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Entre humour et désespoir : critique de la pièce Lucky Lady de Jean-Marc Dalpé

18 Avr

La semaine dernière, je suis allée au théâtre avec une amie. Cela faisait longtemps que nous n’étions pas allées au théâtre et pourtant, c’est un art que nous apprécions particulièrement toutes les deux. Nous sommes allées voir la pièce Lucky Lady de Jean-Marc Dalpé lors de sa première médiatique.

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crédit photo: Nicolas-Frank Vachon source: La Bordée

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5 activités pour célébrer le printemps!

22 Mar

C’est moi ,ou le printemps ça donne envie de bouger, de sortir de la maison, de respirer du nouvel air, d’expérimenter, de découvrir…? En attendant que la neige fonde, profitez-en pour visiter et sortir en famille ou entre amis! Ça vous fera patienter jusqu’à l’été et dans le temps de le dire, le beau temps, les gougounes, les festivals et les terrasses prendront leur place! Voici cinq idées de sorties pour tous les goûts et de tous les prix!

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Utopie(s) | Expérience unique

8 Mar

C’est à l’Arsenal Art Contemporain Montréal, un ancien chantier naval de plus de 80 000 pieds carrés érigé en 1953, qu’Hanna Abd El Nour, directeur artistique, dramaturge et metteur en scène, a choisi de présenter cet ambitieux projet artistique qu’est Utopie(s).

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Photographe : ©Luma R. Brieuc


Œuvre d’envergure, Utopie(s) mise avant tout sur l’expérience.

Dans un vaste décor, des centaines de statuettes blanches accueillent le public. Intrigantes et sublimes, elles ornent le plancher, dispersées avec le plus grand soin. Treize femmes issues de culture différente traversent l’espace dans une lenteur soutenue et réfléchie. Suscitant parfois des questionnements, elles soulèveront, à travers leur imaginaire collectif, une confrontation d’opinions et de réalités sociales.

Invitant même à l’occasion l’auditoire à participer, jonglant avec les langues, le chant, la danse et divers instruments musicaux, il va sans dire que ce collectif offre une expérience complète et variée nous amenant bien au-delà des sentiers battus.

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Photographe : ©Luma R. Brieuc

Reflétant parfaitement l’idéologie de l’art contemporain, Utopie(s) se vit, bien plus que se décrit, offrant ainsi à son auditoire étonnements et réflexions.

Évènement multidisciplinaire proposé en version intégrale d’une durée de 12 heures, il est aussi présenté en version « raccourcie », avec une segmentation de ces tableaux sous quatre thématiques : Solitude(s), Amour(s), Colère(s) et Résistance(s).

 

Photographe : ©Luma R. Brieuc

Faites vite, vous avez jusqu’au 10 mars pour y assister!

Utopie(s)

Direction artistique, dramaturgie et mise en scène : Hanna Abd El Nour
Interprètes : Lousnak Abdalian, Claudia Bernal, Sarah Chouinard-Poirier, Sarah Elola, Maritza Grégoire, Myriam-Sophie Deslauriers, Raïa Haidar, Veronica Melis, Kristin Molnar, Lara Oundjian, Jeimy Oviedo, Catalina Pop, Marina Sousa
Direction musicale, composition et oeuvre musicale : Katia Makdissi-Warren
Musique, concepteur sonore et dispositif : Thomas Sinou
Sculptures : Gillian Nasser
Équipe scénographie : Machine Design
Costumes : Valérie Gagnon Hamel
Lumière : Martin Sirois
Assistantes à la création et régies : Stéphany Bélliveau, Sarah Merrette-Fournier, Marilie Beauchamp
Direction technique : Benoît Fisch
Visuel : Sophie Jodoin
Graphisme et Web : Hugo Nadeau
Direction de production : Pierre-Yves Serinet
Une production de Volte 21. À l’Arsenal jusqu’au 10 mars 2018.

 

Billet commun: Coup de coeur artistique

6 Mar

Impossible d’être totalement insensible à l’art. Que ce soit le cinéma, la littérature, la musique, la peinture ou l’humour, on est toutes et tous touché-es d’une façon ou d’une autre par ces formes d’expression. Ce mois-ci, la meute vous propose ses coups de coeur. En espérant vous faire découvrir de nouveaux artistes!

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CHSLD : vaut mieux en rire

7 Nov

J’ai récemment assisté à la nouvelle production du Théâtre La Bordée, CHSLD. CHSLD comme dans centre de soins longue durée, mais aussi comme dans Centre d’Humbles Survivants Légèrement Détraqués. Eh oui, c’est aussi clown que son nom l’indique. Mais plus bouleversant de réalité, aussi.

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Louis Riel, le porteur d’hommes

31 Juil

La production principale du Festival de l’Opéra de Québec qui a lieu du 24 juillet au 5 août est l’Opéra Louis Riel, une occasion rare d’assister à un opéra canadien. Composé en 1967 par Harry Somers pour le centenaire de la Confédération, le voilà repris aujourd’hui  pour le 150e. Sur la scène du Grand Théâtre de Québec, on retrouve plus d’une centaine d’artistes mettant tout en oeuvre pour dresser une fresque historique canadienne unique!

