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Entre humour et désespoir : critique de la pièce Lucky Lady de Jean-Marc Dalpé

18 Avr

La semaine dernière, je suis allée au théâtre avec une amie. Cela faisait longtemps que nous n’étions pas allées au théâtre et pourtant, c’est un art que nous apprécions particulièrement toutes les deux. Nous sommes allées voir la pièce Lucky Lady de Jean-Marc Dalpé lors de sa première médiatique.

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crédit photo: Nicolas-Frank Vachon source: La Bordée

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Petit lexique pour maîtriser l’art de l’Avare

25 Avr

Il y a ceux qui feraient tout par amour. Ceux pour qui l’amour rend aveugle. Et il y a celui pour qui l’argent rend aveugle. Dans L’Avare de Molière présenté au Théâtre La Bordée jusqu’au 6 mai prochain, Harpagon interprété brillamment par Jacques Leblanc est tout simplement rebutant.

Le pingre déshériterait sans regret ses propres enfants pour amener avec lui son butin dans sa tombe. Parlons-en de ces enfants! Tous deux amoureux, ambitieux et un brin malicieux. Elise n’a d’yeux que pour Valère, l’intendant d’Harpagon. Déterminée à vivre son amour au grand jour, mais prise dans cette époque où la permission du paternel est essentielle et où la dote a la cote, elle patiente languissante que son Valère convainque son père. Mademoiselle Picknell toute en pastel est de toute beauté et dégage une effervescence qui émane dans toute la salle. Cléante quant à lui fastueux amoureux de la belle Mariane danse entre l’extravagance et la résistance pour faire chanter son père dont il est tout le contraire, charismatique et sybarite :

« Je voudrais bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu’à la tête (…) »

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Crédit: Nicola-Frank Vachon

 

Celle qui nous enjôle, nous ensorcelle c’est sans aucun doute la plantureuse Fronsine. Voluptueuse entremetteuse, elle allume les coeurs de ceux qui sont sur son chemin et titille les corps les plus éteints. La grande Frédérique Bradet, je l’admets, nous en met plein la vue à chaque présence sur scène. Convaincante, surprenante, provocante, on ne peut qu’avoir hâte à sa prochaine apparition.

Bien que la prose puisse parfois nous rendre les choses plus compliquées qu’elles ne le sont en réalité, nous étourdir, nous perdre, la mise en scène de Bertrand Alain permet de démystifier la plume de Molière, la rendre efficace, nous amener droit au but. Les mots virevoltent si naturellement qu’on en oublie les rimes et les tirades pour laisser place à un théâtre presque contemporain. L’amalgame de musique, de chorégraphie et de costume font de ce folklore classique français un récit intemporel. L’action prend place dans la cour intérieure défraîchie de la demeure d’Harpagon. Lieu de confidence aux mille secrets où les quiproquos s’enchaînent, la cour est à l’image de son propriétaire, déchue et austère. Mais l’on vient lui redonner sa couleur et sa fraîcheur en se servant de ses niveaux comme d’un podium où les personnages défilent sur une musique électro-pop avec quelques mouvements savamment chorégraphiés. Et hop! on se retrouve dans une parade de notre siècle passé à surconsommer.

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Crédit: Nicola-Frank Vachon

Merci à La Bordée de mettre de l’avant le talent indéniable de la relève théâtrale à Québec, je pense entre autres à Paul Fruteau De Laclos qui interprète Valère. C’est d’ailleurs un des objectifs principaux du nouveau directeur artistique, Michel Nadeau. Pour la 41e saison du théâtre, il tient aussi à encourager davantage la création, se donne un devoir de médiation culturelle et souhaite exploiter encore plus le répertoire contemporain québécois. La saison 2017-2018 du Théâtre La Bordée est empreinte d’humanité et de bienveillance et célèbre l’humain dans ses parts d’ombre et de lumière. Pour connaître la programmation complète : http://bordee.qc.ca

Courez voir L’Avare, car il ne reste qu’une semaine et les billets s’envolent. Je vous promets un moment de pur plaisir! Pour vous procurer des billets, c’est ici! 

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Crédit: Théâtre La Bordée

Pingre: D’une avarice sordide et mesquine.

Languissante: Qui est dans un état d’affaiblissement physique, qui dépérit.

Fastueux: Qui témoigne d’un grand luxe, somptueux.

Sybarite: Qui recherche les plaisirs raffinés d’une existence passée dans le luxe.

Plantureuse: Qui est bien en chair, qui a des formes pleines, rebondies.

Voluptueuse: Qui a un penchant marqué pour les plaisirs érotiques.

Quiproquos: Méprise par laquelle une personne, une chose est prise pour une autre.

Austère: Qui est dépourvu de tout ornement, de tout agrément ; sévère.

Source : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais

 

Bon théâtre !

Laura

« C’est pas vrai que »

14 Jan

Cinq femmes — celle qui encaisse, celle qui agresse, celle qui intègre, celle qui adule et celle qui aime — prennent la parole, guidées par leur instinct de survie et accusent l’inadéquation et le drame perpétuel de leur existence dans une classe moyenne en péril.

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Léane Labrèche-Dor dans le rôle de La fille qui aime. (photo: Ulysse del Drago)

Un grand mur recouvert de trous qu’on a bouchés maladroitement avec du plâtre. Un mur pas fini. Des équipements d’éclairage et de son dispersés à gauche et à droite. Un néon. Tel est le décor dans lequel évolueront cinq femmes qui n’en peuvent plus de se taire. Pleines de ce vide propre au siècle d’isolement qu’est celui que nous vivons, et à la fois avides d’amour et de vérité ; elles oscillent entre une ironie, dont le degré est si élevé qu’il en est presque inatteignable, et une sincérité qui laisse complètement pantois.

