Tag Archives: Mort

La fureur d’une femme

9 Juin

«Le temps de la représentation, un sens est donné à ma vie. Et quand c’est le théâtre qui s’en va, la solitude où je suis de tous oubliée reprend ses droits.» – Nelly Arcan

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Crédit photo: Radio-Canada

J’ai assisté mardi dernier à la pièce de théâtre La Fureur de ce que je pense présentée à l’Usine C dans le cadre du Festival TransAmériques (FTA) à Montréal. Jouée au Théâtre Espace GO en 2013, c’est la deuxième fois que cette création est offerte au public.

Les mots de Nelly Arcan prennent vie dans la bouche de six actrices chevronnées, dont Christine Beaulieu, Sophie Cadieux, Évelyne de la Chenelière et Julie Le Breton, dans une mise en scène absolument magnifique de Marie Brassard.

Chacune des Nelly est isolée dans une petite pièce en forme de cube, me faisant penser à des poupées Barbie dans leurs boîtes d’emballage ou encore aux prostituées du Red Light d’Amsterdam derrière leurs vitrines. Une représentation de la solitude assez parlante.

Les mots violents de l’écrivaine sont envoûtants et presque doux lorsque prononcés ou chantés par toutes les comédiennes en même temps. Et ce septième personnage, ne disant pas un mot et se mouvant autour des actrices telle une ombre, illustre bien pour moi le ou les démons qui habitaient l’auteure, le nuage noir qui planait constamment au dessus de sa tête.

Je me suis sentie comme à chacune de mes rencontres avec Nelly via ses écrits ou le film d’Anne Émond, troublée de son mal de vivre, de son obsession pour l’image de la femme et de la mort.

Elle restera à jamais le mystère Nelly, d’autant plus qu’à la lumière de sa mort prématurée, on se rend encore plus compte à quel point celle-ci était omniprésente dans son œuvre.

«Je ferai de ma mort une affiche qui se multiplie sur les murs, je mourrai comme on meurt au théâtre, dans le fracas des tollés.» – Nelly Arcan

Michèle

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4.48 PSYCHOSE : refus de soumission

4 Fév

« Regardez-moi disparaître »

4.48 Psychose est présentée au Théâtre La Chapelle du 27 janvier au 6 février 2016
Mise en scène: Florent Siaud
Interprétation: Sophie Cadieux
Texte: Sarah Kane
Traduction: Guillaume Corbeil
Vidéo: David B. Ricard
Production: Les songes turbulents
Durée: 1 heure
Psychose-41.©Nicolas Descôteaux

©PHOTO: Nicolas Descôteaux

Dans l’intime salle du Théâtre La Chapelle, Sophie Cadieux incarne avec brio l’alter ego de l’auteure Sarah Kane, auteure qui s’est donné la mort à 27 ans. « J’écris la vérité, et cela me tue », disait Kane. Avec 4.48 Psychose, elle signe un chant du cygne d’une beauté aussi cruelle qu’hypnotisante, teinté d’ironie et de poésie. Le rythme et la virulence du texte sont admirablement préservés et soutenus par cette nouvelle traduction de 4.48 Psychosis, signée Guillaume Corbeil.

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La performance de Sophie Cadieux en un GIF:

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Ce que la pièce suscite:

Beaucoup d’inspiration. Des rires tristes. De longues réflexions.

Jani et Odile, version onomatopée:

Ouf. Wow. Ayooooye. OK wow. Fit fiouuuuu. Ingggggg. Choubap.

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« Ma vie est prise dans une toile qu’un médecin a tissée »

Le jeu, le texte et la mise en scène s’unissent afin de remettre constamment le compteur à zéro. On apprécie ainsi chaque image proposée sans se lasser de la lourdeur du thème. On nous dépeint le tout avec humour, avec ironie, avec des références communes. On voyage avec la protagoniste dans ses repères les plus sombres, ses vérités les plus tristes et ses conclusions sans issues. Par moments, on la trouve même très mature de faire preuve d’une aussi grande honnêteté envers elle-même. Un grand débat prend place en elle, et elle nous offre, à nous, public, ce combat intérieur en direct. Elle nous prend à témoin, en quelque sorte.

Sophie Cadieux est magistrale, précise, chirurgicale. Elle réussit à manier avec une fluidité impeccable chacune des ruptures de ton. Elle donne vraiment l’impression de scruter simultanément ses pensées, ses émotions, ses visions avec nous, l’assistance, mais aussi avec elle-même, dans le chemin qui la conduit vers son triste sort. Triste sort? Ou plutôt, vers son propre choix éclairé? C’est selon. On comprend que peu importe la forme que prendra cette issue, elle est, pour la protagoniste, son exutoire, sa façon d’être en phase avec elle-même. La mise en scène rend parfaitement cette image lorsque Sophie Cadieux, calme et vaporeuse, quitte la scène : ce n’est pas la mort qui est mise de l’avant, mais plutôt la fin d’une souffrance, la délivrance d’un poids enchaîné à la cheville.

« Je t’ai toujours aimé, même quand je te détestais »

Les supports visuels, la mise en scène de Florent Siaud, le dévoilement progressif du décor et les éclairages aux couleurs rougeoyantes confèrent quelque chose de très sensuel à cette descente aux enfers. Rouge amour. Rouge sang. Rouge à lèvres. La scénographie labyrinthique que pénètre petit à petit Sophie Cadieux propose une belle image quant au chemin que traverse la protagoniste, chemin à la fois physique et psychique.

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« J’ai rêvé qu’un médecin me disait qu’il me restait juste huit minutes à vivre. J’étais restée trente minutes dans la salle d’attente. »

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J & O xoxo

Promenons-nous dans les bois avec Dahlia Milon

7 Mar

Dahlia Milon est une créatrice connue du monde des métiers d’arts. Sa spécialité? Le tricot à la machine! Elle produit plus précisément des accessoires et parures de qualité dont les technique de fabrication témoignent de son grand savoir faire. Cela lui a d’ailleurs valu plusieurs distinctions dont le prix de la relève Jean-Cartier, en 2008, qui souligne le talent des artisans de la relève. Loin de la production répétitive des métiers d’arts, l’artiste partage actuellement Promenons-nous dans les bois à la galerie TRAMES du Centre des textiles contemporains de Montréal. Bienvenue dans son univers créatif.

Promenons-nous dans les bois

Par ce qui est bien plus qu’une simple exposition, c’est avec humilité et générosité que Dahlia nous fait découvrir son interprétation d’une thématique peu exploitée en création textile: la mort. Très intuitive, elle croit que le cœur doit occuper autant de place que l’intellect dans la création. Pour elle, se promener dans les bois représentent l’exploration des régions intérieurs où l’on ne va pas souvent… Celles de nos insécurités.

Dahlia Milon

Dahlia Milon

Macabre? Pas vraiment. La créatrice sortant tout juste d’un deuil aborde le sujet avec une grande délicatesse. Et bien que l’exposition soit assez sombre à première vue, je me suis surprise à éprouver une sensation de douceur et de sérénité devant ses œuvres. Il y a quelque chose de beau dans la mort, dans l’accompagnement, dans les rituels que nous y attachons. «Ça mérite d’être montré» dit-elle.

Dahlia Milon

L’exposition est accessible de 9h30 et 16h00, du lundi au vendredi,

au Centre des textiles contemporains de Montréal.

Bonne visite !

Mucho Love,

-V

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