 

Un peu d’histoire

Loin d’être à l’eau de rose, l’Opéra Louis Riel révèle une partie de l’histoire du controversé leader métis et l’épopée de la conquête de l’Ouest canadien. Avant de vous asseoir confortablement dans l’un des sièges de la Salle Louis-Fréchette et de vous laisser conquérir pendant 2h30, je vous conseille fortement de vous informer un peu sur ce personnage moustachu. Question de savoir à qui vous aurez affaire! Justement voici quelques faits, qui seront d’ailleurs surement relatés par l’anthropologue Serge Bouchard avant les représentations:

  • Louis «David» Riel est né en 1844 et décédé en 1885 pendu pour trahison;
  • Il est le chef du peuple métis dans les Prairies canadiennes et le fondateur de la province du Manitoba;
  • Il dirigea une première révolte, celle de la rébellion de la Rivière Rouge en 1869 et 1870, à la suite de laquelle il réussit à négocier l’entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne;
  • Exilé aux États-Unis à la suite de ce premier mouvement, c’est là qu’il commence à souffrir de troubles mentaux le menant à se convaincre qu’il est prophète du peuple métis et fondateur d’une nouvelle chrétienté. Après une violente crise, il est amené à Montréal chez un oncle qui prendra soin de lui, mais qui finira par le faire interner. Louis Riel fera un séjour à l’hôpital psychiatrique de Beauport à Québec sous le nom de Louis Larochelle.
  • La deuxième résistance, connue sous le nom de rébellion du Nord-Ouest, à laquelle prend part notre protagoniste, a lieu en 1884 sur le territoire de l’actuelle Saskatchewan et se conclut tristement par l’arrestation, le procès et enfin la pendaison de Riel.
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Crédit photo: Lise Breton


L’Opéra Louis Riel a beau avoir été créé il y a cinquante ans, il est toujours actuel. Sans aucun doute perçu d’abord comme une illustration (de plus) sur le conflit anglo-franco, il est, 50 ans plus tard, porteur d’une réflexion beaucoup plus profonde: Chercher, forger et assumer son identité dans un contexte de société en révolution constante.

Chercher

Riel cherchait à comprendre les raisons du conflit pour lequel il se dévoua. Il était à l’écoute et au service de ceux qu’il défendait tout en continuant de questionner la cause. Puis Riel se cherchait. Il a dû s’exiler pour se trouver. Et il s’est perdu.

Forger

D’un bout à l’autre du pays, Riel a fait résonner sa voix et celle du peuple métis. Il n’a pas seulement été la voix, il a été la tête, les bras, les mains empreintes de sang. Il a été au devant pour faire entendre raison à ceux qui gagnaient le plus de voix. Il s’est battu contre les hommes à cravate, contre les hommes en robe, contre les hommes, contre les démons, contre lui-même. Et il a perdu.

Assumer

Riel s’est donné tout entier à sa mission. Il avait une foi inébranlable, c’est ce qui lui a donné la force de croire en son rôle de sauveur et de porter une nation tout entière sur ses épaules. Il a assumé son devoir, il en a fait sa prophétie, et ce, jusqu’à la fin de sa vie. Et il l’a perdue.

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Crédit photo: Lise Breton

Se perdre quand tout semble clair. Quand ta destinée est dessinée. Dans sa grande force humanitaire, c’est l’homme qui s’est égaré. Égaré dans plus grand que lui, plus haut et plus fort. Même si l’homme s’est perdu, le nom est resté. Notre peuple a besoin de grands noms, de grands hommes comme Louis Riel, car des fois, ce peuple a besoin d’être porté pour trouver son identité.

Voyez l’Opéra Louis Riel les 1er et 3 août pendant le Festival d’Opéra de Québec à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec.

Laura

La fureur d’une femme

9 Juin

«Le temps de la représentation, un sens est donné à ma vie. Et quand c’est le théâtre qui s’en va, la solitude où je suis de tous oubliée reprend ses droits.» – Nelly Arcan

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Crédit photo: Radio-Canada

J’ai assisté mardi dernier à la pièce de théâtre La Fureur de ce que je pense présentée à l’Usine C dans le cadre du Festival TransAmériques (FTA) à Montréal. Jouée au Théâtre Espace GO en 2013, c’est la deuxième fois que cette création est offerte au public.

Les mots de Nelly Arcan prennent vie dans la bouche de six actrices chevronnées, dont Christine Beaulieu, Sophie Cadieux, Évelyne de la Chenelière et Julie Le Breton, dans une mise en scène absolument magnifique de Marie Brassard.

Chacune des Nelly est isolée dans une petite pièce en forme de cube, me faisant penser à des poupées Barbie dans leurs boîtes d’emballage ou encore aux prostituées du Red Light d’Amsterdam derrière leurs vitrines. Une représentation de la solitude assez parlante.

