Tag Archives: Sophie Cadieux

La fureur d’une femme

9 Juin

«Le temps de la représentation, un sens est donné à ma vie. Et quand c’est le théâtre qui s’en va, la solitude où je suis de tous oubliée reprend ses droits.» – Nelly Arcan

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Crédit photo: Radio-Canada

J’ai assisté mardi dernier à la pièce de théâtre La Fureur de ce que je pense présentée à l’Usine C dans le cadre du Festival TransAmériques (FTA) à Montréal. Jouée au Théâtre Espace GO en 2013, c’est la deuxième fois que cette création est offerte au public.

Les mots de Nelly Arcan prennent vie dans la bouche de six actrices chevronnées, dont Christine Beaulieu, Sophie Cadieux, Évelyne de la Chenelière et Julie Le Breton, dans une mise en scène absolument magnifique de Marie Brassard.

Chacune des Nelly est isolée dans une petite pièce en forme de cube, me faisant penser à des poupées Barbie dans leurs boîtes d’emballage ou encore aux prostituées du Red Light d’Amsterdam derrière leurs vitrines. Une représentation de la solitude assez parlante.

Les mots violents de l’écrivaine sont envoûtants et presque doux lorsque prononcés ou chantés par toutes les comédiennes en même temps. Et ce septième personnage, ne disant pas un mot et se mouvant autour des actrices telle une ombre, illustre bien pour moi le ou les démons qui habitaient l’auteure, le nuage noir qui planait constamment au dessus de sa tête.

Je me suis sentie comme à chacune de mes rencontres avec Nelly via ses écrits ou le film d’Anne Émond, troublée de son mal de vivre, de son obsession pour l’image de la femme et de la mort.

Elle restera à jamais le mystère Nelly, d’autant plus qu’à la lumière de sa mort prématurée, on se rend encore plus compte à quel point celle-ci était omniprésente dans son œuvre.

«Je ferai de ma mort une affiche qui se multiplie sur les murs, je mourrai comme on meurt au théâtre, dans le fracas des tollés.» – Nelly Arcan

Michèle

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Une chance qu’on n’a pas d’enfants.

26 Mar
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Crédit photo: Google Image

AVERTISSEMENT

Ce billet peut contenir un manque d’objectivité et s’adresse à des lecteurs de tous âges. Ce texte a été écrit avec un grand amour et une admiration profonde pour la comédienne Sophie Cadieux. L’opinion d’un tiers est recommandée.

LA QUESTION QUI TUE

En ces temps d’austérité, d’incertitude politique et de changements climatiques, est-ce vraiment une bonne idée de mettre quelqu’un au monde?

NOTRE CRITIQUE EN UN GIF

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DES ARBRES

Texte : Duncan MacMillan

Traduction : Benjamin Pradet

Mise en scène : Benoît Vermeulen

Assistance à la mise en scène: Ariane Lamarre

Avec:  Sophie Cadieux et Maxime Denommée

Théâtre La Licorne

Durée: 1 h 25

Est-ce que tout le monde a le droit de faire des bébés ?

C’est bien de se poser des questions. D’être conscient. De s’informer. De douter. On veut être « des bonnes personnes », on veut croire qu’on est « des bonnes personnes ». Mais est-ce qu’il ne faut pas savoir trouver un équilibre entre conscience et inconscience si on veut rester bien ?

Mettre un enfant au monde : un cadeau empoisonné ?

Au moment où le bruit des applaudissements s’éteint et que les lumières se rallument, on ne réussit pas à tirer une seule conclusion de cette pièce. Un peu comme dans la vie. Un mélange de beauté, de tristesse, d’abandon, de questionnements, de colère. La vie, la mort, pis toute ça.

En rafale

Le texte ?

Des pensées qui se bousculent et ne se taisent jamais. Le reflet de toute une génération.

La mise en scène ?

Des sauts temporels, mais d’une simplicité désarmante. On peut imaginer, on peut visualiser, on peut se projeter, selon chacune de nos réalités.

Les comédiens ?

Une symbiose. Naturels, justes, complices, magnifiquement touchants. (Relire notre avertissement au tout début) La tendresse dans la tension. L’engagement dans l’abandon.

Le rythme ?

Un débit rapide. Le couple traverse, sous nos yeux humides de larmes et de rires, toutes les étapes de la parentalité, jusqu’à ce que le temps, la vieillesse et enfin, la mort les rattrapent. Une finale qui rappelle d’ailleurs celle de la série Six Feet Under.

Les référents culturels ?

Attendre et espérer les circonstances parfaites. Reprocher à son chum d’avoir toujours besoin de consignes.  

Les phrases punchs ?

