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Ode aux amitiés féminines

28 Mar

Il y a quelques années, Marie-Chantal Toupin chantait sa virée en ville avec ses chums de filles. On a beau reprocher plusieurs choses à la rockeuse (dont l’abus de majuscules), il reste que le thème de sa célèbre soirée de filles mérite d’être souligné.

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« C’est pas vrai que »

14 Jan

Cinq femmes — celle qui encaisse, celle qui agresse, celle qui intègre, celle qui adule et celle qui aime — prennent la parole, guidées par leur instinct de survie et accusent l’inadéquation et le drame perpétuel de leur existence dans une classe moyenne en péril.

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Léane Labrèche-Dor dans le rôle de La fille qui aime. (photo: Ulysse del Drago)

Un grand mur recouvert de trous qu’on a bouchés maladroitement avec du plâtre. Un mur pas fini. Des équipements d’éclairage et de son dispersés à gauche et à droite. Un néon. Tel est le décor dans lequel évolueront cinq femmes qui n’en peuvent plus de se taire. Pleines de ce vide propre au siècle d’isolement qu’est celui que nous vivons, et à la fois avides d’amour et de vérité ; elles oscillent entre une ironie, dont le degré est si élevé qu’il en est presque inatteignable, et une sincérité qui laisse complètement pantois.

« Des pâtes sauce néant »

La femme qui vend des bas de nylon dans une boutique souterraine, celle qui ne voit jamais la lumière du jour, disserte longuement sur ses bourgeoises de clientes et se convainc de son importance dans sa société, pour finalement en venir à se rappeler la poète Huguette Gaulin qui s’est immolée en juin 1972 à Montréal. C’était donc là qu’on voulait en venir ; les déblatérations sur les bas de nylon aboutissent finalement sur les dernières paroles de la jeune poétesse :  « Vous avez détruit la beauté du monde ».

« La barrière du scepticisme à laquelle je me heurte »

Une femme ayant immigré au Québec parle de son envie brûlante de s’intégrer à un peuple qu’elle souhaite faire sien. Une femme qui en sait beaucoup plus sur la culture québécoise qu’un Québécois moyen. Une femme qui fantasme à l’idée d’être une vraie Québécoise, de pouvoir célébrer la culture de cette nation qu’elle adore, qui fantasme à l’idée qu’un vrai Québécois s’intéresse enfin à elle, mais qui doit constamment se défendre des infinis préjugés dont sont victimes les nouveaux arrivants. Une femme qui raconte la transformation de son ouverture et de sa fierté en un isolement silencieux.

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À travers chaque prise de parole, on sent cette envie de s’évader d’une réalité de plus en plus décevante et désarticulée.
La forme monologuée du texte fait voir la profonde solitude de ces femmes, qui ont pourtant bien envie d’aller vers l’autre.

Personnages emprisonnés dans une fiction, les cinq femmes appellent à l’aide et interpellent, plus ou moins directement, le public, mais aussi l’auteure: elles objectent et expriment leur désaccord quant au carcan dans lequel on les a enfermées.
« Annick Lefebvre, c’est pas vrai que je suis plus pathétique que les chansons que j’écoute. »
On joue ici sur une envie qu’ont sûrement beaucoup de personnages de théâtre d’en dire bien plus que ce que leur auteur ne leur fait dire. Ou de dire autrement. Méthode de distanciation qui nous rappelle que le théâtre, c’est du faux. Qu’il y a toujours quelqu’un qui tire des ficelles quelque part…

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Si le propos est parfois difficile à cerner, je lève mon chapeau à ces excellentes performances d’actrices. En effet, tour à tour, Catherine Paquin-Béchard, Catherine Trudeau, Alice Pascual, Debbie Lynch-White et Léane Labrèche-Dor peignent des portraits de femmes complexes, qui sont bien loin des personnages schématiques et réducteurs de la femme simple et belle, gentille et douce, délicate et discrète, polie et serviable. Des femmes qui s’indignent. Des femmes qui se lèvent tous les matins et qui gagnent leur vie, seules.  Des « militantes du quotidien ».