Les mots violents de l’écrivaine sont envoûtants et presque doux lorsque prononcés ou chantés par toutes les comédiennes en même temps. Et ce septième personnage, ne disant pas un mot et se mouvant autour des actrices telle une ombre, illustre bien pour moi le ou les démons qui habitaient l’auteure, le nuage noir qui planait constamment au dessus de sa tête.

Je me suis sentie comme à chacune de mes rencontres avec Nelly via ses écrits ou le film d’Anne Émond, troublée de son mal de vivre, de son obsession pour l’image de la femme et de la mort.

Elle restera à jamais le mystère Nelly, d’autant plus qu’à la lumière de sa mort prématurée, on se rend encore plus compte à quel point celle-ci était omniprésente dans son œuvre.

«Je ferai de ma mort une affiche qui se multiplie sur les murs, je mourrai comme on meurt au théâtre, dans le fracas des tollés.» – Nelly Arcan

Michèle

Petit lexique pour maîtriser l’art de l’Avare

25 Avr

Il y a ceux qui feraient tout par amour. Ceux pour qui l’amour rend aveugle. Et il y a celui pour qui l’argent rend aveugle. Dans L’Avare de Molière présenté au Théâtre La Bordée jusqu’au 6 mai prochain, Harpagon interprété brillamment par Jacques Leblanc est tout simplement rebutant.

Le pingre déshériterait sans regret ses propres enfants pour amener avec lui son butin dans sa tombe. Parlons-en de ces enfants! Tous deux amoureux, ambitieux et un brin malicieux. Elise n’a d’yeux que pour Valère, l’intendant d’Harpagon. Déterminée à vivre son amour au grand jour, mais prise dans cette époque où la permission du paternel est essentielle et où la dote a la cote, elle patiente languissante que son Valère convainque son père. Mademoiselle Picknell toute en pastel est de toute beauté et dégage une effervescence qui émane dans toute la salle. Cléante quant à lui fastueux amoureux de la belle Mariane danse entre l’extravagance et la résistance pour faire chanter son père dont il est tout le contraire, charismatique et sybarite :

« Je voudrais bien savoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubans dont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu’à la tête (…) »

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Crédit: Nicola-Frank Vachon

 

Celle qui nous enjôle, nous ensorcelle c’est sans aucun doute la plantureuse Fronsine. Voluptueuse entremetteuse, elle allume les coeurs de ceux qui sont sur son chemin et titille les corps les plus éteints. La grande Frédérique Bradet, je l’admets, nous en met plein la vue à chaque présence sur scène. Convaincante, surprenante, provocante, on ne peut qu’avoir hâte à sa prochaine apparition.

Bien que la prose puisse parfois nous rendre les choses plus compliquées qu’elles ne le sont en réalité, nous étourdir, nous perdre, la mise en scène de Bertrand Alain permet de démystifier la plume de Molière, la rendre efficace, nous amener droit au but. Les mots virevoltent si naturellement qu’on en oublie les rimes et les tirades pour laisser place à un théâtre presque contemporain. L’amalgame de musique, de chorégraphie et de costume font de ce folklore classique français un récit intemporel. L’action prend place dans la cour intérieure défraîchie de la demeure d’Harpagon. Lieu de confidence aux mille secrets où les quiproquos s’enchaînent, la cour est à l’image de son propriétaire, déchue et austère. Mais l’on vient lui redonner sa couleur et sa fraîcheur en se servant de ses niveaux comme d’un podium où les personnages défilent sur une musique électro-pop avec quelques mouvements savamment chorégraphiés. Et hop! on se retrouve dans une parade de notre siècle passé à surconsommer.

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Crédit: Nicola-Frank Vachon

Merci à La Bordée de mettre de l’avant le talent indéniable de la relève théâtrale à Québec, je pense entre autres à Paul Fruteau De Laclos qui interprète Valère. C’est d’ailleurs un des objectifs principaux du nouveau directeur artistique, Michel Nadeau. Pour la 41e saison du théâtre, il tient aussi à encourager davantage la création, se donne un devoir de médiation culturelle et souhaite exploiter encore plus le répertoire contemporain québécois. La saison 2017-2018 du Théâtre La Bordée est empreinte d’humanité et de bienveillance et célèbre l’humain dans ses parts d’ombre et de lumière. Pour connaître la programmation complète : http://bordee.qc.ca

Courez voir L’Avare, car il ne reste qu’une semaine et les billets s’envolent. Je vous promets un moment de pur plaisir! Pour vous procurer des billets, c’est ici! 

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Crédit: Théâtre La Bordée

Pingre: D’une avarice sordide et mesquine.

Languissante: Qui est dans un état d’affaiblissement physique, qui dépérit.

Fastueux: Qui témoigne d’un grand luxe, somptueux.

Sybarite: Qui recherche les plaisirs raffinés d’une existence passée dans le luxe.

Plantureuse: Qui est bien en chair, qui a des formes pleines, rebondies.

Voluptueuse: Qui a un penchant marqué pour les plaisirs érotiques.

Quiproquos: Méprise par laquelle une personne, une chose est prise pour une autre.

Austère: Qui est dépourvu de tout ornement, de tout agrément ; sévère.

Source : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais

 

Bon théâtre !

