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Pourquoi aller voir la pièce Une mort accidentelle?

11 Fév

 

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C’est l’histoire de :

Philippe Désormeaux, un jeune chanteur connu du public, qui commet un crime de manière involontaire. Après avoir faussé les pistes, il quitte les lieux et court se confier à ses parents, qui, devant cet aveu, auront une réaction pour le moins inattendue. Jeff Dubois, un enquêteur dépressif fasciné par le cirque médiatique entourant l’événement et peu pressé à élucider l’affaire, est chargé de l’investigation. Comment garder contact avec la réalité lorsqu’on est pris dans la spirale du mensonge ? 

Pssst: Il reste encore des supplémentaires les samedis 11, 18 et 25 février à 20h + dimanche 12 février à 15h au théâtre La Licorne.

La pièce en un gif:

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On va voir la pièce, parce que:

  1. Les comédiens défendent leur personnage impeccablement. Parfois, on entend «le jeu était inégal». Là, c’est le contraire. Chacun amène sa petite twist. Qui plus est, on remarque souvent leur écoute (ça c’est quand les comédiens sont pas en train de dire des lignes, mais qu’ils écoutent…). C’est petit, mais c’est précis.
  2. François Archambault réussit à trouver un bel équilibre entre l’humour, l’intrigue et l’intelligence. Parfois, on se surprend à grimacer et à grincer des dents et on éclate de rire tout de suite après. Assez pour se demander à plusieurs reprises «c’est-tu correct si je ris?» Il faut savoir bien manier sa plume pour manipuler aussi bien ses spectateurs.
  3. La mise en scène colle parfaitement à la vision de l’auteur. Les deux vivent en parfaite harmonie. On a particulièrement aimé la simili-conférence de presse où le public est littéralement devenu un public. Et aussi, voir le fameux contour tracé blanc des victimes se faire tracer devant nous.
  4. L’intégration des réseaux sociaux au sein de l’intrigue et le personnage de l’animatrice toujours sur place afin de mettre la main, en premier et en exclusivité, sur les nouvelles. Ça nous rappelle une certaine ère…
  5. Pour toutes ces raisons, une mort accidentelle n’est pas une pièce de Théâââââââââtre, mais vraiment un univers dans lequel on se fait inviter et prendre au jeu.

Mention spéciale:

Il n’y a rien de plus magnifique lors d’une pièce que les réactions spontanées des spectateurs. En fait, je dois préciser: il n’y a rien de plus magnifique que ceux qui partagent, sans se rendre compte, leur réactions spontanées.

«Ben voyons donc !»  « Elle, je l’a trust pas. »  «Qu’est-ce qu’y’a dit? »

 

Bon spectacle.

 

Jani

 

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Troublant cauchemar

26 Fév

Entrevue avec le comédien Dany Michaud et retour sur la pièce Saint-André-de-l’Épouvante

Éteignez les lumières. Allumez vos lampes de poche. Collez-vous un peu. C’est le temps des histoires de peur.

Nous avons tous déjà partagé de bonnes vieilles histoires de peur autour d’une table, d’un feu ou d’un verre. C’est exactement l’univers dans lequel nous fait basculer la pièce Saint-André-de-l’Épouvante.

L’atmosphère qui y règne en un GIF:

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SAINT-ANDRÉ-DE-L’ÉPOUVANTE
Texte : Samuel Archibald
Mise en scène : Patrice Dubois
Avec :
Miro Lacasse, André Lacoste, Dany Michaud, Bruno Paradis, Dominique Quesnel
Une coproduction Théâtre PÀP + Théâtre À tour de rôle + Théâtre La Rubrique
Pièce présentée au théâtre Espace GO jusqu’au 12 mars

« C’est du théâtre de peur, de peur intérieure »

À la fois directeur artistique et comédien, Dany Michaud nous résume le synopsis de la pièce : « Cinq personnages se rencontrent un soir de déluge. Pu d’électricité. Un seul repère dans le village : le bar le Crystal. Ça amène un climat de confidence. Au début, ils se racontent des histoires loin d’eux autres. Mais ça devient de plus en plus près des personnages… »

Archibald et son baptême du texte dramatique

Pour la première fois au service du théâtre, la plume de Samuel Archibald dessine et moule des personnages qui, chacun leur tour, partagent une légende, une histoire, un « j’ai entendu dire que…». « Samuel aime mettre des personnages du quotidien en scène. Ça peut être toi, ça peut être moi », nous raconte Dany.

