Tag Archives: Marie-Ginette Guay

La mère, la putain et la Vierge 

5 Oct

Les fées ont soif de Denis Boucher à La Bordée

« Chu tannée des filles qui disent qu’elles n’ont plus besoin du féminisme! » sont les mots d’une spectatrice, invitée à s’exprimer par les comédiennes elles-mêmes vers la fin de la pièce, ont de quoi donner le ton. Les Fées ont soif de Denise Boucher, mise en scène par Alexandre Fecteau, est rejouée pour la première fois depuis 1978, année à laquelle celle-ci avait créé une vive polémique. Les fées ont-elles toujours aussi soif, près de 40 ans plus tard?

Bien que je connaissais la pièce, par mes études au Cégep en arts et lettres (yay), je ne connaissais pas tout le bruit qu’elle avait pu faire à l’époque. J’étais donc totalement inconnue au contexte, et c’était encore mieux ainsi. Traitant de féminisme et des rôles sociaux qu’ont eu les femmes au cours des époques, Les fées ont soif est une œuvre unique qui, je dois l’admettre, aurait clairement pu être écrite en 2014.

L’histoire

Présentée à la fin des années 70 au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), on doit replacer l’œuvre de Denise Boucher dans le contexte de l’époque, des années post Révolution tranquille qui amènent leurs lots de revendications, preuve de l’épanouissement de la société québécoise. La religion, les mœurs, les femmes, des changements qui s’opposent au conservatisme habituel. La pièce donc, par ses prises de parole féministe qui dénoncent l’oppression d’une société patriarcale, est vue par certains acteurs, tel que le Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal et les groupes conservateurs religieux, comme vulgaire et démoralisatrice.

Malgré une opposition importante par ceux-ci à la diffusion et au financement de l’œuvre théâtrale, Les Fées ont soif remporte un vif succès auprès du public et des critiques de l’époque. Traitant ouvertement de sexualité par des femmes dans un langage des plus populaires, il n’y a pas à dire, la pièce a de quoi choquer lorsqu’on la replace dans son contexte.

Crédit : Théâtre La Bordée

Aujourd’hui

Lise Castonguay, Lorraine Côté et Marie-Ginette Guay, incarnent respectivement Marie, Madeleine et La Statue d’une grandiose façon. Incroyablement poignante dans la définition de leurs conditions de femmes et fortes dans leur quête d’émancipation, c’est un jeu sans faute pour les trois comédiennes d’expérience. Il y a longtemps que je n’avais pas pleuré, ri et eu envie de crier ainsi au théâtre, et j’ai adoré cela. Avec une scénographie simple et efficace, le spectateur ressent davantage le carcan imposé à ces trois figures de femmes.

Quelques témoignages, décrochages, des lectures des textes du blogueur Rabii Rammal, des participations du public, tous des ajouts qui en font une pièce d’une grande beauté et richesse pour notre culture et nos valeurs québécoises. Trois personnages, trois facettes de la femme moderne qui commencent en étant tellement différents, mais tout aussi engloutis dans le rôle social qui leur a été imposé, et qui terminent en unissant leurs voix pour crier la liberté.

Louisette Dussault, Michèle Magny et Sophie Clément, les trois comédiennes de la distribution originale, ainsi que Denise Boucher, l’auteure, ont de quoi être fières, mais inquiètes aussi, de la pérennité de leurs propos.

Le féminisme n’est pas mort, vive le féminisme. En salle jusqu’au 11 octobre, hommes et femmes, courez!!!

Bon théâtre,

Laurie

Référence : Notes bibliographiques de la pièce, dossier de presse, Théâtre de la Bordée
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Frozen (Océan Arctique), à l’intérieur du drame

19 Mar

Deux de nos louves  ont assisté, le 5 mars dernier, à la pièce Frozen (Océan Arctique), présentée au Théâtre de la Bordée, à Québec. Compte-rendu sous forme comparative (tellement formel, coudonc on est tu à l’université?) des impressions de nos deux « critiques » de théâtre.

KARYAN

La scénographie

C’est sans contredit ce que j’ai le plus appréciée de Frozen. L’espace utilisé judicieusement, mais également l’utilisation d’écrans de projection qui ajoutaient un certain dynamisme aux monologues des personnages. Il faut dire que le travail de mise en scène de Jeremy Peter Allen était une grande force de la pièce. La scène était divisée en trois espaces, chaque espace représentait un lieu/une époque. Cela permettait aux spectateurs de bien suivre l’histoire qui voyageait plus d’une fois dans le temps. Tout restait simple et laissait une grande place au texte.