Laura

Pourquoi aller voir la pièce Une mort accidentelle?

11 Fév

 

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C’est l’histoire de :

Philippe Désormeaux, un jeune chanteur connu du public, qui commet un crime de manière involontaire. Après avoir faussé les pistes, il quitte les lieux et court se confier à ses parents, qui, devant cet aveu, auront une réaction pour le moins inattendue. Jeff Dubois, un enquêteur dépressif fasciné par le cirque médiatique entourant l’événement et peu pressé à élucider l’affaire, est chargé de l’investigation. Comment garder contact avec la réalité lorsqu’on est pris dans la spirale du mensonge ? 

Pssst: Il reste encore des supplémentaires les samedis 11, 18 et 25 février à 20h + dimanche 12 février à 15h au théâtre La Licorne.

La pièce en un gif:

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On va voir la pièce, parce que:

  1. Les comédiens défendent leur personnage impeccablement. Parfois, on entend «le jeu était inégal». Là, c’est le contraire. Chacun amène sa petite twist. Qui plus est, on remarque souvent leur écoute (ça c’est quand les comédiens sont pas en train de dire des lignes, mais qu’ils écoutent…). C’est petit, mais c’est précis.
  2. François Archambault réussit à trouver un bel équilibre entre l’humour, l’intrigue et l’intelligence. Parfois, on se surprend à grimacer et à grincer des dents et on éclate de rire tout de suite après. Assez pour se demander à plusieurs reprises «c’est-tu correct si je ris?» Il faut savoir bien manier sa plume pour manipuler aussi bien ses spectateurs.
  3. La mise en scène colle parfaitement à la vision de l’auteur. Les deux vivent en parfaite harmonie. On a particulièrement aimé la simili-conférence de presse où le public est littéralement devenu un public. Et aussi, voir le fameux contour tracé blanc des victimes se faire tracer devant nous.
  4. L’intégration des réseaux sociaux au sein de l’intrigue et le personnage de l’animatrice toujours sur place afin de mettre la main, en premier et en exclusivité, sur les nouvelles. Ça nous rappelle une certaine ère…
  5. Pour toutes ces raisons, une mort accidentelle n’est pas une pièce de Théâââââââââtre, mais vraiment un univers dans lequel on se fait inviter et prendre au jeu.

Mention spéciale:

Il n’y a rien de plus magnifique lors d’une pièce que les réactions spontanées des spectateurs. En fait, je dois préciser: il n’y a rien de plus magnifique que ceux qui partagent, sans se rendre compte, leur réactions spontanées.

«Ben voyons donc !»  « Elle, je l’a trust pas. »  «Qu’est-ce qu’y’a dit? »

 

Bon spectacle.

 

Jani

 

Table rase : allô l’authenticité

25 Jan

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Je le sais, les représentations (et même les supplémentaires) pour la pièce de théâtre Table rase sont terminées, mais au cas où la pièce serait à nouveau jouée sur les planches de l’Espace libre, je me dois de lui dédier quelques lignes, parce que j’ai vraiment vécu un moment vendredi dernier.

C’est rare que le texte d’une œuvre et le jeu des comédiens (comédiennes dans ce cas-ci) se colle à ce point à la réalité. Des anecdotes sexuelles aux grands questionnements sur le sens de la vie, je me suis reconnue, et même je nous ai vues, mes amies et moi, assises autour de cette table. Comme si une caméra cachée avait déjà capté ce moment, et que je nous regardais avec du recul.

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Crédit photo : Espace libre

Ces jeunes femmes, elles, incarnent parfaitement l’image que je me fais de la femme d’aujourd’hui. Libérée sexuellement, mais jamais comme peut l’être un homme. Indépendante, mais fragile à la fois. Bien dans son corps, mais encore aux prises avec des complexes.

Elles expriment aussi les réflexions de toute une génération. La remise en question d’un mode de vie, la morosité face à l’état du monde, la quête de sens à la vie, etc.

Sans tabou et assez trash par moment, j’ai ri, j’ai pleuré et je me suis dit que malgré toutes les inquiétudes et tous les doutes, c’est une chance d’avoir des amitiés aussi franches qui permettent d’être entièrement « vraie », au moins le temps de quelques soirées. 😉

Chapeau aux comédiennes et créatrices de ce spectacle (100% féminin, même à la technique) !

Michèle

« C’est pas vrai que »

14 Jan

Cinq femmes — celle qui encaisse, celle qui agresse, celle qui intègre, celle qui adule et celle qui aime — prennent la parole, guidées par leur instinct de survie et accusent l’inadéquation et le drame perpétuel de leur existence dans une classe moyenne en péril.

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Léane Labrèche-Dor dans le rôle de La fille qui aime. (photo: Ulysse del Drago)

Un grand mur recouvert de trous qu’on a bouchés maladroitement avec du plâtre. Un mur pas fini. Des équipements d’éclairage et de son dispersés à gauche et à droite. Un néon. Tel est le décor dans lequel évolueront cinq femmes qui n’en peuvent plus de se taire. Pleines de ce vide propre au siècle d’isolement qu’est celui que nous vivons, et à la fois avides d’amour et de vérité ; elles oscillent entre une ironie, dont le degré est si élevé qu’il en est presque inatteignable, et une sincérité qui laisse complètement pantois.