C’est après avoir découvert l’habileté de l’auteur saguenéen dans son recueil Arvida que Michaud lâche un coup de fil illico à Archibald. « J’aimerais ça que tu écrives pour le théâtre », lui a-t-il annoncé. Sachant que l’auteur donne des cours à l’UQAM sur la science-fiction, le fantastique et d’autres formes de littérature populaire dont le cinéma d’horreur, on comprend bien comment Saint-André-de-l’Épouvante a vu le jour.

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© Photo courtoisie théâtre La Rubrique

Une malédiction contagieuse ?

Le fait de travailler dans le monde de la peur a généré dans la troupe des incidents qui auraient bien pu venir à bout de la production. Changement de l’actrice principale à quelques jours de la première, comédien coincé entre sa voiture et son chalet, comédien ayant subi un accident de vélo, incendie dans les rideaux lors d’une représentation… « C’était vraiment l’épouvante », rigole Dany.

« Il mouille tout le long »

La scénographie est particulièrement réussie dans la pièce. Un long mur de verre témoigne de la mauvaise température qui règne au village. Les effets de lumières et la trame sonore ambiante instaurent un climat hostile, de peur, qui devient rapidement contagieux.

Fac’ Dany, c’est quoi, Saint-André-de-l’Épouvante ?

« C’est une charge émotive. C’est un théâtre d’étrangeté, pas un film d’horreur. Les gens sont un peu sous le choc. C’est du théâtre de peur, mais de peur intérieure. »

Si les liens entre chacun des « contes » — si on peut les appeler ainsi — d’Archibald manquent un tantinet de fluidité, et que le jeu d’acteur semble relever, à certains moments, d’un registre qui manque d’homogénéité, on assiste toutefois à une production qui se distingue par son rythme et par son silence lourd d’électricité. On nous invite à plonger tête première dans le côté obscur des choses.

***

J’ai entendu dire que cette pièce de théâtre fantastique a été jouée pour la première fois l’été dernier sur les planches de Carleton-sur-Mer, avant de visiter le Saguenay, l’automne dernier. Semblerait-il que la production est débarquée dans la métropole pour la première fois cet hiver, et on raconte qu’elle sera présentée jusqu’au 12 mars prochain à l’Espace GO. Je vous l’dis. Je vous l’jure. C’est l’ami d’un ami qui me l’a dit.

J & O, xxx

4.48 PSYCHOSE : refus de soumission

4 Fév

« Regardez-moi disparaître »

4.48 Psychose est présentée au Théâtre La Chapelle du 27 janvier au 6 février 2016
Mise en scène: Florent Siaud
Interprétation: Sophie Cadieux
Texte: Sarah Kane
Traduction: Guillaume Corbeil
Vidéo: David B. Ricard
Production: Les songes turbulents
Durée: 1 heure
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©PHOTO: Nicolas Descôteaux

Dans l’intime salle du Théâtre La Chapelle, Sophie Cadieux incarne avec brio l’alter ego de l’auteure Sarah Kane, auteure qui s’est donné la mort à 27 ans. « J’écris la vérité, et cela me tue », disait Kane. Avec 4.48 Psychose, elle signe un chant du cygne d’une beauté aussi cruelle qu’hypnotisante, teinté d’ironie et de poésie. Le rythme et la virulence du texte sont admirablement préservés et soutenus par cette nouvelle traduction de 4.48 Psychosis, signée Guillaume Corbeil.

***

La performance de Sophie Cadieux en un GIF:

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Ce que la pièce suscite:

Beaucoup d’inspiration. Des rires tristes. De longues réflexions.

Jani et Odile, version onomatopée:

Ouf. Wow. Ayooooye. OK wow. Fit fiouuuuu. Ingggggg. Choubap.

***

« Ma vie est prise dans une toile qu’un médecin a tissée »

Le jeu, le texte et la mise en scène s’unissent afin de remettre constamment le compteur à zéro. On apprécie ainsi chaque image proposée sans se lasser de la lourdeur du thème. On nous dépeint le tout avec humour, avec ironie, avec des références communes. On voyage avec la protagoniste dans ses repères les plus sombres, ses vérités les plus tristes et ses conclusions sans issues. Par moments, on la trouve même très mature de faire preuve d’une aussi grande honnêteté envers elle-même. Un grand débat prend place en elle, et elle nous offre, à nous, public, ce combat intérieur en direct. Elle nous prend à témoin, en quelque sorte.

