette coproduction vous lance dans un univers semblable où les marionnettes vous feront vivre l’histoire. Ici, un défi de taille : on «plonge» au cœur de l’œuvre littéraire Guerre et Paix de Léon Tolstoï.

En quelques mots (si c’est vraiment possible) : «C’est une lecture des événements entourant les guerres napoléoniennes en Russie au début du XIXe siècle, mais une lecture du point de vue des Russes. C’est une saga qui relate les passions, les tourments et les questionnements existentiels de tout un peuple.»

Mise en scène : Antoine Laprise | Comédiens : Antoine Laprise, Jacques Laroche, Julie Renault et Guy Daniel Tremblay.

Les fourberies de Scapin


20 janvier au 14 février 2015

© Nicola-Frank Vachon

© Nicola-Frank Vachon

Du Molière! Une comédie incontournable.

En quelques mots : «Des jeunes gens ont recours aux ruses de Scapin pour dénouet leurs impasses amoureuses. Par des stratagèmes ingénieux, le fourbe Scapin réussira à berner les pères et à leur soutirer l’argent nécessaires aux jeunes. Et il en profitera également pour assouvir quelques petites vengeances.»

Mise en scène : Jacques Leblanc | Assistant mise en scène : Jocelyn Paré | Comédiens : Chantal Dupuis, Philippe Durocher, Hugues Frenette, Jonathan Gagnon, Pierre-Olivier Grondin, Marianne Marceau, Christian Michaud, Jack Robitaille, Ghislaine Vincent

W;T    


(Mon coup de ❤ )

3 au 28 mars 2015

© Nicola-Frank Vachon

© Nicola-Frank Vachon

Je ne sais pas si c’est l’extrait que nous a offert Lorraine Côté, mais les mots de Margaret Edson (auteure de la pièce) m’ont intriguée. L’ironie est venue me chercher. C’est LA pièce que je n’aimerais pas manquer!

En quelques mots : «Vivian Bearing est professeure de littérature émérite. À l’âge de 50 ans elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer des ovaires à un stade avancé. Sachant ses chances de guérison presque nulles, elle accepte de se soumettre à un traitement expérimental agressif. Pendant sa lente agonie, avec lucidité et ironie, apprivoisant sa mort imminente, elle nous livre le bilan de sa vie.»

Traduction : Maryse Warda | Mise en scène : Michel Nadeau | Assistan mise en scène : Véronika Makdissi-Warren | Comédiens : Marie-Josée Bastien, Maxime Beauregard-Martin, Lorraine Côté, Jacques Leblanc, Simon Lepage, Danielle Le Saux-Farmer, Laurence Moisan-Bédard, Paule Savard.

La chatte sur un toit brûlant


14 avril au 9 mai 2015

© Nicola-Frank Vachon

© Nicola-Frank Vachon

Une pièce sexy, c’est le moins que je puisse vous dire! Le metteur en scène, Maxime Robin, nous le promet : «Je veux que les gens aient chaud!» a-t-il lancé à la foule d’un air rieur. Une adaptation de l’œuvre de Tennessee Williams, une première à la Bordée!

En quelques mots : «Dans une riche villa du Mississippi, une famille célèbre l’anniversaire du père propriétaire d’une vaste plantation de coton. Le plus jeune des fils a sombré dans l’alcool après le suicide de son meilleur. Mais sa femme Maggie, la chatte, veut le reconquérir…»

Adaptation : René Dionne | Mise en scène : Maxime Robin | Assistant mise en scène : Charlotte Legault | Comédiens : Vincent Champoux, Marie-Ginette Guay, Valérie Laroche, Jean-Nicolas Marquis, Jean-René Moisan, Michel Nadeau, Patric Saucier, Sophie Thibault, Cynthia Trudel



D’un autre côté, la Bordée offre 2 pièces en accueil :

Midsummer de David Greig (25 septembre au 6 décembre) avec Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant. Une pièce «où se côtoient théâtre et musique folk.»

Oh les beaux jours de Samuel Beckett (16 au 18 février 2015) avec Catherine Frot et Jean-Claude Durand. Une production de la Compagnie des Petites Heures (FRANCE).

ENFIN!

Un EXTRA, le  Beu-bye 2014, une revue socio-théâtrale déjantée mise en scène par Lucien Ratio. Il s’agit d’une première et c’est certainement à ne pas manquer en décembre, car ça promet beaucoup! Rires garanties!

Bon théâtre et bonnes découvertes!