« Des pâtes sauce néant »

La femme qui vend des bas de nylon dans une boutique souterraine, celle qui ne voit jamais la lumière du jour, disserte longuement sur ses bourgeoises de clientes et se convainc de son importance dans sa société, pour finalement en venir à se rappeler la poète Huguette Gaulin qui s’est immolée en juin 1972 à Montréal. C’était donc là qu’on voulait en venir ; les déblatérations sur les bas de nylon aboutissent finalement sur les dernières paroles de la jeune poétesse :  « Vous avez détruit la beauté du monde ».

« La barrière du scepticisme à laquelle je me heurte »

Une femme ayant immigré au Québec parle de son envie brûlante de s’intégrer à un peuple qu’elle souhaite faire sien. Une femme qui en sait beaucoup plus sur la culture québécoise qu’un Québécois moyen. Une femme qui fantasme à l’idée d’être une vraie Québécoise, de pouvoir célébrer la culture de cette nation qu’elle adore, qui fantasme à l’idée qu’un vrai Québécois s’intéresse enfin à elle, mais qui doit constamment se défendre des infinis préjugés dont sont victimes les nouveaux arrivants. Une femme qui raconte la transformation de son ouverture et de sa fierté en un isolement silencieux.

***

À travers chaque prise de parole, on sent cette envie de s’évader d’une réalité de plus en plus décevante et désarticulée.
La forme monologuée du texte fait voir la profonde solitude de ces femmes, qui ont pourtant bien envie d’aller vers l’autre.

Personnages emprisonnés dans une fiction, les cinq femmes appellent à l’aide et interpellent, plus ou moins directement, le public, mais aussi l’auteure: elles objectent et expriment leur désaccord quant au carcan dans lequel on les a enfermées.
« Annick Lefebvre, c’est pas vrai que je suis plus pathétique que les chansons que j’écoute. »
On joue ici sur une envie qu’ont sûrement beaucoup de personnages de théâtre d’en dire bien plus que ce que leur auteur ne leur fait dire. Ou de dire autrement. Méthode de distanciation qui nous rappelle que le théâtre, c’est du faux. Qu’il y a toujours quelqu’un qui tire des ficelles quelque part…

***

Si le propos est parfois difficile à cerner, je lève mon chapeau à ces excellentes performances d’actrices. En effet, tour à tour, Catherine Paquin-Béchard, Catherine Trudeau, Alice Pascual, Debbie Lynch-White et Léane Labrèche-Dor peignent des portraits de femmes complexes, qui sont bien loin des personnages schématiques et réducteurs de la femme simple et belle, gentille et douce, délicate et discrète, polie et serviable. Des femmes qui s’indignent. Des femmes qui se lèvent tous les matins et qui gagnent leur vie, seules.  Des « militantes du quotidien ».

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J’ACCUSE
Production du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, présentée en codiffusion avec La Bordée

TEXTE: Annick Lefebvre
MISE EN SCÈNE: Sylvain Bélanger
INTERPRÉTATION: Léane Labrèche-Dor, Debbie Lynch-White, Catherine Paquin-Béchard, Alice Pascual, Catherine Trudeau
CONCEPTEURS: Erwann Bernard, Ulysse Del Drago, Pierre-Étienne Locas, Larsen Lupin, Sylvie Rolland-Provost, Marc Senécal

Pièce présentée à La Bordée du 10 janvier au 4 février 2017

***

Bon théâtre,
Odile

 

Qui a peur de Virginia Woolf?

15 Avr

Afin de clore sa saison 2015-2016, le Théâtre La Bordée a choisi de présenter la pièce Qui a peur de Virginia Woolf d’Edward Albee. Je l’avoue, je connaissais déjà cette œuvre ayant vu le film mettant en vedette Elizabeth Taylor et Richard Burton pour un cours à l’université il y a…quelques années. Je me souvenais de deux choses. Tout d’abord, que l’histoire est un peu tordue et que les personnages se détestent. Ensuite, du regard horrifié de ma mère quand je suis remontée du sous-sol: « Mais veux-tu ben me dire qu’est-ce que tu écoutes? Ça fait juste hurler depuis deux heures! » Heureusement, La Bordée nous offre ici une version beaucoup plus nuancée de cette pièce culte.

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Lorraine Côté – Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Résumé

Georges et Martha reviennent chez eux vers les deux heures du matin après une soirée universitaire bien arrosée. Ce couple de quadragénaires est à peine rentré qu’il se livre déjà à une scène de ménage qui sera, en fait, la prémisse de ce qui se passera par la suite. C’est d’ailleurs à ce moment que Nick et Honey sonnent à la porte. Nouveaux arrivés en ville et à la faculté, Martha les a invité pour un dernier verre. Le « dernier verre » se transforme bien vite en une beuverie sans nom et la « scène de ménage » se révèle finalement être un jeu aux règles impitoyables qui dissèquera, sous les yeux des spectateurs, les deux ménages jusqu’à la moelle.

Quand: du 12 avril au 7 mai 2016 au Théâtre La Bordée

Durée: 2 h 30 avec entracte

Texte: Edward Albee | Traduction: Michel Tremblay

Mise en scène: Hugues Frenette

Distribution: Martha: Lorraine Côté | George: Normand Bissonnette | Honey: Élodie Grenier | Nick: André Robillard

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Le titre: Vous avez déjà vu le dessin animé de Disney sur l’histoire des trois petits cochons? Et bien, les cochons chantent « Who is afraid of the big bad wolf ». Je vous invite à changer les paroles pour le titre de la pièce. L’histoire ne dit pas dans quel contexte les paroles de la chanson ont été changées, mais il semblerait que ce soit un running gag au sein du groupe.