« Chaque fois que j’me suis imaginé avoir un bébé, le père était toujours un homme flou, en background. »

« On dirait que tu viens de me donner un coup de poing et que tu me pose une question de calcul mental pendant que je suis encore à terre. »

« Si tu te préoccupes vraiment de l’avenir de l’humanité, bein suicide-toi. »

« Ouin, j’suis menstruée. Mais ça veut pas dire que j’ai pas raison. »

« J’ai besoin de pleurer comme un bébé ou rire comme une folle. »

Planter des arbres pour aider à faire respirer la planète

Des arbres, c’est avant tout une histoire drôle et attachante. Le texte de Duncan Macmillan aborde la question de la responsabilité sociale et aussi celle d’une relation amoureuse entre deux personnes, imparfaites bien sûr. Mais profondément humaines.

J & O

4.48 PSYCHOSE : refus de soumission

4 Fév

« Regardez-moi disparaître »

4.48 Psychose est présentée au Théâtre La Chapelle du 27 janvier au 6 février 2016
Mise en scène: Florent Siaud
Interprétation: Sophie Cadieux
Texte: Sarah Kane
Traduction: Guillaume Corbeil
Vidéo: David B. Ricard
Production: Les songes turbulents
Durée: 1 heure
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©PHOTO: Nicolas Descôteaux

Dans l’intime salle du Théâtre La Chapelle, Sophie Cadieux incarne avec brio l’alter ego de l’auteure Sarah Kane, auteure qui s’est donné la mort à 27 ans. « J’écris la vérité, et cela me tue », disait Kane. Avec 4.48 Psychose, elle signe un chant du cygne d’une beauté aussi cruelle qu’hypnotisante, teinté d’ironie et de poésie. Le rythme et la virulence du texte sont admirablement préservés et soutenus par cette nouvelle traduction de 4.48 Psychosis, signée Guillaume Corbeil.

***

La performance de Sophie Cadieux en un GIF:

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Ce que la pièce suscite:

Beaucoup d’inspiration. Des rires tristes. De longues réflexions.

Jani et Odile, version onomatopée:

Ouf. Wow. Ayooooye. OK wow. Fit fiouuuuu. Ingggggg. Choubap.

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« Ma vie est prise dans une toile qu’un médecin a tissée »

Le jeu, le texte et la mise en scène s’unissent afin de remettre constamment le compteur à zéro. On apprécie ainsi chaque image proposée sans se lasser de la lourdeur du thème. On nous dépeint le tout avec humour, avec ironie, avec des références communes. On voyage avec la protagoniste dans ses repères les plus sombres, ses vérités les plus tristes et ses conclusions sans issues. Par moments, on la trouve même très mature de faire preuve d’une aussi grande honnêteté envers elle-même. Un grand débat prend place en elle, et elle nous offre, à nous, public, ce combat intérieur en direct. Elle nous prend à témoin, en quelque sorte.

Sophie Cadieux est magistrale, précise, chirurgicale. Elle réussit à manier avec une fluidité impeccable chacune des ruptures de ton. Elle donne vraiment l’impression de scruter simultanément ses pensées, ses émotions, ses visions avec nous, l’assistance, mais aussi avec elle-même, dans le chemin qui la conduit vers son triste sort. Triste sort? Ou plutôt, vers son propre choix éclairé? C’est selon. On comprend que peu importe la forme que prendra cette issue, elle est, pour la protagoniste, son exutoire, sa façon d’être en phase avec elle-même. La mise en scène rend parfaitement cette image lorsque Sophie Cadieux, calme et vaporeuse, quitte la scène : ce n’est pas la mort qui est mise de l’avant, mais plutôt la fin d’une souffrance, la délivrance d’un poids enchaîné à la cheville.

« Je t’ai toujours aimé, même quand je te détestais »

Les supports visuels, la mise en scène de Florent Siaud, le dévoilement progressif du décor et les éclairages aux couleurs rougeoyantes confèrent quelque chose de très sensuel à cette descente aux enfers. Rouge amour. Rouge sang. Rouge à lèvres. La scénographie labyrinthique que pénètre petit à petit Sophie Cadieux propose une belle image quant au chemin que traverse la protagoniste, chemin à la fois physique et psychique.

***

« J’ai rêvé qu’un médecin me disait qu’il me restait juste huit minutes à vivre. J’étais restée trente minutes dans la salle d’attente. »

***

 

J & O xoxo

ENTREVUE AVEC FLORENT SIAUD

24 Jan

 

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©photo : Gracieuseté Théâtre La Chapelle

4.48 PSYCHOSE : La mort comme potion

 « Ce texte n’est pas un éloge du suicide. C’est un texte sur la vie. Il nous tend un miroir pour interroger nos choix, notre rapport à l’amour et à la mort, la place que nous occupons dans la société… On accepte donc de suivre la protagoniste dans son périple tortueux parce qu’elle nous aide à réfléchir sur nous-mêmes. L’expérience qu’elle traverse nous renvoie à ce que nous sommes. »
– Florent Siaud, metteur en scène

Du 27 janvier au 6 février 2016, venez vous faire bousculer, venez vous faire prendre par la main, venez vous faire happer par une forme théâtrale à la fois englobante et extérieure, sensuelle et virulente, tranchante et douce. Une vie qui défile sous vos yeux, en accéléré.

