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Votre horrible majesté

4 Avr

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À tous les coups, la cruauté du médiéval fait écho aux atrocités d’aujourd’hui parce que les coups portés par l’épée sont ceux des abus de pouvoir. Nous devenons sensibles au fait que la beauté de la plume de Shakespeare n’est pas due aux procédés littéraires qu’il employait, mais à cet inquiétant de constater que son discours s’applique encore aux plus ratoureux,  vilains et violeurs de nos jours. Comme si Richard III avait été le père fondateur de tout le perfide des malheurs humains.

Sébastien Ricard avait manifestement envie d’être méchant et ingrat – de faire violence à un jugement que plusieurs ont probablement porté sur lui. Au commencement, il est ivre. Il se moque et nous balance trois-quatre insultes pour être bien certain que, pour les nombreuses minutes qui suivront, nous l’écouterons. Il est difforme, le dos Quasimodo et une jambe trop courte compensée par un soulier plate-forme. Son bras paralysé s’avère menaçant, comme s’il allait se mettre à tuer tellement son envie est titanesque. Et, cette menace et cette diformité, Sébastien les joue merveilleusement bien et -surtout- longtemps. Il est voûté et hideux du début à la fin.

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Crédits photo: Yves Renaud

 

Ce que cette peuplée distribution raconte et vit, ce sont des trahisons, d’autres trahisons, encore des trahisons et une vingtaine de deuils. Ce qui est narré devant nous ne tient qu’au discours malin d’un seul et même être. Comme un chef qui serait le diable, comme un président qui serait assassin, comme un ministre qui serait rapace. Richard III réussit à convaincre chaque humain dans son entourage qu’il est un homme de confiance et qu’adhérer à ses propositions mène nécessairement à la victoire contre l’opposition. Il arrive même à se fiancer à une jeune veuve esseulée qui lui crachait au visage, l’acte précédent. Et c’est mal, vraiment très mal. Parce qu’on a tous été convaincus par quelqu’un ou ce Quelque chose que l’on a regretté. On nous a tous promis une victoire qui n’est jamais venue, assombrie par la culpabilité de s’être laisser porter. La honte.

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Crédits photo : Yves Renaud

Comme j’apprécie beaucoup quand le théâtre est plus «traditionnel», je souligne le parfait d’un décor des plus simplistes, d’une scène aménagée pour s’agencer à la mise en scène et de l’éclat des costumes en vrai tissu. Pas (de feux) d’artifices virtuels pour que l’on comprenne bien que la personne est triste, pour qu’on s’assure que le spectateur fait le chemin vers l’émotion. Non, au contraire, l’émotion réelle dans un décor concret par des personnages animés. L’émotion telle que, assise sur mon siège, j’arrive à la vivre lorsqu’elle m’est directement livrée, sans le détour des nouvelles technologies.

Richard III – TNM – du 10 mars au 4 avril

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Les gros malaises du malheur des autres

16 Mar

C’est sordide, tellement sordide d’entendre une grand-mère parler de coups de couteau, ceux de Guy Turcotte; aux côtés de son fils qui prétend que c’est un bête dérèglement dans un morceau de cerveau, que son geste en est un – dans le spectre de la folie passagère – de compassion. Il dit compassion, elle coups de couteau et, n’empêche, on s’esclaffe de rire quand elle tient mordicus à ce qu’il soit un tueur en série. Elle mime le premier meurtre, elle mime immédiatement ensuite le second, puis demande combien il faut en tuer pour que ce soit considéré «en série» et nous, on rit. On rit sans culpabiliser parce que ça fait sûrement assez longtemps que c’est arrivé cette affaire-là. Me semble que oui, pour qu’on en parle dans une pièce, qu’on se dit.