Retour sur la pièce

Ce qu’il y a de difficile dans ce genre de pièce, qui repose entièrement sur la performance des acteurs et sur les ambiances créées par les situations, c’est que bien souvent, la tension monte trop vite ou alors que les spectateurs perdent le focus. En effet, ici, il n’y a aucun changement de décor, peu d’indication sur le temps et aucun artifice qui pourrait distraire l’audience de ce qui se passe.

Or, la mise en scène d’Hugues Frenette est rythmée, intelligente, mais surtout adroite. Contrairement au film, ici, les gens ne crient pas continuellement. Tout est beaucoup plus acéré et subtile. Évidemment, la chicane pogne à quelques moments, mais ce sont des endroits ciblés et souvent, une plaque tournante de l’histoire.

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Distribution complète – Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Les acteurs font un travail absolument magnifique. Lorraine Côté est subtile et changeante dans son rôle de Martha. Elle s’affirme de manière habile et semble insaisissable. Normand Bissonnette, en George, est calculateur et rusé.  Il sait pleinement profiter de la tension qui grimpe pour exploser au moment qu’il se doit et le temps qu’il se doit. Élodie Grenier et André Robillard, dans les rôles de Honey et Nick, sont justes drôles, mal à l’aise, joueurs, naïfs, affirmés… leurs personnages sont les esclaves de l’intrigue et ils le rendent bien.

Bref, j’ai beaucoup aimé et je vous la recommande vivement!

Camille xxx

La Bordée : une nouvelle saison et 40 ans d’histoire

31 Mar

C’est avec une myriade de bonnes nouvelles que nous avons été accueillis le 21 mars dernier au théâtre La Bordée. Il s’en passe des choses pour le théâtre de Québec! En effet, non seulement la prochaine saison sera intéressante, variée et équilibrée, mais La Bordée fête cette année son quarantième anniversaire et vient de recevoir une contribution financière de taille de la part de Québécor.

M. Jacques Leblanc, directeur artistique depuis 2004, a commencé par nous faire un résumé de l’histoire de La Bordée. Ainsi, fondée en 1976 par une « bordée » de finissants du conservatoire de musique et d’art dramatique de Québec voulant allier le théâtre et la musique, l’institution a su, au fil des ans, se créer une place de choix dans le milieu culturel au Québec. Depuis, ils ont pu accueillir 150 pièces, 290 acteurs, 179 concepteurs et 159 auteurs. Fort de la satisfaction de son public, La Bordée saura enclencher cette nouvelle saison avec force et bonne humeur!

Saison 2016/2017

Gloucester, délire Shakespearien (20 septembre au 15 octobre 2016)

Après une victoire sanglante contre les Écossais, Édouard, roi d’Angleterre, partage le royaume d’Écosse en trois parts entre ses généraux et son épouse. Or, la reine espérait devenir l’unique régente de l’Écosse. S’ensuit une suite de manigances, de quiproquos et de discordes. Les personnages se livreront aux  jeux du pouvoir et de la vengeance. 

Imaginez les plus grandes scènes de l’oeuvre de Shakespeare, mélangez-les, ajoutez une bonne dose d’humour et vous aurez devant vous la prémisse pour cette nouvelle pièce! Une véritable épopée shakespearienne où le meilleur et le pire de ce grand auteur sont réunis dans le but de vous faire sourire.

Texte: Simon Boudreault et Jean-Guy Legault | Mise en scène`: Marie-Josée Bastien | Conception: Marie-Renée Bourget Harvey, Sébastien Dionne, Michel F. Côté et André Rioux | Distribution: Emmanuel Bédard, Geneviève Bélisle, David Bouchard, Simon Boudreault, Éloi Cousineau, Érika Gagnon, Jonathan Gagnon, Jean-Guy Legault, Catherine Ruel et Alexandrine Warren.

Les marches du pouvoir (1er au 26 novembre 2016)

David Bellamy est une jeune relationniste et conseiller de campagne pour le gouverneur Morris. Ambitieux, charismatique et fonceur, Bellamy voit sa carrière toute tracée puisque le gouverneur pour lequel il travaille devient candidat à l’investiture démocrate américaine. Or, c’est à ce moment que le parti opposé le contacte. Curieux, il se rend à ce rendez-vous qui pourra changer tous ses plans.

L’auteur de la populaire série « House of Cards » connaît son sujet: les coulisses de la politique américaine. Il a frappé encore une fois avec cette pièce qui met de l’avant les gens dans l’entourage des grands hommes politiques (et oui! Il y a eu un film de fait là-dessus avec George Clooney et Ryan Gosling).

Texte: Beau Williams | Traduction: David Laurin | Mise en scène: Marie-Hélène Gendreau | Conception: Véronique Bertrand, Josué Beaucage, Keven Dubois et Julie Morel | Distrbution: Charles-Étienne Beaulne, Maxime Beauregard-Martin, Sophie Dion, Hugues Frenette, Israël Gamache, Jean-Sébastien Ouellette et Nathalie Séguin.

J’accuse (10 janvier au 4 février 2017)

Cinq femmes. Cinq monologues. Cinq histoires vibrantes et poignantes racontées par ces femmes qui représentent la jeunesse d’aujourd’hui. On y retrouve la fille qui encaisse, la fille qui agresse, la fille qui intègre, la fille qui adule et la fille qui aime. Une prise de parole féminine et actuelle qui dépeint le quotidien de cinq trentenaires qui luttent pour garder la tête haute dans cette société d’aujourd’hui qui leur en demande beaucoup.

