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Qui a peur de Virginia Woolf?

15 Avr

Afin de clore sa saison 2015-2016, le Théâtre La Bordée a choisi de présenter la pièce Qui a peur de Virginia Woolf d’Edward Albee. Je l’avoue, je connaissais déjà cette œuvre ayant vu le film mettant en vedette Elizabeth Taylor et Richard Burton pour un cours à l’université il y a…quelques années. Je me souvenais de deux choses. Tout d’abord, que l’histoire est un peu tordue et que les personnages se détestent. Ensuite, du regard horrifié de ma mère quand je suis remontée du sous-sol: « Mais veux-tu ben me dire qu’est-ce que tu écoutes? Ça fait juste hurler depuis deux heures! » Heureusement, La Bordée nous offre ici une version beaucoup plus nuancée de cette pièce culte.

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Lorraine Côté – Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Résumé

Georges et Martha reviennent chez eux vers les deux heures du matin après une soirée universitaire bien arrosée. Ce couple de quadragénaires est à peine rentré qu’il se livre déjà à une scène de ménage qui sera, en fait, la prémisse de ce qui se passera par la suite. C’est d’ailleurs à ce moment que Nick et Honey sonnent à la porte. Nouveaux arrivés en ville et à la faculté, Martha les a invité pour un dernier verre. Le « dernier verre » se transforme bien vite en une beuverie sans nom et la « scène de ménage » se révèle finalement être un jeu aux règles impitoyables qui dissèquera, sous les yeux des spectateurs, les deux ménages jusqu’à la moelle.

Quand: du 12 avril au 7 mai 2016 au Théâtre La Bordée

Durée: 2 h 30 avec entracte

Texte: Edward Albee | Traduction: Michel Tremblay

Mise en scène: Hugues Frenette

Distribution: Martha: Lorraine Côté | George: Normand Bissonnette | Honey: Élodie Grenier | Nick: André Robillard

Les-Trois-Petits-Cochons-76907

Le titre: Vous avez déjà vu le dessin animé de Disney sur l’histoire des trois petits cochons? Et bien, les cochons chantent « Who is afraid of the big bad wolf ». Je vous invite à changer les paroles pour le titre de la pièce. L’histoire ne dit pas dans quel contexte les paroles de la chanson ont été changées, mais il semblerait que ce soit un running gag au sein du groupe.

Retour sur la pièce

Ce qu’il y a de difficile dans ce genre de pièce, qui repose entièrement sur la performance des acteurs et sur les ambiances créées par les situations, c’est que bien souvent, la tension monte trop vite ou alors que les spectateurs perdent le focus. En effet, ici, il n’y a aucun changement de décor, peu d’indication sur le temps et aucun artifice qui pourrait distraire l’audience de ce qui se passe.

Or, la mise en scène d’Hugues Frenette est rythmée, intelligente, mais surtout adroite. Contrairement au film, ici, les gens ne crient pas continuellement. Tout est beaucoup plus acéré et subtile. Évidemment, la chicane pogne à quelques moments, mais ce sont des endroits ciblés et souvent, une plaque tournante de l’histoire.

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Distribution complète – Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Les acteurs font un travail absolument magnifique. Lorraine Côté est subtile et changeante dans son rôle de Martha. Elle s’affirme de manière habile et semble insaisissable. Normand Bissonnette, en George, est calculateur et rusé.  Il sait pleinement profiter de la tension qui grimpe pour exploser au moment qu’il se doit et le temps qu’il se doit. Élodie Grenier et André Robillard, dans les rôles de Honey et Nick, sont justes drôles, mal à l’aise, joueurs, naïfs, affirmés… leurs personnages sont les esclaves de l’intrigue et ils le rendent bien.

Bref, j’ai beaucoup aimé et je vous la recommande vivement!

Camille xxx

La mère, la putain et la Vierge 

5 Oct

Les fées ont soif de Denis Boucher à La Bordée

« Chu tannée des filles qui disent qu’elles n’ont plus besoin du féminisme! » sont les mots d’une spectatrice, invitée à s’exprimer par les comédiennes elles-mêmes vers la fin de la pièce, ont de quoi donner le ton. Les Fées ont soif de Denise Boucher, mise en scène par Alexandre Fecteau, est rejouée pour la première fois depuis 1978, année à laquelle celle-ci avait créé une vive polémique. Les fées ont-elles toujours aussi soif, près de 40 ans plus tard?

Bien que je connaissais la pièce, par mes études au Cégep en arts et lettres (yay), je ne connaissais pas tout le bruit qu’elle avait pu faire à l’époque. J’étais donc totalement inconnue au contexte, et c’était encore mieux ainsi. Traitant de féminisme et des rôles sociaux qu’ont eu les femmes au cours des époques, Les fées ont soif est une œuvre unique qui, je dois l’admettre, aurait clairement pu être écrite en 2014.

L’histoire

Présentée à la fin des années 70 au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), on doit replacer l’œuvre de Denise Boucher dans le contexte de l’époque, des années post Révolution tranquille qui amènent leurs lots de revendications, preuve de l’épanouissement de la société québécoise. La religion, les mœurs, les femmes, des changements qui s’opposent au conservatisme habituel. La pièce donc, par ses prises de parole féministe qui dénoncent l’oppression d’une société patriarcale, est vue par certains acteurs, tel que le Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal et les groupes conservateurs religieux, comme vulgaire et démoralisatrice.

Malgré une opposition importante par ceux-ci à la diffusion et au financement de l’œuvre théâtrale, Les Fées ont soif remporte un vif succès auprès du public et des critiques de l’époque. Traitant ouvertement de sexualité par des femmes dans un langage des plus populaires, il n’y a pas à dire, la pièce a de quoi choquer lorsqu’on la replace dans son contexte.

Crédit : Théâtre La Bordée

Aujourd’hui

Lise Castonguay, Lorraine Côté et Marie-Ginette Guay, incarnent respectivement Marie, Madeleine et La Statue d’une grandiose façon. Incroyablement poignante dans la définition de leurs conditions de femmes et fortes dans leur quête d’émancipation, c’est un jeu sans faute pour les trois comédiennes d’expérience. Il y a longtemps que je n’avais pas pleuré, ri et eu envie de crier ainsi au théâtre, et j’ai adoré cela. Avec une scénographie simple et efficace, le spectateur ressent davantage le carcan imposé à ces trois figures de femmes.

Quelques témoignages, décrochages, des lectures des textes du blogueur Rabii Rammal, des participations du public, tous des ajouts qui en font une pièce d’une grande beauté et richesse pour notre culture et nos valeurs québécoises. Trois personnages, trois facettes de la femme moderne qui commencent en étant tellement différents, mais tout aussi engloutis dans le rôle social qui leur a été imposé, et qui terminent en unissant leurs voix pour crier la liberté.

Louisette Dussault, Michèle Magny et Sophie Clément, les trois comédiennes de la distribution originale, ainsi que Denise Boucher, l’auteure, ont de quoi être fières, mais inquiètes aussi, de la pérennité de leurs propos.

Le féminisme n’est pas mort, vive le féminisme. En salle jusqu’au 11 octobre, hommes et femmes, courez!!!

Bon théâtre,

Laurie

Référence : Notes bibliographiques de la pièce, dossier de presse, Théâtre de la Bordée
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