« Des pâtes sauce néant »

La femme qui vend des bas de nylon dans une boutique souterraine, celle qui ne voit jamais la lumière du jour, disserte longuement sur ses bourgeoises de clientes et se convainc de son importance dans sa société, pour finalement en venir à se rappeler la poète Huguette Gaulin qui s’est immolée en juin 1972 à Montréal. C’était donc là qu’on voulait en venir ; les déblatérations sur les bas de nylon aboutissent finalement sur les dernières paroles de la jeune poétesse :  « Vous avez détruit la beauté du monde ».

« La barrière du scepticisme à laquelle je me heurte »

Une femme ayant immigré au Québec parle de son envie brûlante de s’intégrer à un peuple qu’elle souhaite faire sien. Une femme qui en sait beaucoup plus sur la culture québécoise qu’un Québécois moyen. Une femme qui fantasme à l’idée d’être une vraie Québécoise, de pouvoir célébrer la culture de cette nation qu’elle adore, qui fantasme à l’idée qu’un vrai Québécois s’intéresse enfin à elle, mais qui doit constamment se défendre des infinis préjugés dont sont victimes les nouveaux arrivants. Une femme qui raconte la transformation de son ouverture et de sa fierté en un isolement silencieux.

***

À travers chaque prise de parole, on sent cette envie de s’évader d’une réalité de plus en plus décevante et désarticulée.
La forme monologuée du texte fait voir la profonde solitude de ces femmes, qui ont pourtant bien envie d’aller vers l’autre.

Personnages emprisonnés dans une fiction, les cinq femmes appellent à l’aide et interpellent, plus ou moins directement, le public, mais aussi l’auteure: elles objectent et expriment leur désaccord quant au carcan dans lequel on les a enfermées.
« Annick Lefebvre, c’est pas vrai que je suis plus pathétique que les chansons que j’écoute. »
On joue ici sur une envie qu’ont sûrement beaucoup de personnages de théâtre d’en dire bien plus que ce que leur auteur ne leur fait dire. Ou de dire autrement. Méthode de distanciation qui nous rappelle que le théâtre, c’est du faux. Qu’il y a toujours quelqu’un qui tire des ficelles quelque part…

***

Si le propos est parfois difficile à cerner, je lève mon chapeau à ces excellentes performances d’actrices. En effet, tour à tour, Catherine Paquin-Béchard, Catherine Trudeau, Alice Pascual, Debbie Lynch-White et Léane Labrèche-Dor peignent des portraits de femmes complexes, qui sont bien loin des personnages schématiques et réducteurs de la femme simple et belle, gentille et douce, délicate et discrète, polie et serviable. Des femmes qui s’indignent. Des femmes qui se lèvent tous les matins et qui gagnent leur vie, seules.  Des « militantes du quotidien ».

***

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J’ACCUSE
Production du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, présentée en codiffusion avec La Bordée

TEXTE: Annick Lefebvre
MISE EN SCÈNE: Sylvain Bélanger
INTERPRÉTATION: Léane Labrèche-Dor, Debbie Lynch-White, Catherine Paquin-Béchard, Alice Pascual, Catherine Trudeau
CONCEPTEURS: Erwann Bernard, Ulysse Del Drago, Pierre-Étienne Locas, Larsen Lupin, Sylvie Rolland-Provost, Marc Senécal

Pièce présentée à La Bordée du 10 janvier au 4 février 2017

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Bon théâtre,
Odile

 

La violence, c’est comme le sucre

13 Déc

«J’comprends pas Donald Trump.»
«J’comprends pas mon voisin.»
«J’comprends pas les radios-poubelles de Québec.»
«J’comprends pas pourquoi les gens vont dans des cliniques in vitro, alors qu’ils pourraient adopter.»
«J’comprends pas les filles!»

[…]

«La violence, c’est comme le sucre : t’as beau faire attention à ce que tu manges, il y en a partout.»

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Conception graphique: Marilou Bois

ENTRE AUTRES
Création des finissants du Conservatoire d’art dramatique de Québec

MISE EN SCÈNE : Alexandre Fecteau
INTERPRÉTATION : Laura Amar, Marianne Bluteau, Étienne D’Anjou, Rosalie Daoust, Felix Delage-Laurin, Alex Desmarais, Blanche Gionet-Lavigne, Leïla Donabelle Kaze, Vincent Legault, Vincent Massé-Gagné
CONCEPTEURS : Marilou Bois, Michel Bertrand, Camille Langlois, Marianne Lebel, Jessica Minello

Du 11 au 17 décembre 2016 à 19 h 30 au Théâtre du Conservatoire (13, rue Saint-Stanislas)
— RELÂCHE le 13 décembre —

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Tellement de choses qui semblent hors de notre portée. Tellement d’avis, tellement de visions qui nous semblent parfois opposés au principe même de la logique à un point tel qu’une rencontre nous paraît impossible. Tant de gens convaincus par des idées que l’on voudrait qualifier de choquantes. Et si on allait à la rencontre de ces gens? Et si on se permettait de remettre en question nos propres convictions?  C’est le défi que se sont lancé les finissants du Conservatoire d’art dramatique de Québec, aidés du metteur en scène Alexandre Fecteau, pour la création de leur spectacle, Entre Autres.