Un texte bombe qui a su faire vibrer le public montréalais l’année dernière. Les cinq fabuleuses actrices qui se sont livrées, aux dires du metteur en scène, aux Olympiques de l’actrice. J’accuse vous est présenté avec sa distribution originale pour le plus grand des effets.

Texte: Annick Lefebvre | Mise en scène: Sylvain Bélanger | Conception: Erwann Bernard, Ulysse del Drago, Pierre-Étienne Locas, Larsen Lupin, Sylvie Rolland-Provost et Marc Sénécal | Distribution: Léane Labrèche-Dor, Ève Landry, Debbie Lynch-White, Alice Pascual et Catherine Trudeau.

Crédit photo: Nicola-Franck Vachon

À toi, pour toujours, ta Marie-Lou ( 21 février au 18 mars 2017)

En 1961, un couple  s’assoit. La femme annonce à son mari qu’elle est enceinte de leur quatrième enfant. Ensemble, ils passeront en revue leurs vies, leurs échecs et leur couple. Dix ans plus tard, leurs deux filles s’assoient. Une s’est affranchie de son éducation et est devenue chanteuse country. L’autre, prise au piège par son éducation teintée par la religion, écoute sa sœur qui tente de l’aider à se libérer de cet étau. 

Pièce phare de l’auteur québécois qui n’a pas besoin de présentation, Michel Tremblay, À toi pour toujours, ta Marie-Lou a non seulement obtenu un grand succès au Québec, mais dans le monde entier. Les sujets abordés (la famille, la quête de liberté, le manque de communication, etc.) en font une oeuvre qui dépasse les frontières puisqu’ils abordent l’humain.

Texte: Michel Tremblay | Mise en scène: Jacques Leblanc | Conception: Stéphane Caron, Denis Denoncourt, Denis Guérette et Ariane Sauvé | Distribution: Ève Daigle, Hugues Frenette, Marianne Marceau et Catherine Simard.

L’Avare ( 11 avril au 6 mai 2017)

Harpagnon est un vieil avare. Riche pour le simple raison qu’il ne dépense pas. Or, il a des projets de mariage pour ses enfants et ne les a certainement pas consultés avant de prendre des décisions. Élise est amoureuse de Valère, mais promise à Anselme et Cléante doit épouser une jeune veuve, mais est épris de Marianne. Et, comble de tout, Harpagnon souhaite que Marianne devienne sa femme.

On ne fait pas plus classique et réussi qu’une comédie de Molière.Ses pièces se passent de présentation et sont évidemment de grandes oeuvres qui ont su traverser le temps et conquérir le coeur de gens malgré les années.

Texte: Molière | Metteur en scène: Bertrand Alain | Conception: Vano Hotton, Élyane Martel, Laurent Routhier et Fabrice Tremblay | Distribution: Frédérique Bradet, David Bouchard, Chantal Dupuis, Paul Fruteau de Laclos, Jacques Leblanc, Nicolas Létourneau, Jocelyn Paré, Guillaume Pelletier, Mary-Lee Picknell, André Robillard et Réjean Vallée.

 

Bon théâtre et joyeux anniversaire à La Bordée!

Camille xxx

 

Trainspotting

10 Nov

Avant d’aller voir cette pièce, je l’avoue, je ne m’étais pas beaucoup renseignée. Je savais que ça parlait de drogue et que ce serait probablement trash. N’ayant jamais lu le livre ou vu le film, il était donc difficile pour moi de me faire une idée de ce qui allait m’être présentée le mercredi 27 octobre à La Bordée.

Le petit signe 16 ans et plus sur mon programme faisait pourtant office de signaux de fumée dont le but était de me révéler l’étendue de ce que j’allais voir pendant la prochaine heure et demi.

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Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Trainspotting, c’est l’histoire d’une bande de jeunes dans l’Écosse très pauvre du milieu des années 1990 qui ont décidé de se réfugier dans la drogue pour trouver un sens à leur vie (ou anesthésier leur perspective face à la vie, ça dépend comment tu prends le problème). L’histoire nous est racontée par Mark. Celui-ci décrit et commente différents épisodes de sa vie qui s’enchaînent pour finalement devenir une histoire. Il est accompagné par ses amis Tommy, Sick Boy, Begbie et Allison. Certains tombent peu à peu dans l’enfer de la drogue (ou un quelconque substitut comme l’alcool ou la violence) et d’autres finissent par s’en sortir. Ils ont tous un point un commun cependant: ils cherchent tellement à échapper à la réalité que même quand celle-ci les frappe en plein visage, ils n’arrivent pas à l’accepter et préfèrent détourner le regard.

La première image qui m’est venue en tête après avoir vu la pièce, pour résumer mon sentiment sur l’histoire, est que les films Requiem for a dream et The full Monty avaient eu un bébé: pauvreté, crise économique, génération bafouée, déchéance et drogue sur fond de crise identitaire.

CRÉDITS PHOTOS : Pierre-Marc Laliberté

Crédit photo : Pierre-Marc Laliberté

Le texte est tranchant. Les histoires choquantes voire écœurantes sont entremêlées de moments touchants et vrais, de discours qui font mal et de séquences hilarantes. Entre le langage ordurier des personnages et les scènes qui donnent la nausée on finit toutefois par se demander ce qui déferle le plus: les sacres ou les déjections.