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J’ACCUSE
Production du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, présentée en codiffusion avec La Bordée

TEXTE: Annick Lefebvre
MISE EN SCÈNE: Sylvain Bélanger
INTERPRÉTATION: Léane Labrèche-Dor, Debbie Lynch-White, Catherine Paquin-Béchard, Alice Pascual, Catherine Trudeau
CONCEPTEURS: Erwann Bernard, Ulysse Del Drago, Pierre-Étienne Locas, Larsen Lupin, Sylvie Rolland-Provost, Marc Senécal

Pièce présentée à La Bordée du 10 janvier au 4 février 2017

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Bon théâtre,
Odile

 

La mère, la putain et la Vierge 

5 Oct

Les fées ont soif de Denis Boucher à La Bordée

« Chu tannée des filles qui disent qu’elles n’ont plus besoin du féminisme! » sont les mots d’une spectatrice, invitée à s’exprimer par les comédiennes elles-mêmes vers la fin de la pièce, ont de quoi donner le ton. Les Fées ont soif de Denise Boucher, mise en scène par Alexandre Fecteau, est rejouée pour la première fois depuis 1978, année à laquelle celle-ci avait créé une vive polémique. Les fées ont-elles toujours aussi soif, près de 40 ans plus tard?

Bien que je connaissais la pièce, par mes études au Cégep en arts et lettres (yay), je ne connaissais pas tout le bruit qu’elle avait pu faire à l’époque. J’étais donc totalement inconnue au contexte, et c’était encore mieux ainsi. Traitant de féminisme et des rôles sociaux qu’ont eu les femmes au cours des époques, Les fées ont soif est une œuvre unique qui, je dois l’admettre, aurait clairement pu être écrite en 2014.

L’histoire

Présentée à la fin des années 70 au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), on doit replacer l’œuvre de Denise Boucher dans le contexte de l’époque, des années post Révolution tranquille qui amènent leurs lots de revendications, preuve de l’épanouissement de la société québécoise. La religion, les mœurs, les femmes, des changements qui s’opposent au conservatisme habituel. La pièce donc, par ses prises de parole féministe qui dénoncent l’oppression d’une société patriarcale, est vue par certains acteurs, tel que le Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal et les groupes conservateurs religieux, comme vulgaire et démoralisatrice.

Malgré une opposition importante par ceux-ci à la diffusion et au financement de l’œuvre théâtrale, Les Fées ont soif remporte un vif succès auprès du public et des critiques de l’époque. Traitant ouvertement de sexualité par des femmes dans un langage des plus populaires, il n’y a pas à dire, la pièce a de quoi choquer lorsqu’on la replace dans son contexte.

Crédit : Théâtre La Bordée

Aujourd’hui

Lise Castonguay, Lorraine Côté et Marie-Ginette Guay, incarnent respectivement Marie, Madeleine et La Statue d’une grandiose façon. Incroyablement poignante dans la définition de leurs conditions de femmes et fortes dans leur quête d’émancipation, c’est un jeu sans faute pour les trois comédiennes d’expérience. Il y a longtemps que je n’avais pas pleuré, ri et eu envie de crier ainsi au théâtre, et j’ai adoré cela. Avec une scénographie simple et efficace, le spectateur ressent davantage le carcan imposé à ces trois figures de femmes.

Quelques témoignages, décrochages, des lectures des textes du blogueur Rabii Rammal, des participations du public, tous des ajouts qui en font une pièce d’une grande beauté et richesse pour notre culture et nos valeurs québécoises. Trois personnages, trois facettes de la femme moderne qui commencent en étant tellement différents, mais tout aussi engloutis dans le rôle social qui leur a été imposé, et qui terminent en unissant leurs voix pour crier la liberté.

Louisette Dussault, Michèle Magny et Sophie Clément, les trois comédiennes de la distribution originale, ainsi que Denise Boucher, l’auteure, ont de quoi être fières, mais inquiètes aussi, de la pérennité de leurs propos.

Le féminisme n’est pas mort, vive le féminisme. En salle jusqu’au 11 octobre, hommes et femmes, courez!!!

Bon théâtre,

Laurie

Référence : Notes bibliographiques de la pièce, dossier de presse, Théâtre de la Bordée
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