Ces rencontres — parfois dérangeantes, souvent déstabilisantes — servent de matière première aux onze créateurs. C’est à partir d’elles qu’ils donnent vie à un théâtre documentaire qui présente non seulement des opinions divergentes, mais qui raconte aussi leur propre cheminement, leurs doutes, leurs frustrations éprouvés au cours de leurs recherches.

***

À travers ces deux heures et quelques minutes, pendant lesquelles le temps semble s’être arrêté, on marche à travers le brouillard du doute et de la remise en question avec ces acteurs-créateurs qui n’aspirent qu’à l’ouverture, mais qui sont confrontés, malgré eux, à la crainte de se faire convaincre, à la crainte de changer drastiquement d’avis. Et c’est ce qui est vraiment beau : cette ouverture qui se crée en nous, et qui laisse place à une grande vulnérabilité face à l’Autre. Les comédiens n’hésitent pas à parler d’eux, de leurs vérités qu’ils sentent ébranlées; en aucun moment ne cachent-ils leur vulnérabilité.

« Tu ne peux pas être un bon scientifique si tu n’es pas sceptique. »

Au fil du spectacle, on se rend compte que tout le monde voudrait convaincre, et que tout le monde voudrait être solidement convaincu. Mais soyons bien avertis : nos convictions ne sont pas si fortes que ce que l’on prétend. On s’aperçoit qu’elles seront facilement ébranlées et que ce sera douloureux. Et c’est peut-être précisément pour cette raison que nous n’allons que rarement à la rencontre de l’Autre: nos convictions de base, nous voulons les garder au chaud. Ce sentiment de vide qu’engendre le doute n’est pas agréable.

Surmonté d’un énorme globe fabriqué de cintres, le dispositif scénique blanc et dégarni laisse place à différentes lectures et s’adapte aisément. Sa simplicité représente bien cette ouverture et cet espace qui donnent le ton au spectacle. Dans ce grand carré lumineux autour duquel les spectateurs sont confortablement installés, évoluent, entre autres:

  • un curé
  • le président de PEGIDA Québec
  • Dominique Laliberté-Martineau, une manifestante gravement blessée au visage lors de l’émeute survenue à Victoriaville en mai 2012
  • un défenseur de la théorie du complot
  • un théoricien du platisme
  • une intervenante dans une clinique d’avortement

… et beaucoup d’autres.

***

Le théâtre documentaire est tout indiqué pour cette démarche d’une rencontre avec l’altérité. En effet, la méthode documentaire oblige les comédiens à prêter leur voix à des personnes qu’ils ont rencontrées et qui ont des manières de penser diamétralement opposées aux leurs. Incarner un personnage — ou, dans ce cas-ci, une personne — avec qui l’on n’est pas du tout d’accord démontre un véritable travail d’empathie. Et c’est cette empathie que l’on reçoit et que l’on éprouve tout au long du spectacle.

Vous aussi, vous aurez envie de vous lever et de poser des questions. Vous aussi, vous vous poserez de nouvelles questions.

ENTRE AUTRES
11 au 17 décembre 2016 à 19 h 30 au Théâtre du Conservatoire (13, rue Saint-Stanislas)

Bon théâtre!!

Odile

Les Ossements du Connemara : humour grinçant à l’os.

18 Nov

Pour le mois des morts, le Théâtre Prospero nous invite dans un décor poussiéreux où soupçons et boissons tiennent les rôles principaux. Direction Connemara, en Irlande.

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Crédit photo: Pierre Charbonneau

 

Ce qu’on a envie de faire après la pièce:

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8 > 26 NOV. 2016

LES OSSEMENTS DU CONNEMARA DE MARTIN McDONAGH

Traduction Marc-André Thibault

Mise en scène Sébastien Gauthier

Production THÉÂTRE BISTOURI

Avec Danielle Proulx, Pierre-Luc Brillant, Hugo Giroux & Marc-André Thibault

REMUER LA TERRE…ET DES SECRETS AMERS

Mick Dowd (Hugo Giroux) est employé pour exhumer des squelettes dans un cimetière surpeuplé. Sauf que ce soir-là, il doit déterrer sa femme morte il y a sept ans dans l’automobile qu’il conduisait ivre. Était-ce vraiment un accident? Quelle sera la réaction de Dowd lorsque sa pelle rencontrera les ossements de sa douce?

L’auteur Martin McDonagh, également réalisateur des films In Bruges et Seven Psychopaths (je le soupçonne d’ailleurs d’aimer le jeu de Colin Farrell), a créé ce thriller incisif qui nous amène au coeur des rumeurs de la communauté, d’un prêtre qui s’appelle Welsh ou Walsh, des parties de Bingo de Mary Rafferty (Danielle Proulx), du policier aspirant Colombo Thomas (Pierre-Luc Brillant) et du niais Martin (Marc-André Thibault).