Pour qu’on en parle dans un scénario de pièce de théâtre, Ennemi public dans le cas échéant, alors qu’on en a clairement parlé chacun son tour. On en a peut-être fait des blagues comme pour Cedrika Provencher, Julie Surprenant ou les autres bébés morts. Alors, oui, c’est sordide d’en rire autant. C’est glauque par moment, c’est surtout un trash assez mielleux. Une famille, mamie qui veut donc que sa petite-fille mange de la crème à glace, ses trois enfants avec des troubles bien camouflés derrière les remparts de leur culture générale et les deux petits d’une préadolescence exubérante à tour de bras et de va chier pis de téléphones intelligents. Et on rit encore parce qu’on a tous un peu martyrisé nos cousins plus jeunes et que, au fond et malheureusement, quoi de plus banal que la violence. Après tout ça n’a rien à voir avec les grosses guerres d’ailleurs. Et nous, on rit.

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Crédit photo: CTD’A

 

On rit d’un père qui engueule son gars devant les proches, d’un écureuil écrasé par un balai et d’une carte de débit quasi-presque volée pour une commission à faire. Une burlesque belle-sœur qui met tout le monde mal à l’aise, même la bouffe sur la table refroidit tellement elle jase toute seule. Elle est grosse, badigeonnée de maquillage et provoque les plus gros silences jamais connus dans cette famille alors que, pourtant, ils ont une beurrée de tensions jamais réglées. Et nous, on continue à rire.

Des rires francs parce que voyons-franchement, des rires jaunes parce que ce serait pire de ne pas en rire, un ou deux souffles retenus avec des grincements de dent à profusion si ce n’est pas à perpétuité grâce – et je dis «grâce» parce que, franchement, c’est délicieux de ne pas contrôler autant le confort de son émotif – au texte et à la mise en scène de Olivier Choinière qui me devient le dramaturge à surveiller. Et que je cite tellement j’aime :

«Face à la complexité de questions politiques et sociales qui demandent une profonde réflexion, nous préférons personnaliser les enjeux, nous camper dans une position tranchée et, tel un épouvantail, faire apparaître l’ennemi public, figure qui a l’avantage d’être à la fois rassembleuse, libératrice et pacificatrice (tant il constitue un formidable défouloir et exutoire de passions), mais qui a le désavantage de ne pas être total : jamais un seul groupe, voire une seule personne, tel un super vilain, ne saurait contenir toutes nos détestations. Il faut donc en trouver un autre, dans l’espoir que ce sera le bon.»

Imaginez un scénario basé sur ce propos et enfermé dans la maison de la matriarche, Muriel Dutil que j’avais sous-estimée dans Nouvelle adresse et qui a – eurêka – explosé de talents devant moi. Emblématique personnage de la femme libérée dont le combat se poursuit et s’étend parfois où le linge sale est pourtant propre. Elle est hallucinante et un peu la grand-mère de tout le monde. Ça la rend encore plus attachante et paradoxalement crue. Vive Muriel Dutil et l’idée que je me fais du Québec : une grand-mère beaucoup trop gâteau pour compenser parce que tellement en furie contre l’horreur du monde qui en vient à bafouer le malheur des siens.

Le malheur des siens (rires).

P.s. un de mes très rares : à voir absolument.

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Crédit : Centre du Théâtre d’aujourd’hui

Ennemi public, texte et mise en scène d’Olivier Choinière
Jusqu’au 25 mars 2015, au Centre du Théâtre d’aujourd’hui

 

Marie-Philippe

 

 

Discours d’un cancer

9 Mar

W;T ou Wit qui veut dire esprit. Beaucoup d’appréhension parce que la pièce porte sur le cancer et que je m’effondre en larmes à chaque fois que j’écoute Nouvelle adresse et que je participerai à mon second Relais pour la vie cette année parce qu’il s’y produit de sombres miracles et des instants magiques.

Que je n’y comprends rien à cette démone de maladie, parce qu’il n’y a rien à comprendre. Je prends une grande respiration et je m’installe au Théâtre de la Bordée qui présente la pièce jusqu’au 28 mars.