Cependant, ce qui marque le plus l’esprit dans cette pièce, malgré les milles et une péripéties dont le spectateur est témoin, est la vérité et l’innocence qui émane de la trame de fond. Comme l’a si bien résumé la metteure en scène, Marie-Hélène Gendreau: « La pièce jette intelligemment un blâme sur tous les « abandonneurs » d’enfants. J’entends par là, une société qui n’aime pas suffisamment ses enfants, qui ne leur fait pas assez de place, qui n’est pas tolérante envers leur agitation. »

Les acteurs sont tous excellents, avec à leur tête Lucien Ratio dans le rôle de Mark. On retiendra surtout de son interprétation cette capacité à rendre presque agréable des situations qui, à la base, ne le sont pas du tout. Son personnage de junkie en est un attachant voire touchant dans sa manière de narrer les événements les plus tragiques de sa vie. Il faut noter l’intensité dramatique des comédiens Jean-Pierre Cloutier (Tommy) et Claude Breton Potvin (Allison) ainsi, que l’interprétation du personnage de Begbie, un ivrogne aux sérieux problèmes de gestion de la colère, par Charles-Étienne Beauline. C’est Marco Poulin qui fait tous les autres rôles secondaires (employeur, la mère supérieure et l’ivrogne) et il faut mentionner qu’il était incroyable dans la scène de l’entrevue!

CRÉDITS PHOTOS : Pierre-Marc Laliberté

Crédit photo : Pierre-Marc Laliberté

Je suis sortie du théâtre dans un état de transe semi-nauséeux. Ne sachant que trop quoi penser de cette pièce. Certes, j’avais beaucoup aimé et la mise en scène comme les acteurs étaient excellents. Mais une grande partie de moi continuait d’être profondément mal à l’aise. Maintenant, avec le recul, je suis vraiment contente de l’avoir vu. Parfois faut que ça fasse un peu mal pour qu’on arrive à voir plus grand et entamer une réflexion sur de tels sujets.

Trainspotting, de Irvine Welsh, a été adapté pour le théâtre par Harry Gibson seulement huit mois après la parution du livre. Elle a ensuite été traduite en français par Wajdi Mouawad et présentée pour la première fois à Québec à Premier Acte en 2013. La pièce est présentée à La Bordée du 27 octobre au 21 novembre 2015.

Camille xxx

Duo québécois

6 Oct

La semaine dernière, j’ai eu la chance de comprendre, encore une fois, l’étendue du talent artistique québécois dans deux œuvres distinctes. D’abord, dans une nouvelle mise en scène de Bousille et les justes de Gratien Gélinas, par Jean-Philippe Joubert. Puis, dans le visionnement de Paul à Québec, adaptation cinématographique de la bande dessinée éponyme de Michel Rabagliati.

J’ai eu envie de vous parler de ces deux œuvres touchantes d’une qualité incroyable.

BOUSILLE

C’est au Théâtre la Bordée que j’ai assisté à ce classique québécois. Je n’en savais que très peu de choses, mise à part l’auteur, les comédiens et le synopsis. Pour une fille qui a étudié en littérature, je n’étais pas trop fière.

La pièce raconte le passage de la famille Grenon à Montréal pour le procès du plus jeune, Aimé, accusé du meurtre d’un rival amoureux. Bien que tous soit convaincus de son innocence, les membres du clan familial sont prêts à tout pour qu’il soit acquitté et ainsi, garder sauf l’honneur de la famille. Bousille, cousin de la famille et seul témoin des événements, aura un grand rôle à jouer dans le jugement. La naïveté et droiture de celui-ci seront grandement ébranlés dans le processus.

Christian Michaud campe le rôle de Bousille si justement, si parfaitement, comme d’ailleurs tous les personnages qu’il a interprété. Je suis fan de son talent, c’est dit ! Ça fait longtemps que ça ne m’était pas arrivé ; j’ai PLEURÉ pendant l’une des scènes les plus éprouvantes. Le jeu entre les personnages était très fort et cela venait jouer dans nos valeurs à nous, les spectateurs.

Pour sa part, la scénographie ouverte, qui donnait sur l’entièreté de l’espace de jeu de la scène de la Bordée, donnait un regard tout autre sur l’histoire, nous permettant d’y voir de la figuration et d’avoir une vue d’ensemble.

Je vous le recommande, en salle jusqu’au 10 octobre (faites vite !).

Christian Michaud en Bousille Crédit : La Bordée

Christian Michaud en Bousille
Crédit : La Bordée

 

PAUL

Les bandes dessinées de Michel Rabagliati sont populaires au Québec, par le talent de l’illustrateur mais aussi par les histoires différentes qui y sont racontées. Paul à Québec, le 6e album de l’auteur, est une véritable hymne à la vie, incarnée au cinéma par des acteurs de grand talent, pour ne nommer que François Létourneau, Gilbert Sicotte et Julie Le Breton.

J’aurais du mal à dire quel est le punch du film ou même qui est le personnage principal. La beauté réside dans le fait que c’est la vie, notre vie qui y est narrée. Dans sa beauté et sa tristesse parfois de ce qui meuble le quotidien et bâti les années.

J’ai aimé que des bouts de bandes dessinées y soient inséré, j’ai aimé la justesse du jeu des acteurs, la simplicité, les larmes qui ont confirmé que le film visait juste (OK oui, je suis une émotive).

Le générique termine sur une douce note et tous les spectateurs dans la salle sont restés assis portés par le même sentiment de réflexion, de regard sur la poésie de la vie.

J’espère vous donner envie de courir au cinéma visionner ce beau film québécois!

Crédit phtoo : Paul à Québec - Le film

Crédit photo : Paul à Québec – Le film

Appréciez-vous l’art québécois, sous toutes ses formes? Quels pièces, films, expositions avez-vous envie de voir cet automne?