Le décor crée une ambiance tout à fait désespérée dans laquelle la mort prédomine. Les comédiens chevronnés défendent leur personnage avec justesse, mais Marc-André Thibault est celui qui réussit à créer un lien entre les spectateurs et la pièce.

Malgré des répliques assassines et des questions existentielles (« Où vont les pénis des cadavres? »), l’intrigue plutôt mince prend du temps à réellement prendre forme. L’ambiance irlandaise et le parler québécois réussissent difficilement à coexister par moment.

Somme toute, la production du Théâtre Bistouri nous offre une bonne dose d’humour noir, une utilisation audacieuse de crânes et des dialogues d’une grande véracité.

« Bob Barker, y sacrait pas lui. »

 

Bon théâtre!

Jani

 

 

 

 

 

Ducharme sur scène

16 Nov

Je me suis demandé si j’avais le droit d’utiliser l’expression « Ducharme sur scène »… parce que non, l’auteur de L’Avalée des avalés n’était pas sur scène vendredi dernier, quand je suis allée voir Les bons débarras. L’œuvre de Réjean Ducharme peut-elle être considérée comme une extension de son être? Bérénice Einberg (protagoniste de L’Avalée des avalés) répondrait: « Tout m’avale ». Au fond, Réjean Ducharme était peut-être bel et bien sur scène, invisible, mais présent. Parce qu’il est ses textes, parce que ses textes sont sa seule présence publique, parce que son anonymat oblige à se «contenter » de ses mots.

 

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Ti-Guy (Nicola-Frank Vachon) et Manon (Léa Deschamps)    ©HÉLÈNE BOUFFARD

Dans Les bons débarras, Manon – une jeune-petite-fille-femme-adolescente de 12 ans – fait preuve de cette même maturité précoce qui caractérise Bérénice. Une enfant-adulte qui n’en est pas moins désobéissante. Les responsabilités sociales, orientant et organisant habituellement la vie adulte, sont absentes chez Manon, et c’est précisément ce qui lui donne ce regard presque acerbe sur sa vie, et surtout, sur sa mère, Michelle. La dureté et l’amertume de Manon sont d’autant plus soulignées par un contraste produit par ses grands élans d’amour pur et intense qu’elle a vers sa mère. Si on a parfois accès à toute l’émotivité et la vulnérabilité du personnage, ce n’est que pour mieux la voir retomber dans la cruauté.

Certes, Réjean Ducharme connaît le genre humain et sait admirablement le manier et le faire rayonner dans toute sa complexité, mais aussi dans tout son dépouillement.

La perte de l’enfance se traduit chez Manon par un nihilisme révolté, que la jeune comédienne Léa Deschamps rend avec une simplicité et une sincérité surprenantes.

C’est cette même simplicité qui teinte l’entièreté du spectacle et qui garde le public sur le bout de son siège. C’est encore cette même simplicité qui permet aux mots riches de sens et d’images de Ducharme de résonner, qui leur donne l’espace pour voyager et évoquer tout ce que les quelques 500 têtes du Trident voudront comprendre. Car Frédéric Dubois avait très certainement des idées claires et précises en montant ce spectacle, peut-être même flottait-il un message particulier en lui, mais ce qui se dégage des Bons débarras n’est pas une morale qu’il faudrait s’efforcer de mettre en pratique. Non, en sortant du Grand Théâtre, on s’aperçoit qu’on est touché, et même bouleversé, et que ça ne relève pas du mélodrame, mais d’une vérité plus viscérale.

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Manon (Léa Deschamps) et Michelle (Érika Gagnon)  ©HÉLÈNE BOUFFARD


LES BONS DÉBARRAS

Scénario original : Réjean Ducharme
Adaptation et mise en scène : Frédéric Dubois
Interprétation : Lise Castonguay, Erika Gagnon, Nicolas Létourneau, Steven Lee Potvin, Vincent Roy, Nicola-Frank Vachon, Léa Deschamps en alternance avec Clara-Ève Desmeules

Coproduction Théâtre des Fonds de Tiroirs

Pièce présentée au théâtre Le Trident jusqu’au 26 novembre 2016

Bon théâtre!

Odile

J’ai un cœur d’ado

5 Mai

J’ai 27 ans et je m’assume : je trippe sur les émissions de télé comme Le Chalet ou Jérémie à Vrak.tv. Des émissions où le public cible est pas mal plus autour de 16 ans que de la fin vingtaine, je dirais… 😉

Je ne crois pas que ce soit parce que je refuse de vieillir ou que je vive dans le passé, mais plutôt que j’ai encore des petits restants de mon cœur d’adolescente quelque part.

Je m’identifie et m’attache aux personnages : à leur fouge, à leur humour et à leur franc-parler, qui me rappelle mes propres soirées entre amis, mes histoires avec les garçons, mon regard sur l’amour…

Je suis rêveuse et il y a cette envie chez moi de vivre intensément, de ressentir des émotions fortes et vraies, qui se rapproche peut-être justement de la période de l’adolescence ou du début de la vingtaine. Et aussi, ce sont des émissions hyper bien écrites et réalisées qui ont tout pour plaire aussi aux adultes.