Vivian Bearing est -était- professeure de littérature à l’université, une sommité dans son milieu que les étudiantes et étudiants redoutaient et dont ses collègues jalousaient la rigueur d’une aussi vaste connaissance de la poésie anglaise de XVIIe siècle. Cette caractéristique pourrait la différencier de la femme conventionnelle alors que, au contraire, elle en fait une dame puissante et dévouée. À l’image de bien des femmes que nous côtoyons – mères, tantes, cousines, les âgées et les juvéniles, les ancêtres et celles à venir. Et tandis que nous arrivons aisément à la comparer à cette femme dans nos vies, nous sommes pris au piège. Si Viviane ressemble à votre mère, alors vous la verrez apprendre qu’elle a le cancer à cinquante ans. Si Viviane s’apparente à votre meilleure amie, alors vous la verrez disparaître sous une faiblesse due aux douleurs accumulées. Pris au piège et emportés dans cette noirceur qu’est la condamnation que vivent celles et ceux, leur famille et leurs proches sur qui tombe le diagnostique d’un cancer. Déportation de sa propre vie à l’extérieur de son corps malade. Un naufrage pénible.

Alors, quand cette férue de littérature annonce clairement qu’elle s’adressera à nous avec ironie, personne n’a le coeur à rire. Mais, nous avons ri, beaucoup. Elle tourne au ridicule les docteurs qui l’examinent comme un cobaye à qui ont a injecté un vaccin récemment cuisiné. Les docteurs doutent, ils ignorent les effets qu’auront les fameux médicaments. On l’observe, on l’examine, on s’assure qu’elle urine autant qu’elle boit. Et elle arrive à le rendre comique.

Crédit : Nicola-Frank Vachon

Crédit : Nicola-Frank Vachon

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Crédit : Nicola-Frank Vachon

Loin de vouloir banaliser ce drame, elle parvient aussi à nous faire pleurer car, au fond, elle agonise. Ses élans littéraires sont de moins en moins passionnés, ses phrases sont plus courtes comme son souffle. Son tout petit souffle à la fin qu’on attend – et qu’on entend- s’éteindre à tout moment.

Les mots sont beaux et percutants. Leur effacement l’est tout autant. Et tous ces gens en larmes dans la salle, tous en colère contre le cancer.

Honnêtement, aussi morbide que cela puisse paraître, c’est une pièce libératrice que j’aurais aimé voir si ma mère ou ma meilleure amie avaient cette maladie. Je voudrais savoir avant de dire que j’aurais aimé savoir. Connaître tous les regards possibles qu’il me serait possible de poser sur cette guerre acharnée contre un corps.

Pour un extrait de la pièce :

 

Marie-Philippe

Voir Annexe

9 Fév

Il n’y a que du lugubre dans la Seconde Guerre mondiale. On a beau pouvoir l’expliquer par un raisonnement de causes et de conséquences; reste que c’est d’un incompréhensible dégoûtant.

Des gens sont morts parce que d’autres croyaient qu’ils devaient mourir. Comme on croit qu’il y a un monstre sous notre lit quand on a quatre ans et qu’on ne sait pas que les dangers sont franchement plus grands, qu’il n’y a que le cœur chaud de maman pour nous apaiser doucement. Leur malsain besoin de croire qui a pourtant les mêmes fondements que l’espoir.

Sous la plume d’Eric-Emmanuel Schmitt, qui assure la pérennité des confidences d’Anne Frank à la demande de la Fondation qui porte le même nom, un scénario s’impose. Remémorer la vigueur du témoignage de l’enfant qu’elle était, l’adolescente qu’elle est devenue et la femme qu’elle n’aura jamais été. Évoquer le fabuleux du discours revendicateur d’une gamine, les éclats de rire étouffés, ses réponses crues qu’on lui reprochait, la noirceur et la déprime. Rappeler au public un livre que tout le monde a lu ou, du moins, connu. Faire de cette connaissance une amitié intime. Devenir Kitty à qui Anne se confiait dans son journal.

Levée du rideau. M. Otto Frank –Paul Doucet- attend à la gare. Il est seul parce qu’il sait que sa femme est morte et qu’il espère que ses deux filles reviendront, qu’elles n’ont pas péri. Il espère l’espoir. Miep Gies –Sophie Prégent- l’attend au bureau. Elle est d’un optimiste tragique. Des dizaines reviennent chaque jour, mais des milliers ne réapparaîtront jamais. Elle lui remet le journal. Elle dit qu’elle lui remet le journal. Elle explique qu’elle lui remet le journal. Pourtant, c’est une évidence pour nous. Qui n’aurait pas compris qu’il s’agissait du fameux journal?