Sophie Cadieux est magistrale, précise, chirurgicale. Elle réussit à manier avec une fluidité impeccable chacune des ruptures de ton. Elle donne vraiment l’impression de scruter simultanément ses pensées, ses émotions, ses visions avec nous, l’assistance, mais aussi avec elle-même, dans le chemin qui la conduit vers son triste sort. Triste sort? Ou plutôt, vers son propre choix éclairé? C’est selon. On comprend que peu importe la forme que prendra cette issue, elle est, pour la protagoniste, son exutoire, sa façon d’être en phase avec elle-même. La mise en scène rend parfaitement cette image lorsque Sophie Cadieux, calme et vaporeuse, quitte la scène : ce n’est pas la mort qui est mise de l’avant, mais plutôt la fin d’une souffrance, la délivrance d’un poids enchaîné à la cheville.

« Je t’ai toujours aimé, même quand je te détestais »

Les supports visuels, la mise en scène de Florent Siaud, le dévoilement progressif du décor et les éclairages aux couleurs rougeoyantes confèrent quelque chose de très sensuel à cette descente aux enfers. Rouge amour. Rouge sang. Rouge à lèvres. La scénographie labyrinthique que pénètre petit à petit Sophie Cadieux propose une belle image quant au chemin que traverse la protagoniste, chemin à la fois physique et psychique.

***

« J’ai rêvé qu’un médecin me disait qu’il me restait juste huit minutes à vivre. J’étais restée trente minutes dans la salle d’attente. »

***

 

J & O xoxo

On déchire la vie, main dans la main

15 Jan

Enfermés dans une chambre, deux enfants maudits fuient la violence du monde. Ils n’ont qu’une nuit pour eux. Une nuit est courte quand il s’agit d’y vivre l’amour de sa vie…

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Crédit photo : Claudia Chan Tak

La très excellente et lamentable tragédie de Roméo et Juliette

Conception, mise en scène et chorégraphie: Catherine Gaudet + Jérémie Niel
Co-création et interprétation: Clara Furey + Francis Ducharme
À l’Usine C du 13 au 17 janvier 2016

Notre critique en un GIF :

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Notre critique en une citation :

« Une fragile peur froide frissonne dans mes veines. »
  –  Juliette, interprétée par Clara Furey

Notre critique minimaliste :

Un huis clos dansé. Tout ce qu’il y a de plus prenant.

Notre critique frénétique :

« OH MY GOD, JANI! C’était tellement beau. Clara Furey est magnifique. Wow. Tsé le moment quand ils dansent et ils s’arrêtent et se regardent!? Oui, il y avait tellement une belle chimie entre eux!! Pis tsé aussi quand il lui verse la mixture dans la bouche? Ah oui! C’était trop beau ça aussi. »
  –  Jani et Odile, incapables de quitter après la représentation

Notre critique poétique :

amour
offrir sa hargne
jouer à jouer

en      semble

 

« To be fucked in the head or not to be. »

Ce n’est pas peu dire que de parler d’abolition du quatrième mur. Les spectateurs se retrouvent sur scène, enfermés avec le couple dans leur chambre, et assistent ainsi au déroulement de leur tragique histoire. Dans cet espace fermé, les spectateurs ne sont plus de simples témoins extérieurs; ils se retrouvent emportés par un flot d’émotions, ils font partie de l’épopée. Du bout des doigts, ils peuvent effleurer l’intimité de Roméo et de Juliette, de Francis et de Clara, et ont accès à l’incroyable complicité que partagent les interprètes, à la chimie qui scintille dans leurs yeux. Dès l’arrivée du public, Francis nous présente son corps, nu sous la douche, tandis que Clara est inerte sur le lit.

« L’amour, une chose tendre? Il griffe. »

La langue est habilement maniée et les passages de notre bon Shakespeare, magnifiquement introduits. On passe du français normatif au québécois quotidien, de la douleur au plaisir, du ridicule au grandiose. Tantôt Clara, tantôt Juliette, parfois Francis, parfois Roméo, le couple se joue, se crie, se pleure, s’aime, se touche et se montre.