Bonne écoute!

Laurie-Louve xxx

Saison 15/16 de La Bordée – Réflexions et fous rires

6 Avr

J’aime le théâtre. Certains diront qu’ils aiment le théâtre par amour du jeu, d’autres par amour de la culture en général, moi c’est parce que ça me fait réfléchir. Bon, certains films aussi me font réfléchir, mais je vais principalement au théâtre pour réfléchir. Le divertissement vient avec. Pourquoi? Je ne sais pas exactement, mes raisons sont complexes. J’imagine que c’est parce que souvent, les pièces que je vois sont à propos de jeux psychologiques ou d’enjeux sociétaux. J’imagine aussi qu’il y a le facteur humain en cette ère de virtuel et de Netflix; la présence des acteurs sur scène, des spectateurs dans la salle et de leurs réactions. J’aime autant regarder les acteurs jouer qu’analyser les comportements des spectateurs autour de moi. Et tout ça me porte à réfléchir.

La bordée identité visuelleMercredi, je suis donc allée au lancement de la saison 15/16 de La Bordée, où le théâtre présentait aussi sa nouvelle identité visuelle, créée avec l’aide de l’agence Brad. Celle-ci est, selon le directeur artistique Jacques Leblanc, « plus actuelle est plus près de ce que nous sommes, […] le reflet de La Bordée; un théâtre créatif, humain et accessible. »

Mon amie et moi étions un peu étonnées d’y voir surtout des personnes de 50 ans et plus, mais nous avons compris plus tard que les invités à cette soirée spéciale étaient surtout les abonnés de longue date. Je ne suis pour ma part pas une habituée de La Bordée, mais avec la programmation présentée mercredi, il se pourrait que je le devienne!

BousilleLa saison débutera en septembre avec la nouvelle mouture d’une pièce qui a connu un succès retentissant à La Bordée il y a 30 ans de cela, Bousille et les justes de Gratien Gélinas. Cette pièce québécoise créée en 1956 reste drôlement d’actualité, puisqu’elle traite d’une famille « respectable » qui souhaite sauver son honneur et les apparences en usant de corruption et d’intimidation sur le pauvre Bousille, qui représente la justice et l’honnêteté.

Trainspotting

D’octobre à novembre, la pièce écossaise Trainspotting d’Irvine Welsh, adaptée pour le théâtre par Harry Gibson, viendra certainement bouleverser notre vision de la vie. La pièce, avec son regard lucide et amer sur le monde, met en scène de jeunes héroïnomanes dont la vie oscille entre shoot d’héroïne, overdose et sevrage, vols, sexe, violence et mort.

Tu te souviendras de moi

On aura aussi droit à une pièce récipiendaire du Prix Michel-Tremblay, en accueil du 24 novembre au 5 décembre, Tu te souviendras de moi. Cette production du Théâtre de La Manufacture aborde le délicat sujet de la maladie d’Alzheimer en présentant l’histoire d’Édouard, professeur d’histoire à la retraite au caractère bouillant, qui commence à perdre la mémoire.

Bey bye 15Suite au succès du Beu-Bye 14, le collectif du Temps qui s’arrête réitèrera avec sa revue de l’année 2015 Beu-Bye 15. On nous promet une soirée haute en couleur où chansons, sketches et caricatures se marieront pour notre plus grand plaisir.

Mateo L’année 2016 débutera avec la pièce québécoise Matéo et la suite du monde, coproduite avec Entr’actes, cocréée par des comédiens issus du réseau habituel de la scène québécoise et des interprètes vivant avec les limitations fonctionnelles. Cette pièce nous fera entrer dans le quotidien d’un jeune homme féru de cinéma vivant avec le syndrome d’Asperger. On en ressortira très probablement avec une meilleure compréhension du syndrome, ainsi que la rate bien dilatée.

Feydeau

En mars, on changera complètement de registre avec le spectacle éclaté Feydeau, mis en scène par le directeur artistique de La Bordée Jacques Leblanc. Plusieurs courtes comédies de Georges Feydeau, auteur dramatique français et maître du vaudeville, y seront mises en scène dans une ambiance de cabaret de la « Belle Époque » parisienne. Fous rires garantis!

Virginia Woolf

La saison se terminera en avril-mai avec la pièce américaine d’Edward Albee Qui a peur de Virginia Woolf?, traduite par Michel Tremblay. On est catapultés dès le début dans une scène de ménage impitoyable d’un couple de quadragénaires, dans laquelle sera impliqué bien malgré lui un jeune couple rencontré plus tôt dans la soirée. « Mais, souligne le metteur en scène, ce qu’il faut retenir c’est qu’en fait le couple s’aime, mais ne sait plus comment se le montrer! »


QUELQUES NOUVEAUTÉS

Les Samedis 2 pour 1 pour les 30 ans et moins
Les 30 ans et moins seront heureux d’apprendre que La Bordée leur offrira la paire de billets au coût de 35$ pour le premier samedi de chaque production! (J’ADORE, merci La Bordée <3) Après la représentation, le foyer du théâtre s’animera avec de la musique et des prestations d’artistes de Québec, le tout organisé au profit d’une jeune compagnie de théâtre de Québec.

Billets de dernière minute
Ponctuellement au cours de la saison, des billets de dernière minute, au tarif unique de 20$, seront mis en vente quelques heures avant la représentation. L’information sera publiée sur les réseaux sociaux et affichée dans les vitrines de La Bordée, rue Saint-Joseph.