Crédit : Yves Renaud

Crédit : Yves Renaud

Beaucoup de mots écrits dans ce scénario auraient pu être remplacés par des silences sur scène pour faire usage du pouvoir de la gestuelle au théâtre.  M. Frank vient d’apprendre que ses filles sont disparues pour toujours. Miep lui offre le journal, muette. M. Frank reste silencieux devant cet interdit. Miep disparaît. De longues secondes plus tard, M. Frank débute la lecture. Pas un mot dans cette version. J’aurais préféré que certains se taisent pour accorder davantage de force aux mots d’Anne. Comme les (trop peu de) fois où les comédiens rentraient sur scène en marchant sur la pointe des pieds. Ne s’agit-il pas de l’issu de cette pièce? Une vie sur la pointe des pieds? Anne et sa petite voix dans l’insalubre humanité?

Néanmoins, c’est une belle audace que d’imaginer l’après quand le père découvre les secrets de sa défunte fille, qu’ils lui redonnent vie. Elle renaît tout comme lui. Mince, mais sincère consolation. Elle l’aimait tant, à défaut d’éprouver le même amour pour sa mère. Anne –Mylène Saint-Sauveur- comprenait des choses et force est de constater en assistant à cette pièce. Au secondaire, lecture obligatoire, plus occupée à me morfondre sur mon moi et d’autres méconnaissances sur  ces années 39-45. Puis, d’autres films et d’autres documentaires, des livres aussi témoignages que ce journal. Voyage en Europe où un ancien me remercie, moi-Canada, d’être venu leur prêter main forte en 44. Les plages du débarquement aussi. La visite de l’Annexe à Amsterdam.

Alors, hier, assise sur mon confortable fauteuil, je prenais plaisir et tristesse à mêler nos deux souvenirs. Ses mémoires et mon vivant. Je n’aimais pas Augusta Van Pels – Marie-Hélène Thibault- lui vole la vedette avec son exubérance. Je n’ai pas trop compris ce que M. Schmitt voulait nous faire comprendre. Qu’il n’y avait pas qu’Anne qui était cachée? Pas que les enfants? Mais des femmes et des hommes aussi, des mères et des pères. Tous, terrés comme des proies. Sort inhumain et incertain dont on liste et scelle le destin à la toute fin. Alignés l’un derrière l’autre, énumération de leur disparation par M. Frank. Chacun s’engouffre sous la scène après avoir arraché leur étoile, arraché leur cœur.

Anne qui reste. Dernière scène avec elle. Elle qui dit, sur le quai de la gare qui la mène vers la mort, qu’elle est profondément heureuse. Qu’on peut détruire, qu’on peut la Guerre, mais que le bonheur intouchable et inviolable c’est d’être libre de penser, de ressentir, d’écrire et de se souvenir.

Otto referme le journal. Otto le donne à Miep. Miep l’ouvre. Et Anne dit.

Marie Philippe

Mea culpa de ma mi-cinquante.

26 Jan

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Mea culpa. Mon second. Avons-nous un quota de mea culpa dans une vie? Ceci étant dit – mais peu élaboré- j’en suis à mon second mea culpa. L’automne et le presque hiver sont passés sans que j’ai pu écrire une once de mots sur les trois pièces auxquelles j’ai assistées. Mon métier négligé par l’austérité et d’autres préoccupations m’ont tenu occupée. Ça et le fait que je n’ai pas apprécié ces trois pièces. Celles où tu regardes ta montre, tu ne ris pas en même temps que les autres spectateurs ou pas du tout et tu ne te lèves pas à la fin pendant l’ovation – s’il y en a eu une.