Le jeu

Un défi de taille attendait les comédiens; un texte truffé de monologues où le personnage s’adresse tantôt au public, tantôt à lui-même. Les scènes où les personnages établissent un dialogue sont très rares. C’est peut-être ce qui m’a moins permis d’embarquer dans l’histoire. Par contre, je lève mon chapeau à Marie-Ginette Guay qui m’a laissé sans voix dans le rôle de la mère. Également, Éric Leblanc, dans le rôle du psychopathe que l’on détestait, jugeait, mais sans cesser de l’analyser.

L’histoire

Le sujet n’était pas léger (on parle du viol et du meurtre d’un enfant). Avec les monologues où l’on brisait le 4e mur, j’avais l’impression, en tant que public, d’être interpellée et placée dans une position peu confortable. J’avais l’impression de vivre la douleur, les défauts, les fantasmes, la folie des personnages avant l’histoire. Ce n’est pas négatif en soit, mais je ne suis pas sortie aussi bouleversée de la Bordée que je l’aurais cru lorsque j’ai pris conscience de l’histoire. Certes, on quitte la Bordée en se disant «est-ce que c’est vraiment possible?» (Je ne vous dirai pas quoi, c’est à vous d’aller voir Frozen, vous avez jusqu’au 29 mars).

Si je devais donner une note sur 10, je donnerais :

6. Je suis sortie de cette pièce en me questionnant, bien entendu, mais je n’ai pas l’impression qu’elle m’ait assez marquée pour que je me questionne encore aujourd’hui. Le sujet est très loin d’être banal, mais l’histoire n’est pas venue me cherchée autant que je l’aurais cru. Ceci étant dit, à elle seule, Marie-Ginette Guay vaut le déplacement!

Crédit : Blogue Mon Saint-Roch

LAURIE

La scénographie

La grande admiratrice de mise en scène et de mise en lieu en moi a adoré la scénographie de la pièce. Trois espaces de jeu, parfois entremêlés et n’appartenant à aucun personnage, permettent une séparation temporelle mais aussi une coupure entre les différents états d’esprits des situations. Au dessus et à l’intérieur des trois cubes était projeté différentes images et textes, permettant d’imager ou de remettre en contexte les monologues. Une vraie scénographie épurée, bien utilisée et qui rend bien le texte.

Le jeu

Dans une chronique dans le Voir, Jeremy Peter Allen évoquait  son désir de travailler un scénario différemment « Je voulais construire des personnages avec les comédiens, pas seulement les diriger. Je cherchais à me replacer dans un contexte où je redevenais un créateur et non seulement un exécutant. » C’est vraiment ce qui m’a plu dans cette pièce, le travail et la teinte que donne chacun des comédiens à son personnage. Marie-Ginette Guay est touchante et vraie dans le rôle de Nancy, une mère déconstruite suite au meurtre de sa fille. Et que dire d’Éric Leblanc, Ralph le psychopathe qu’on cherche à analyser sans vraiment comprendre la source de son dysfonctionnement. Bien que la cohésion entre les personnages se fait rarement, c’est ce que j’ai apprécié : pouvoir identifié la hauteur du talent d’un comédien quand il n’a que lui-même comme appui. Mon bémol, le personnage d’Agnetha, docteure jouée par Nancy Bernier. Sans douter du talent de la comédienne, les problèmes de la psychiatre m’ont laissé de glace, on en apprend trop peu, trop tard pour bien les ressentir.

L’histoire

La thématique du meurtre et de l’enlèvement d’enfants est toujours assez bouleversante, par sa part d’incompréhension et d’injustice.  Ce que j’ai apprécié du scénario en tant que tel, c’est la vision de trois acteurs qui vivent l’enlèvement d’un enfant, de trois point de vue différents sur la situation. Le tueur, la mère et l’intervenante. Bien que le texte était principalement composé de monologues, et donc que les comédiens parlaient plus souvent directement au public qu’à un autre personnage, j’ai aimé la façon dont on a abordé le délicat sujet.

Si je devais donner une note sur 10, je donnerais :

7,5, pour la qualité du jeu et la scénographie innovante qui servait très bien l’histoire. Le bémol est que je n’en suis pas ressorti bouleversée, comme j’aurais cru l’être avec un sujet tel que celui-ci. Mais somme toute très bon moment, et bonne pièce!

Grand merci à La Bordée de nous avoir permis d’assister à la Première de la pièce!

La pièce est présentée jusqu’au 29 mars.

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