J’ai assisté au Dernier soir de coutellerie le 22 avril dernier, une lecture de certains textes de Sarah-Maude Beauchesne, auteure du blogue Les Fourchettes, des livres Cœur de slush et Lèche-vitrines (et certains épisodes/lignes du Chalet!) par plusieurs comédiennes comme Sarah-Jeanne Labrosse, Laurence Leboeuf, Catherine Brunet, etc., le tout accompagné au piano par la talentueuse Fanny Bloom.

 

Les textes de Sarah-Maude, ses forks comme elle les appelle, me font sourire et me touchent beaucoup. Je connaissais déjà un peu son univers sur Instagram mais je n’avais jamais assisté à une lecture publique de ses écrits. C’était drôle, cru, poignant. Plein de réalisme et de pensées qui sont parfois très éloignées des miennes, et d’autres fois bien collées à mon univers.

 

 

Dommage que c’était la dernière lecture de ses fourchettes, je suivrai assurément ses autres projets. Son roman Cœur de slush sera d’ailleurs adapté au cinéma, j’ai hâte! #jai16ans

Michèle

Qui a peur de Virginia Woolf?

15 Avr

Afin de clore sa saison 2015-2016, le Théâtre La Bordée a choisi de présenter la pièce Qui a peur de Virginia Woolf d’Edward Albee. Je l’avoue, je connaissais déjà cette œuvre ayant vu le film mettant en vedette Elizabeth Taylor et Richard Burton pour un cours à l’université il y a…quelques années. Je me souvenais de deux choses. Tout d’abord, que l’histoire est un peu tordue et que les personnages se détestent. Ensuite, du regard horrifié de ma mère quand je suis remontée du sous-sol: « Mais veux-tu ben me dire qu’est-ce que tu écoutes? Ça fait juste hurler depuis deux heures! » Heureusement, La Bordée nous offre ici une version beaucoup plus nuancée de cette pièce culte.

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Lorraine Côté – Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Résumé

Georges et Martha reviennent chez eux vers les deux heures du matin après une soirée universitaire bien arrosée. Ce couple de quadragénaires est à peine rentré qu’il se livre déjà à une scène de ménage qui sera, en fait, la prémisse de ce qui se passera par la suite. C’est d’ailleurs à ce moment que Nick et Honey sonnent à la porte. Nouveaux arrivés en ville et à la faculté, Martha les a invité pour un dernier verre. Le « dernier verre » se transforme bien vite en une beuverie sans nom et la « scène de ménage » se révèle finalement être un jeu aux règles impitoyables qui dissèquera, sous les yeux des spectateurs, les deux ménages jusqu’à la moelle.

Quand: du 12 avril au 7 mai 2016 au Théâtre La Bordée

Durée: 2 h 30 avec entracte

Texte: Edward Albee | Traduction: Michel Tremblay

Mise en scène: Hugues Frenette

Distribution: Martha: Lorraine Côté | George: Normand Bissonnette | Honey: Élodie Grenier | Nick: André Robillard

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Le titre: Vous avez déjà vu le dessin animé de Disney sur l’histoire des trois petits cochons? Et bien, les cochons chantent « Who is afraid of the big bad wolf ». Je vous invite à changer les paroles pour le titre de la pièce. L’histoire ne dit pas dans quel contexte les paroles de la chanson ont été changées, mais il semblerait que ce soit un running gag au sein du groupe.

Retour sur la pièce

Ce qu’il y a de difficile dans ce genre de pièce, qui repose entièrement sur la performance des acteurs et sur les ambiances créées par les situations, c’est que bien souvent, la tension monte trop vite ou alors que les spectateurs perdent le focus. En effet, ici, il n’y a aucun changement de décor, peu d’indication sur le temps et aucun artifice qui pourrait distraire l’audience de ce qui se passe.

Or, la mise en scène d’Hugues Frenette est rythmée, intelligente, mais surtout adroite. Contrairement au film, ici, les gens ne crient pas continuellement. Tout est beaucoup plus acéré et subtile. Évidemment, la chicane pogne à quelques moments, mais ce sont des endroits ciblés et souvent, une plaque tournante de l’histoire.

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Distribution complète – Crédit photo: Pierre-Marc Laliberté

Les acteurs font un travail absolument magnifique. Lorraine Côté est subtile et changeante dans son rôle de Martha. Elle s’affirme de manière habile et semble insaisissable. Normand Bissonnette, en George, est calculateur et rusé.  Il sait pleinement profiter de la tension qui grimpe pour exploser au moment qu’il se doit et le temps qu’il se doit. Élodie Grenier et André Robillard, dans les rôles de Honey et Nick, sont justes drôles, mal à l’aise, joueurs, naïfs, affirmés… leurs personnages sont les esclaves de l’intrigue et ils le rendent bien.

Bref, j’ai beaucoup aimé et je vous la recommande vivement!

Camille xxx

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