Et puis, pouf, magie. Jeudi passé. «Sœurs» de Wajdi Mouawad. J’ai les attentes dans le tapis, encore plus depuis mes trois pièces pourries.  Et même davantage parce que la première pièce de théâtre qui m’a donné la piqûre était «Incendies» du même auteur. Incendies avant le film, mes sept derniers abonnements au TNM et la fin de la fin de ma puberté. J’avais pleuré parce que le comédien nous tirait dessus, que c’était une guerre crue et un viol horrible devant mes yeux et à l’intérieur de mes oreilles.

Alors, jeudi passé, j’ai des attentes grosses comme ça qui vont exploser et je m’attends au meilleur du meilleur et encore des pleurs. J’ai hâte, je suis excitée et je me dis qu’enfin je vais pouvoir vous écrire un petit quelque chose de bien beau et de bien vrai. Je me dis qu’enfin. Mais, finalement. Bof.

J’écris pour ne pas prolonger le culpa de mon silence. Mais j’écris par vengeance. C’est un pari très audacieux de vouloir se satisfaire d’une pièce de théâtre. Il n’y a pas de volume à augmenter, de pause/play, le popcorn pour s’en remettre à la consommation de nourriture ou quitter de façon subtile sans provoquer la colère de Dionysos. Il n’y a rien pour se consoler d’une pièce peu appréciée que l’espoir des prochaines meilleures ou le souvenir des excellentes.

«Sœurs», donc. Pardon. Un texte d’une grande remise en question où personnages doutent de leur identité propre, de leurs origines et se sentent en exil dans une chambre d’hôtel d’Ottawa – la capitale pourtant. Texte interprété par Annick Bergeron grâce à la mise en scène de l’auteur, Wajdi. Elle joue tous les personnages dont les deux femmes principales aux langues maternelles bafouées par les autres, ceux d’ici sans souvenir de séparation et ni de guerre.

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Elles sont âgées, elles vont avoir cinquante ans et elles aimeraient encore avoir les parents d’antan. Elles font encore le deuil des enfants qu’elles ont été. Une sœur autochtone perdue à tout jamais dans une rudesse digne de la réalité, une mère morte qui demande à être remplacée par une gamine qui se doit d’être aussi forte sauf la maladie. Elles pleurent sur l’épaule de l’une et de l’autre. Elles se disent des milliers de secrets, profonds et vrais. C’est d’un cru assez admirable.

Mais, je n’ai pas cinquante ans. Je suis toute jeune, la moitié de cinquante, la mi-cinquante.  Mes parents sont encore beaucoup mes parents et je suis née où je vis. C’est plutôt de voyager que j’ai envie, ici et tous les autres milliers de paradis. Alors, malgré le parfait de certains choix qui font de ce scénario un vrai trésor, il ne s’adresse pas à moi.

En cela, tout l’audace du pari. Ce n’est pas d’être assis devant la scène qui garantit la sensibilité de votre ouïe. Il y a des discours intemporels qui font des classiques des éternels. Et ces discours plus actuels qui en font des quêtes plus personnelles.

Je me souviendrai de «Sœurs» quand je fêterai mes cinquante ans, que ma mère sera là et qu’elle me prendra encore dans ses bras. Je finirai par entendre le message qu’elles ont soupiré jeudi passé.

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Marie Philippe 

Témoignage camping glamour.

20 Juil

C’est dans un esprit assez bûcheron que nous avons l’habitude de partir camper. Dormir à même le sol sans pensées princesse-au-petit-pois, se réveiller les yeux dans la graisse de bine et cuisiner son déjeuner dans un gras assez similaire qui grésille au fond d’une casserole noire et cabossée de vécu. Faire un feu le matin, le midi et le soir avec trois allumettes, ranger sa bouffe sur le très haut d’une branche d’épinette et, néanmoins, se faire dévorer les pains à hot-dog donc ne manger que les saucisses au bout d’un bâton sec. Suer, puer et ne pas se raser.

 

Il y a également de ces petites natures qui s’aventureront dans le vaste monde du sauvage avec cinq bouteilles de chasse-moustique, un sac de couchage -30° en plein été parce qu’au mois d’août -leur a-t-on dit- les nuits sont plus fraîches et que le froid ce n’est pas l’idéal déjà qu’il y a les orignaux, les ours, les loups, les ratons-laveurs, les écureuils, les terribles fleurs et les affreux papillons. Et puis, est-ce qu’il y a du réseau dans la forêt pour que j’instagram mon bonheur d’être coureur des bois?