Où est la représentation? Cachée quelque part dans le placard. On assiste bel et bien à des événements réels. Les subterfuges, on les a laissés de côté, voulant laisser parler un théâtre de la cruauté dont Artaud serait fier. Les non-dits sont exprimés à travers des mouvements, des échanges, des contradictions, des pulsions. La trame sonore, cruelle et poignante, accompagne la quasi-totalité de l’aventure de Juliette et Roméo, elle propose souvent un vif contraste avec le jeu authentique et pas du tout pompeux. Le décor est utilisé de façon très précise, car chaque zone symbolise un lieu : le lit, c’est la crypte; le placard, le lieu des adieux. Catherine Gaudet réussit encore une fois à créer des images encore jamais vues, à amener un nouvel angle.

 

« Tu viens du Conservatoire? Non, de Sainte-Thérèse. »

Pourquoi y aller?

  • Pour voir Roméo faire un appel à Info-Santé sur le bras de sa douce
  • Pour voir un baiser langoureux qui se transforme en de tragiques cris étouffés
  • Pour voir des costumes d’époque servir des bulles modernes et éclatées
  • Pour voir des danses-batailles-amour puissantes, déchirantes, émouvantes
  • Pour vibrer au même rythme que l’histoire et avoir envie de crier

 

« Je pars avec une partie de toi que je porterai fièrement. »

 

Jani et Odile xoxo

Se mettre à nu

3 Déc

« Qui veut avoir l’air ridicule dans vie? »

Exister dans les yeux des autres, mettre en scène une vie qui ne nous appartient pas: on suffoque, on étouffe. C’est toi contre toi et tes mille carapaces ont fini par durcir avec le temps. Force est d’admettre qu’il est plutôt gênant de se dévoiler. Pour de vrai, là.

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(crédit photo: Charles F. Marquis)

 

Ma tête est une ruche

Patrick R. Lacharité + Sébastien Tessier

Pièce présentée au Théâtre LaChapelle jusqu’au 5 décembre 2015

Durée : 1h45

 

« Je suis une autruche. »

Un gars timide met en scène devant nous ce que son psychologue lui a suggéré de faire: se mettre à nu et ne rien garder à l’intérieur, s’exprimer. Ma tête est une ruche est un bourdonnement de sketchs qui s’amusent à exposer des comportements contemporains, en maniant habilement la fine ligne entre le risible et le terriblement touchant.

 

« Ce qui est bien, c’est d’être bien. »

On rit. On est touchées. On se reconnaît. Les gens qui s’écoutent parler, le contraste entre notre discours et ce que l’on ressent, la quête insatiable du bonheur, la peur du lendemain, le jeu d’amour, le jeu de réciprocité, d’indépendance, de domination –  d’ailleurs, notre coup de coeur de la soirée revient sans aucun doute au combat amoureux presque dansé et sans musique de Philippe Thibault-Denis et Joannie Douville. Tendrement impulsif.

 

Pourquoi y aller ?

  • pour boire du jus d’émotions brutes et poignantes, pour le dévouement et le dynamisme des comédiennes et des comédiens;
  • pour te faire expliquer une peinture, mais une peinture vraiiiiiiment artisssstique;
  • pour voir une orgie de solitude;
  • pour te faire réciter un poème lyrico-explicite, un vrai de vrai poème d’artissss
  • pour expérimenter la confrontation entre le drôle et le tragique (ça laisse très perplexe, une belle perplexité).

Mais attendez-vous à :

  • certains sujets et approches quelque peu usés;
  • une structure légèrement décousue par moments.

 

Un portrait ludique mais aussi très poétique, très lucide de toi. De moi. De nous. De nous ici et maintenant. De nos démons intérieurs qui sont parfois ridicules mais aussi tellement souffrants. « Des fois je m’écoute parler, pis je trouve ça beau. »

 

XOXO
Vos louves théâtrales, Jani et Odile

Le temps brûle sans faire de cendres

6 Nov

Pour célébrer en grand notre nouveau statut de Rockalouves, nous avons assisté ensemble à la première de la pièce Everybody Knows This is Nowhere, aux Écuries. Nous en sommes ressorties avec des idées et des conversations bouillonnantes, ainsi que des questionnements assez existentiels.

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Crédit : Théâtre Junction

Bon… vous brûlez d’impatience, c’est ça? Mais câline de bine, c’est qui nous?? Jani et Odile, vos nouvelles chroniqueuses théâtre, pour vous servir. Les Rockalouves vous parlaient il n’y a pas si longtemps de leurs petites joies d’automne, eh bien nous c’est le théâaaaaaatre qui nous apaisent. Nous sommes honorées et très enthousiastes de joindre l’effervescence de la meute.