Karyan

P.S : Les extraits entre guillemets sont tirés des documents du Théâtre de la Bordée.

Dévadé : le charme des mots

19 Sep

«Montréal. La patronne, une femme en chaise roulante rêve de tendresse, d’amitié, de sexe et de Bottom; Bottom lui, rêve d’un amour impossible avec Juba; Juba rêve d’être en harmonie avec son amant Bruno par qui elle est délaissée; Bruno rêve de partir aux États-Unis pour y trouver la liberté. Et finalement Nicole, toxicomane, qui se noie avec Bottom dans une relation sexuelle sale, comme elle le dit elle-même. Une tranche de vie de personnages qui vivent en marge de la société, une tranche de rêve!» – La Bordée

La mise en scène minimaliste et efficace de Frédéric Dubois laisse la place à toute la poésie du texte signé Réjean Ducharme, l’auteur mythique. C’est avec brillo que Marianne Marceau s’est attaquée à l’adaptation théâtrale du roman, travail qui n’a pas du être de tout repos. La Bordée lance ainsi sa saison 2013-2014 en signant la création complète de Dévadé, chose très rare au dire du directeur artisitque Jacques Leblanc.

À l’ouverture du rideau, il n’y a qu’une chaise noire et un bain sur pattes. Puis, les personnages entre en scène sous un éclairage franc, c’est Bottom et la patronne. Tout se met en place pour une suite de chassés-croisés entre les protagonistes qui partagent tous une certaine marginalité, un besoin de liberté. La poésie des mots de Ducharme nous emporte dès les premières répliques. Pas besoin de plus, tout coule.

Dans une entrevue accordée à Josianne Desloges du journal Le Soleil, Marianne Marceau, également comédienne dans la pièce, résume ce 1h10 de théâtre : «Tout s’axe sur le personnage, sa relation au monde, aux autres et à lui-même. On ne parle pas vraiment d’histoire, mais d’une tranche de vie, d’une chronique, d’un poème.»

Dévadé c’est une pièce qui nous amène à rire aux éclats et à être touché la minute suivante. Le public était très réceptif et l’ovation debout de plusieurs minutes accompagnée d’applaudissements qui n’en finissaient plus vous donnent une idée de l’appréciation générale.

Je vous invite à vous payer un bon moment de théâtre avec cette création de La Bordée, vous ne serez pas déçus.

Dévadé | Du 17 septembre au 12 octobre 2013 

Avec : Sylvie Cantin, Véronique Côté, Hugues Frenette, Eliot Laprise, Marianne Marceau

Karyan

Un zeste d’Hamlet

24 Avr

Mercredi passé, parmi les gâteaux blancs et les fleurs en papier, beaucoup de noir ébène et de massif matériel végétal, une cohorte d’onze personnages se sont alignés, enlacés et désorientés pour le plaisir d’un grand classique revisité. Revisité certes, mais avec une fraîcheur convaincante, jusqu’à intimidante à certains moments où les bras d’Hamlet se baladaient sur sa bien-aimée-pas-si-bien-aimée et sa mère traître qui couche avec le maudit, l’oncle meurtrier. La haine folle de ses mouvements sur ces corps un peu frêles de femme, c’était intimidant. Le harcèlement, oui.

Hamlet harcelé aussi. Il faut dire que dès le départ, il étale clairement son opposition au trop récent et presque actuel mariage de sa mère. Comme un enfant à qui on refuse une crème glacée à trente degrés, une gamine de quatorze ans à qui on refuse une sortie d’après minuit. Il s’affiche gros comme le bras. On le sent un peu immature, jusqu’à ce qu’il devienne complètement dingue. Une profonde folie inconstante, un peu bipolaire où, dans une seule conversation, il arrive à vouloir, à désirer, à souiller, à violenter.

Cette folie, la metteure en scène, Marie-Josée Bastien, l’explique de façon splendide. Elle prétend qu’Hamlet, troublé par les révélations que lui fait son feu père, « […]devient fantôme de sa propre vie, amoureux incapable d’amour, esprit frappeur parmi les vivants, spectre vengeur […] ». C’est effectivement le rôle que joue Jean-Michel Déry, la claque et le coup de poing dans le même mouvement. Le grand méchant loup avec des dents de requins, le grand frère un peu pédophile. Le personnage glauque que tu ne veux pas retrouver dans le parc à côté de chez toi. C’est bien joué, c’est astucieux car il s’agit de l’expression d’une peine profonde, d’un duel de pensées tout sauf comatique. Seulement, le fameux «être ou ne pas être» passe comme un coup de vent, une expiration entre deux rugissements.