 

J’ai toujours été davantage aventurière dans mes méthodes de campement: se laver avec du sable, utiliser la fumée comme citronnelle et ne même pas dire lapin-lapin quand la boucane s’en prend à ma face et mes yeux. Méga fan de la brume sur le lac au matin et d’une bonne saucette dans l’eau frette pour remplacer un café. Envoyer le canot dans les rapides puis prendre une gorgée d’air frais quand le courant s’est calmé.

Il m’a donc fallu vivre un deuil quand mon père m’a confirmé la location d’une yourte près de laquelle seraient stationnées les deux voitures, contenant quatre glacières, trois bombonnes de propane, deux barbecues et une seule lampe de poche. En résumé, pas besoin de monter une tente… alors qu’on va faire du camping! 

Puis, le mot a résonné dans la tête des mes trois frères et moi. Cette récente et (ô combien) actuelle mode dans le monde du campement, nous allions y goûter. Mordre la poussière du fameux glamping. Tragédie s’abattant sur nous, malheur et désespoir.

 

Quatre jours plus tard, redéfinition complète de mon idée du camping. Tout était différent, donc tout a changé. Rien ne sera plus jamais pareil. Car, je suis maintenant persuadée que ce n’est pas l’isolation de la tente, l’utilisation d’essence ou tout autre gaz à émissions polluantes, la quantité de nourriture achetée, cueillie, pêchée ou chassée, le transport du point A au point B à jus de bras, de pédale ou de volant, enfermer son matériel dans des barils hermétiques ou dans une voiture qui s’hermétise en appuyant sur le cadenas du démarreur à distance et toutes les autres modernités qui s’opposent au primitif de ce qu’a toujours été le camping jusqu’à ce jour. Ce n’est pas ça qui change profondément la signification du séjour.

Ce sont les gens, leur présence.

 

Se taire en même temps pour écouter la faune et la flore pendant très longtemps et laisser le courant nous porter. Se plaire dans ce silence d’être bien accompagné. L’entente naturelle de la répartition des tâches qui, honnêtement, ne se fait pas aussi bien à la maison. Choisir avec le sourire qui pagaie et qui navigue parce qu’on se fait mille fois confiance. Ramer pendant cinq heures sous la pluie et ne jamais se plaindre parce qu’un feu nous attend, aussi réconfortant que toute la fierté du monde qu’on ressent à garder le cap malgré le mauvais temps.

Chanter autour du feu notre traditionnel hymne familial qui, je-sais, vient du radio portatif où est branché un IPod. Pis ça? Sourire en vous écoutant ronfler d’épuisement sur de la literie et des matelas fournis oui-oui-ouiii, sous un toit en bois au centre duquel il y a un foyer. Pis ça? Se raconter nos vies et trouver qu’on est une fraternité qui vieillit très bien autour des bières qu’on est allé, je me confesse, s’acheter au dépanneur en rentrant de la descente. Pis ça?

 

Ça, c’est le bonheur! Du bonheur réchauffé par les flammes. Et, croyez-moi, ce n’est pas le plus-ou-moins, le pas-pantoute, le surtout-beaucoup ou le rien-que glam de votre séjour de camping qui en est le bois de chauffage. Alors n’ayez pas peur de tenter le coup, de sauter sur l’occasion ou de toujours refuser de vous abaisser à cette mondanité. Vous ferez, de votre expérience, un témoignage. Point final.

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Crédit photo: Papa Neault

Cocaïne Labrèche

12 Mai

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Il y a de ces réalités qui transcendent les lieux et les époques. Ces réalités de 1949 où Mile Davis, jazzman sublime, rencontre Juliette Gréco – à Paris. Pour ensuite l’aimer en dépit de la ségrégation américaine qui, de toute façon, entre les seins de la chanteuse et l’existentialisme européen, n’existe pas. Ces réalités de 1989 où Robert, comédien québécois, séjourne dans la ville-lumière pour être narrateur d’un documentaire sur le dit musicien. En souffrance d’un amour perdu, cruel. C’est dans le huis clos de la chambre 9 de l’hôtel La Louisiane, qu’il appelle au secours à frais virés.