Titre : Everybody Knows This is Nowhere

Par qui : Une production de Theatre Junction

Où/Quand : Pièce présentée au Théâtre Aux Écuries du 3 au 7 novembre 2015

Durée : 1h30

Le rideau se lève. Oh. Non. Pas de rideau. Dès qu’on prend siège, le « nowhere » du titre résonne. Difficile de bien saisir le décor. À la fois vide et rempli. Moderne et vieillot. Et durant la prochaine heure et demie, « everybody» pourra se réconforter ensemble, dans sa solitude. Une fois assis, tu commences à saisir que pas grand-chose ne sera laissé entre les mains du conventionnel. D’ailleurs, le spectacle commence et les lumières chez le public restent là, indiscrètes. Elles s’éteignent, mais plus tard, une fois que tu les avais oubliées. Tu constates aussi que les artistes ont choisi de dire au revoir au quatrième mur.

« Nous avons inventé le bonheur »

Everybody Knows This Is Nowhere sillonne les frontières du théâtre, de la danse, de la musique, de l’art vidéo et des nouvelles technologies. Une véritable explosion de tableaux et d’émotions, tous réunis sous le grand thème des vacillements de notre époque. Les artistes de la compagnie Theatre Junction font coexister le français et l’anglais à travers une panoplie de petites histoires.

On se sert beaucoup et souvent des voix off pour faire résonner les frissons dans notre échine et aussi pour mettre les mots de l’avant, mais on nous montre peut-être trop d’images à la fois. Un musicien live, de la danse contemporaine et des tournures de phrases pas toujours évidentes en plus des images projetées qui ne nous aident pas forcément à mieux saisir le propos, c’est dense pour un cerveau en pleine ébullition. Chose certaine le metteur en scène Mark Lawes a quelque chose à nous dire.

 « I’m fucking crazy but I’m free »

À certains moments de la représentation, on croirait presque assister à un exercice de style, assez réussi d’ailleurs. La répétition à l’infini d’un mouvement et l’effet boule de neige que peut créer la répétition d’une réplique pour finalement mener à la démence du personnage – si personnage il y a… -, la danse presque formaliste, la saturation technologique, l’association d’images insensées ou ridicules qui parviennent à parler un autre langage que celui des conventions, le nombre excessif de changements de costumes, les ruptures se succédant comme s’il fallait rattraper le temps … autant d’exemples qui nous amènent à voir le spectacle auquel on assiste comme le cheminement d’une réflexion plutôt qu’un message clair et arrêté.

On met en doute ce qu’on voit; on se fait balancer d’une illusion à une autre, d’une opinion à son opposé. Et, à un certain point de la soirée, on baisse les armes, on accepte les contradictions qu’on nous présente et on se laisse porter par ce flot de tableaux dont le lien fait parfois défaut.

Pourquoi y aller ?

  • pour voir un ourson chanter du karaoké;
  • pour chanter, toi aussi, du karaoké, si tu veux;
  • pour assister à une alliance forte entre danse, théâtre, images vidéo, chant et musique;
  • pour cultiver son regard critique face au capitalisme;
  • pour reconnaître quelques traces des influences de Pina Bausch sur la danse-théâtre;
  • pour assister à un coaching de vie sur la tristesse;
  • pour laisser résonner en soi des textes riches;
  • pour sonder de façon ludique son ego.

Mais attendez-vous à :

  • un rythme effréné de sketchs qui se succèdent;
  • un trop-plein d’effets simultanés sur scène et sur écran: danse, chant, musique, mots projetés se chevauchent (ouf, c’est dur de garder le fil);
  • de la nudité;
  • une structure qui manque de solidité;
  • un effacement de la composition des personnages et des dialogues au profit d’un style expérimental.

Pour vous donner l’eau à la bouche et la poésie dans le ventre:

« Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute expérience. »

« Il faut beaucoup de poison pour mourir agréablement. »

« C’est l’histoire de dormeurs qui rêvent à des dormeurs rêvant les rêves rêvés des autres. […] Ils en eurent marre de rêver les rêves des autres, ils voulaient rêver leurs rêves, alors réveille-toi, réveille-toi, RÉVEILLE-TOI! »

« They welcome their sadness and they make it their lifestyle. »

« L’amour, c’est d’accepter le chaos. »

« Quel est l’état des connexions neurologiques entre mon coeur et mon cerveau? »

Et nous, on vous demande: is nowhere now here? / est-ce que nulle part est ici?

Jani et Odile 

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