Se baladant de monologue en monologue, Hamlet se mille fois confronte à d’autres personnes que lui-même.  Il fait du théâtre absurde autour de Polonius, un bibendum dont le discours trébuche dans sa grosse barbe hirsute. Rosencrantz qui se travestie. Guildenstern qui, jouant un chevalier. fait preuve de qualités plutôt gauches et maladroites. Et Ophélie qui, de la délicatesse à l’ivresse, réussit à nous troubler autant, sinon davantage, que la folie d’Hamlet. Elle se présente plongée dans ses lettres d’amour, rêveuse. Elle disparaît complètement folle, un peu garce, à s’écarter les jambes, submergée par la mélancolie. Mais, elle chante, elle séduit entre deux crises. Elle y arrive. Bravo Alexandrine Warren.

   

La pièce dure trois heures avec l’entracte. Ses longueurs sont courtes. Le décor est polyvalent, utilisé et exploité- une belle particularité du théâtre que j’affectionne. Finalement, ma curiosité, la musique de Stéphane Caron, a été instable- un coup d’instrument là, de mélodie ici. J’aurais préféré quelque chose de plus fluide, comme un fil conducteur tout au long de la pièce. Quelques notes qui se répètent, dans des rythmes différents, mais rassurants. Un peu comme les pieds d’Horatio, nus et immaculés de tous pêchés. Horatio camouflé dans tous les recoins de chaque scène, esprit omniprésent dont la constance apaisante est le paradoxe de l’instabilité d’Hamlet et des autres jeunes, de l’immortalité de moins jeunes, de la déloyauté  et l’hypocrisie de tous.

Hamlet, voilà. Hamlet, du moins, pour cette fois.

BYE-BYE 2012-2013

8 Avr

Déjà, à travers Québec tout entier, les théâtres affichent leur dernière représentation. Les théâtres d’été vont ressortir de leur boule à mites pour présenter des pièces plus légères, pus estivales, parfaites pour des vacanciers ayant besoin de décompresser,  de se débrancher au voltage des drames et des tragédies. Et je dis ça, mais, il existe des pièces très lourdes de sens, profondes et glaciales, même sous la canicule et parmi les chorales de cigales.

Bref, après un automne déjà froid, un hiver glacial et un printemps qui n’en finit plus d’être hiver, les saisons 2012-2013 s’achèvent.

hamlet

Au Théâtre de la Bordée, Hamlet du 16 avril au 11 mai.

Une pièce de Shakespeare bien connue, lue, revisitée et revue. Idéale pour la saison que Jacques Leblanc, directeur artistique, a participé à monter avec son équipe. Elle se voulait le portrait de toutes les vies, petites et grandes, calmes et troublantes. Comme l’histoire de ce garçon, dont la mère -récente veuve- s’unit au frère de feu son mari; ce garçon hanté par le fantôme de son père qui lui avoue son meurtre et ses circonstances. Le pauvre Hamlet s’engage alors dans un duel contre sa propre famille, ses compagnons fidèles, son lui.

Ce qui me convainc aujourd’hui d’aller voir cette toute et dernière pièce: La musique de Stéphane Caron que je me plairais à écouter aux rythmes des peines et des colères et la mise en scène de Marie-Josée Bastien qui a également participé à la création de Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges qui m’avait palpité l’oeil et la pensée.

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Au Théâtre du Trident, Les enrobantes (ou cabaret décolleté pour psychanalyste plongeant) du 23 avril au 18 mai.

Un quelque chose de farfelu et d’incongru scénarisé par  Marie-Christine Lê-Huu. Sigmund Freud dans son Vienne d’avant, un homme que l’on imagine d’une pudeur incroyable vu ses théories grivoises. Et le voilà qu’il fait la connaissance d’une chanteuse de carabet rempli de ce désir qu’il veut expliquer, de cette sensualité qu’il veut rationaliser, de cette libido qu’il met dans des bocaux. Et il est pourchassé par ses propres idées, dans un monde où la guerre approche, nourrie par d’autres pulsions beaucoup plus dangereuses, sinon moins, que celles de l’amour.

Ce qui me convainc aujourd’hui d’aller voir cette toute et dernière pièce: La présence de la musique -encore- mais plus concrète car les musiciens sont sur scène, car les instruments se meuvent devant spectateurs et celle de marionnettes pour personnifier ce Freud que j’imagine réservé, même en pâtes et papiers.

Bon théâtre!

Photos: bordee.qc.ca et letrident.com

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