Alors, ça vous donne envie à vous aussi de laisser Netflix le temps d’une pièce? Je l’espère bien 😉
Marie-Soleil xox

Discours d’un cancer

9 Mar

W;T ou Wit qui veut dire esprit. Beaucoup d’appréhension parce que la pièce porte sur le cancer et que je m’effondre en larmes à chaque fois que j’écoute Nouvelle adresse et que je participerai à mon second Relais pour la vie cette année parce qu’il s’y produit de sombres miracles et des instants magiques.

Que je n’y comprends rien à cette démone de maladie, parce qu’il n’y a rien à comprendre. Je prends une grande respiration et je m’installe au Théâtre de la Bordée qui présente la pièce jusqu’au 28 mars.

Vivian Bearing est -était- professeure de littérature à l’université, une sommité dans son milieu que les étudiantes et étudiants redoutaient et dont ses collègues jalousaient la rigueur d’une aussi vaste connaissance de la poésie anglaise de XVIIe siècle. Cette caractéristique pourrait la différencier de la femme conventionnelle alors que, au contraire, elle en fait une dame puissante et dévouée. À l’image de bien des femmes que nous côtoyons – mères, tantes, cousines, les âgées et les juvéniles, les ancêtres et celles à venir. Et tandis que nous arrivons aisément à la comparer à cette femme dans nos vies, nous sommes pris au piège. Si Viviane ressemble à votre mère, alors vous la verrez apprendre qu’elle a le cancer à cinquante ans. Si Viviane s’apparente à votre meilleure amie, alors vous la verrez disparaître sous une faiblesse due aux douleurs accumulées. Pris au piège et emportés dans cette noirceur qu’est la condamnation que vivent celles et ceux, leur famille et leurs proches sur qui tombe le diagnostique d’un cancer. Déportation de sa propre vie à l’extérieur de son corps malade. Un naufrage pénible.

Alors, quand cette férue de littérature annonce clairement qu’elle s’adressera à nous avec ironie, personne n’a le coeur à rire. Mais, nous avons ri, beaucoup. Elle tourne au ridicule les docteurs qui l’examinent comme un cobaye à qui ont a injecté un vaccin récemment cuisiné. Les docteurs doutent, ils ignorent les effets qu’auront les fameux médicaments. On l’observe, on l’examine, on s’assure qu’elle urine autant qu’elle boit. Et elle arrive à le rendre comique.

Crédit : Nicola-Frank Vachon

Crédit : Nicola-Frank Vachon

W;t

Crédit : Nicola-Frank Vachon

Loin de vouloir banaliser ce drame, elle parvient aussi à nous faire pleurer car, au fond, elle agonise. Ses élans littéraires sont de moins en moins passionnés, ses phrases sont plus courtes comme son souffle. Son tout petit souffle à la fin qu’on attend – et qu’on entend- s’éteindre à tout moment.

Les mots sont beaux et percutants. Leur effacement l’est tout autant. Et tous ces gens en larmes dans la salle, tous en colère contre le cancer.

Honnêtement, aussi morbide que cela puisse paraître, c’est une pièce libératrice que j’aurais aimé voir si ma mère ou ma meilleure amie avaient cette maladie. Je voudrais savoir avant de dire que j’aurais aimé savoir. Connaître tous les regards possibles qu’il me serait possible de poser sur cette guerre acharnée contre un corps.

Pour un extrait de la pièce :

 

Marie-Philippe

Mais que diable allait-il faire dans cette galère !

5 Fév

La Bordée est un théâtre que j’affectionne beaucoup à Québec. Il faut comprendre qu’aussi, dans la Capitale-Nationale, il y a 4 théâtres majeurs : Le Trident, La Bordée, Le Périscope et Premier Acte.

 

Chacun a leur particularité, leur style et le théâtre qui y est joué a souvent une certaine ligne artistique directrice. Dans l’ordre, du plus classique au plus expérimental. J’ai vu les meilleures pièces de ma jeune vie dans chacun d’entre eux, mais La Bordée a une place de choix dans mon cœur d’ex-étudiante en littérature et arts, c’est là que j’y ai vu ma première œuvre.

La semaine dernière, donc, j’étais à La Bordée pour assister à l’œuvre de Molière, Les Fourberies de Scapin. Le texte lui, date de 1671, mais comme les mots ne meurent jamais, la mise en scène drôle et éclatée de Jacques Leblanc elle est contemporaine avec juste ce qu’il faut de traditions. On revit ce classique comme si on ne l’avait jamais lu, jamais entendu et jamais vu.

Crédit photo : La Presse

Crédit photo : La Presse

Un résumé assez simple de l’histoire serait un groupe de jeunes gens appellent aux ruses de Scapin pour se sortir de situations parentales délicates et pouvoir ainsi vivre leur amour en toute liberté. Douce vengeance et stratagèmes ingénieux sont au rendez-vous pour nous offrir un spectacle haut en couleur et en éclats de rire ! Le jeu des comédiens, notamment Christian Michaud, dans le rôle de Scapin, mais aussi Octave (Pierre-Olivier Grondin) et Géronte (le grand Jack Robitaille et sa galère) est incroyablement comique et se rapproche réellement de la commedia dell’arte. De beaux moments où j’ai craint que mon rire ne déconcentre les comédiens… 😉

Mention très très importante et spéciale aux costumes et à la scénographie totalement efficace. Des costumes colorés, taillés dans le même tissu tout en étant complètement différents et représentatifs de chacun des personnages ajoutent la touche extra à l’ensemble de la pièce. Le travail d’Ariane Sauvé et de Sébastien Dionne, respectivement aux décors et aux costumes donnent tout le souffle de renouveau à ce classique du théâtre français.

