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Trainspotting

10 Nov

Avant d’aller voir cette pièce, je l’avoue, je ne m’étais pas beaucoup renseignée. Je savais que ça parlait de drogue et que ce serait probablement trash. N’ayant jamais lu le livre ou vu le film, il était donc difficile pour moi de me faire une idée de ce qui allait m’être présentée le mercredi 27 octobre à La Bordée.

Le petit signe 16 ans et plus sur mon programme faisait pourtant office de signaux de fumée dont le but était de me révéler l’étendue de ce que j’allais voir pendant la prochaine heure et demi.

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Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Trainspotting, c’est l’histoire d’une bande de jeunes dans l’Écosse très pauvre du milieu des années 1990 qui ont décidé de se réfugier dans la drogue pour trouver un sens à leur vie (ou anesthésier leur perspective face à la vie, ça dépend comment tu prends le problème). L’histoire nous est racontée par Mark. Celui-ci décrit et commente différents épisodes de sa vie qui s’enchaînent pour finalement devenir une histoire. Il est accompagné par ses amis Tommy, Sick Boy, Begbie et Allison. Certains tombent peu à peu dans l’enfer de la drogue (ou un quelconque substitut comme l’alcool ou la violence) et d’autres finissent par s’en sortir. Ils ont tous un point un commun cependant: ils cherchent tellement à échapper à la réalité que même quand celle-ci les frappe en plein visage, ils n’arrivent pas à l’accepter et préfèrent détourner le regard.

La première image qui m’est venue en tête après avoir vu la pièce, pour résumer mon sentiment sur l’histoire, est que les films Requiem for a dream et The full Monty avaient eu un bébé: pauvreté, crise économique, génération bafouée, déchéance et drogue sur fond de crise identitaire.

CRÉDITS PHOTOS : Pierre-Marc Laliberté

Crédit photo : Pierre-Marc Laliberté

Le texte est tranchant. Les histoires choquantes voire écœurantes sont entremêlées de moments touchants et vrais, de discours qui font mal et de séquences hilarantes. Entre le langage ordurier des personnages et les scènes qui donnent la nausée on finit toutefois par se demander ce qui déferle le plus: les sacres ou les déjections.

Cependant, ce qui marque le plus l’esprit dans cette pièce, malgré les milles et une péripéties dont le spectateur est témoin, est la vérité et l’innocence qui émane de la trame de fond. Comme l’a si bien résumé la metteure en scène, Marie-Hélène Gendreau: « La pièce jette intelligemment un blâme sur tous les « abandonneurs » d’enfants. J’entends par là, une société qui n’aime pas suffisamment ses enfants, qui ne leur fait pas assez de place, qui n’est pas tolérante envers leur agitation. »

Les acteurs sont tous excellents, avec à leur tête Lucien Ratio dans le rôle de Mark. On retiendra surtout de son interprétation cette capacité à rendre presque agréable des situations qui, à la base, ne le sont pas du tout. Son personnage de junkie en est un attachant voire touchant dans sa manière de narrer les événements les plus tragiques de sa vie. Il faut noter l’intensité dramatique des comédiens Jean-Pierre Cloutier (Tommy) et Claude Breton Potvin (Allison) ainsi, que l’interprétation du personnage de Begbie, un ivrogne aux sérieux problèmes de gestion de la colère, par Charles-Étienne Beauline. C’est Marco Poulin qui fait tous les autres rôles secondaires (employeur, la mère supérieure et l’ivrogne) et il faut mentionner qu’il était incroyable dans la scène de l’entrevue!

CRÉDITS PHOTOS : Pierre-Marc Laliberté

Crédit photo : Pierre-Marc Laliberté

Je suis sortie du théâtre dans un état de transe semi-nauséeux. Ne sachant que trop quoi penser de cette pièce. Certes, j’avais beaucoup aimé et la mise en scène comme les acteurs étaient excellents. Mais une grande partie de moi continuait d’être profondément mal à l’aise. Maintenant, avec le recul, je suis vraiment contente de l’avoir vu. Parfois faut que ça fasse un peu mal pour qu’on arrive à voir plus grand et entamer une réflexion sur de tels sujets.

Trainspotting, de Irvine Welsh, a été adapté pour le théâtre par Harry Gibson seulement huit mois après la parution du livre. Elle a ensuite été traduite en français par Wajdi Mouawad et présentée pour la première fois à Québec à Premier Acte en 2013. La pièce est présentée à La Bordée du 27 octobre au 21 novembre 2015.

Camille xxx

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