Comédienne, metteure en scène et écrivaine, Sarah Kane se donne la mort le 20 février 1999, laissant derrière elle une cinquième pièce de théâtre. 4.48 Psychosis est un court texte, très dense, consacré à la maladie de la mort, maladie que rien ne peut arrêter. Sarah Kane témoigne de sa douleur avec une telle véracité et une telle pureté qu’on ne peut s’empêcher d’être frappé par sa force.

Pour le metteur en scène et dramaturge, Florent Siaud, le texte 4.48 Psychose est une matière, un matériau plein de paradoxes et c’est précisément ce qui lui confère sa profonde théâtralité. « De mon point de vue, dit-il, c’est un des textes de théâtre les plus brillants jamais écrits. Il ne s’agit pas seulement de fragments poétiques éclatés mais d’une pièce éminemment théâtrale, animée par une irrépressible lame de fond. »

L’impressionnante culture de l’auteure se retrouve condensée dans son œuvre et il n’en reste qu’une épure, une sorte de poésie condensée à l’essentiel. « Elle essaie de trouver le sens de l’existence en s’appuyant tantôt sur la médecine, tantôt sur la religion, l’amour ou la société. Elle essaie tout, comme une malade hypocondriaque essayerait tous les remèdes pour venir à bout de son mal. Mais la mort est la seule solution qu’elle trouve pour être en adéquation avec elle-même. »

La langue de Sarah Kane est une langue simple, mais très rythmée, « une langue aiguisée comme un sabre », comme le remarque Siaud, avec humour. À la lecture du texte original, l’équipe demeure avec l’impression que l’anglais, dans cette œuvre-ci, est plus concis, plus dansant, plus rock, et qu’il faudrait retrouver cette même pulsion dans la langue française. Selon Siaud, la traduction de Guillaume Corbeil permet justement de redécouvrir l’énergie vitale du texte; son côté punk, mais aussi son côté plus humoristique et ironique, aspects moins présents dans la version traduite de l’anglais par Evelyne Piellier.

« Avant de se donner la mort, la protagoniste se démultiplie pour laisser la parole à toutes les instances de son moi. Elle laisse vivre en elle un grand débat : va-t-elle le faire ou pas ? Avant de trancher, elle laisse parler le médecin, l’être aimé, la mère, la foule ou encore le monstre qui se terrent en elle. Après avoir croisé toutes les figures de lumière et de noirceur qui grouillent dans son âme, elle prend la décision finale de quitter le monde. Le passage à l’acte est le fruit d’une traversée accidentée, riche en péripéties »

Issue paradoxale parce qu’à la fois soulagement et découragement. « C’est un choix lumineux parce qu’elle se délivre de quelque chose, elle se déleste de ce qui est, pour elle, le poids de la vie. Elle est incapable de mentir, elle ne peut pas vivre dans la compromission morale, alors elle préfère aller du côté des morts. C’est sa façon à elle d’être en phase avec ses valeurs et son éthique de la vérité. C’est ainsi qu’on a choisi d’appréhender le texte. Sa décision de « lever le rideau » a donc quelque chose de libérateur et rédempteur, même s’il porte bien sûr la marque de l’échec. »

Cette dernière œuvre théâtrale de Kane, contrairement à ses premières, ne comporte ni requête, ni didascalie, ni distribution précise. Un metteur en scène pourrait choisir vingt acteurs, comme il pourrait n’en choisir qu’un seul. Siaud fait le choix marqué de confier la tâche à une seule interprète. L’actrice Sophie Cadieux incarne tous les personnages et toutes les voix. Elle se laisse traverser par la multiplicité de dialogues et de personnalités qui ont hanté Sarah Kane.

« Nous abordons 4.48 Psychose comme un spectacle seul en scène, mais avec le désir de faire entendre tous les dialogues qui s’y cachent. J’aimerais créer l’impression qu’on a mille personnages qui discutent entre eux, avec ce tour de force que ce n’est qu’une seule actrice qui les incarne tous. Il faut dire que Sophie Cadieux a le registre gigantesque qui permet d’incarner ces brisures, ces visages, cette foule indiscernable. Son charisme lui donne assez de force pour porter le spectacle dans ce paradoxe de la solitude et de la multiplicité. Sophie est une caryatide ! »

 

4.48 PSYCHOSE

Mise en scène: Florent Siaud
Interprétation: Sophie Cadieux
Texte: Sarah Kane
Traduction: Guillaume Corbeil
Production: Les songes turbulents
Durée: 1 heure

Pièce présentée au Théâtre La Chapelle du 27 janvier au 6 février 2016

 

Nous, on y sera!

J & O xxxx

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