Crédit photo : Radio-Canada

Crédit photo : Radio-Canada

Vous avez jusqu’à la St-Valentin pour aller voir cette pièce qui, pour une fois, nous sort des réflexions et nous fait simplement passer un excellent moment en bonne compagnie.

Bon théâtre !

Laurie-louve

Frozen (Océan Arctique), à l’intérieur du drame

19 Mar

Deux de nos louves  ont assisté, le 5 mars dernier, à la pièce Frozen (Océan Arctique), présentée au Théâtre de la Bordée, à Québec. Compte-rendu sous forme comparative (tellement formel, coudonc on est tu à l’université?) des impressions de nos deux « critiques » de théâtre.

KARYAN

La scénographie

C’est sans contredit ce que j’ai le plus appréciée de Frozen. L’espace utilisé judicieusement, mais également l’utilisation d’écrans de projection qui ajoutaient un certain dynamisme aux monologues des personnages. Il faut dire que le travail de mise en scène de Jeremy Peter Allen était une grande force de la pièce. La scène était divisée en trois espaces, chaque espace représentait un lieu/une époque. Cela permettait aux spectateurs de bien suivre l’histoire qui voyageait plus d’une fois dans le temps. Tout restait simple et laissait une grande place au texte.

Le jeu

Un défi de taille attendait les comédiens; un texte truffé de monologues où le personnage s’adresse tantôt au public, tantôt à lui-même. Les scènes où les personnages établissent un dialogue sont très rares. C’est peut-être ce qui m’a moins permis d’embarquer dans l’histoire. Par contre, je lève mon chapeau à Marie-Ginette Guay qui m’a laissé sans voix dans le rôle de la mère. Également, Éric Leblanc, dans le rôle du psychopathe que l’on détestait, jugeait, mais sans cesser de l’analyser.

L’histoire

Le sujet n’était pas léger (on parle du viol et du meurtre d’un enfant). Avec les monologues où l’on brisait le 4e mur, j’avais l’impression, en tant que public, d’être interpellée et placée dans une position peu confortable. J’avais l’impression de vivre la douleur, les défauts, les fantasmes, la folie des personnages avant l’histoire. Ce n’est pas négatif en soit, mais je ne suis pas sortie aussi bouleversée de la Bordée que je l’aurais cru lorsque j’ai pris conscience de l’histoire. Certes, on quitte la Bordée en se disant «est-ce que c’est vraiment possible?» (Je ne vous dirai pas quoi, c’est à vous d’aller voir Frozen, vous avez jusqu’au 29 mars).

Si je devais donner une note sur 10, je donnerais :

6. Je suis sortie de cette pièce en me questionnant, bien entendu, mais je n’ai pas l’impression qu’elle m’ait assez marquée pour que je me questionne encore aujourd’hui. Le sujet est très loin d’être banal, mais l’histoire n’est pas venue me cherchée autant que je l’aurais cru. Ceci étant dit, à elle seule, Marie-Ginette Guay vaut le déplacement!

Crédit : Blogue Mon Saint-Roch

LAURIE

La scénographie

La grande admiratrice de mise en scène et de mise en lieu en moi a adoré la scénographie de la pièce. Trois espaces de jeu, parfois entremêlés et n’appartenant à aucun personnage, permettent une séparation temporelle mais aussi une coupure entre les différents états d’esprits des situations. Au dessus et à l’intérieur des trois cubes était projeté différentes images et textes, permettant d’imager ou de remettre en contexte les monologues. Une vraie scénographie épurée, bien utilisée et qui rend bien le texte.

Le jeu

Dans une chronique dans le Voir, Jeremy Peter Allen évoquait  son désir de travailler un scénario différemment « Je voulais construire des personnages avec les comédiens, pas seulement les diriger. Je cherchais à me replacer dans un contexte où je redevenais un créateur et non seulement un exécutant. » C’est vraiment ce qui m’a plu dans cette pièce, le travail et la teinte que donne chacun des comédiens à son personnage. Marie-Ginette Guay est touchante et vraie dans le rôle de Nancy, une mère déconstruite suite au meurtre de sa fille. Et que dire d’Éric Leblanc, Ralph le psychopathe qu’on cherche à analyser sans vraiment comprendre la source de son dysfonctionnement. Bien que la cohésion entre les personnages se fait rarement, c’est ce que j’ai apprécié : pouvoir identifié la hauteur du talent d’un comédien quand il n’a que lui-même comme appui. Mon bémol, le personnage d’Agnetha, docteure jouée par Nancy Bernier. Sans douter du talent de la comédienne, les problèmes de la psychiatre m’ont laissé de glace, on en apprend trop peu, trop tard pour bien les ressentir.

L’histoire

La thématique du meurtre et de l’enlèvement d’enfants est toujours assez bouleversante, par sa part d’incompréhension et d’injustice.  Ce que j’ai apprécié du scénario en tant que tel, c’est la vision de trois acteurs qui vivent l’enlèvement d’un enfant, de trois point de vue différents sur la situation. Le tueur, la mère et l’intervenante. Bien que le texte était principalement composé de monologues, et donc que les comédiens parlaient plus souvent directement au public qu’à un autre personnage, j’ai aimé la façon dont on a abordé le délicat sujet.

Si je devais donner une note sur 10, je donnerais :

7,5, pour la qualité du jeu et la scénographie innovante qui servait très bien l’histoire. Le bémol est que je n’en suis pas ressorti bouleversée, comme j’aurais cru l’être avec un sujet tel que celui-ci. Mais somme toute très bon moment, et bonne pièce!

Grand merci à La Bordée de nous avoir permis d’assister à la Première de la pièce!

La pièce est présentée jusqu’au 29 mars.

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