Son cri se perd, en écho de Juliette et Miles qui ont partagé ce lit où Robert nuit blanche aujourd’hui, ce même où Simon de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ont fait exister leur intime existence. Ces réalité où le besoin de sevrage est celui d’arrête d’aimer, un besoin d’indifférence que la drogue fournit. Le manque se traduit sous la même dépendance, il est à combler, à gorger et ce, au risque d’exploser. Pas tant à mille lieux de l’implosion qui les ronge à petits feux, ces malheureux. L’opium de Jean Cocteau après la disparition d’un jeune amant, l’héroïne de Mile Davis dès son retour à New York et l’hypnose/l’acupuncture pour Robert dont le recours aux médecines douces et modernes n’euphémise en rien sa misère à celle des autres artistes. Comme l’aiguille qui traverse la peau, les veines et les vaisseaux, qui transmet au sang ce qui foudroie le coeur en un instant. La drogue, dans le pire des cas. L’amour, quand on se retrouver chanceux à deux.

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Les aiguilles et l’opium est le fruit d’une scénarisation de Robert Lepage que l’on reconnait aisément dans l’esthétique des sons et des projections. Le projet a déjà existé au XXe siècle. C’est d’ailleurs Marc Labrèche qui a demandé à M.Lepage de reprendre la pièce, de revisiter ce qu’il avait créé en 1991 suite à une rupture amoureuse. Ce défi diffère des autre relevés par l’auteur et metteur en scène car, presque quinze ans plus tard, le monde est changé. Il le dit lui-même d’ailleurs: « Écrit bien avant Internet, les médias sociaux et les événements du 11 septembre, les questionnements existentiels du protagoniste sont plus universels que jamais.» Alors comment conserver toute l’essence du désespoir humain à travers le travail virtuel auquel nous a habitué Ex Machina? Condenser les effets dans un cube parfait et inviter Miles Davis en chair et en os à jouer son fantôme. Interprété par Wellesley Robertson III dont je suis maintenant, clairement, amoureuse. J’ignore encore s’il est acrobate ou musicien, mais il le fait bien. Il nous fait basculer à chaque coup de bassin, chaque souffle dans l’instrument.

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Plusieurs choix qui matérialisent les changements , ceux de décor et d’histoire, de personnages et de visages. Le travail de toute l’équipe permet de faire pivoter tous ces mondes les uns dans les autres. Réellement pivoter. en vrai. Mais je ne dévoilerai pas ce secret. Il vous faut voir cette pièce captivante et divertissante. Parce que Marc Labrèche. Avec un talent que je ne lui connaissais pas. Un tragédie que je ne lui connaissais pas, une vrai profonde. Des pleurs et les épaules suffocantes. Avec -toujours- sa façon de ramener la scène suivant à de la pure dérision. Et, lui aussi, quelques tours de rein pour les besoins du spectaculaire où il tient trois rôles: Robert, Jean Cocteau et Celui de tous les Hommes pourchassés par le vide, par leur brutale absence à Elles.

Le manque.

Fucking Molly

9 Mai

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Nous sommes deux femmes et entrons dans la salle du Théâtre EspaceGo sans avoir fini de discuter de nos dernières et récentes pieuses réalités. Le souffle coupé de voir Molly Bloom, étendue sur un massif de bois, lit conjugal. Nous l’imaginons nue sous sa robe rouge femme. Déjà la chaleur d’un quelque chose. Elle est là, à rêvasser parmi nos conversations. Déjà l’écho d’une mélopée.

Contexte. 1922. James Joyce écrit Ulysse et achève son oeuvre avec un monologue sans ponctuation ni respiration. Molly Bloom s’essouffle entre des extases et autant d’orgasmes. Elle se rappelle son premier baiser, son mari d’aujourd’hui et ses amants de toujours. Elle détaille leur membre et leur conquête de son organe. Elle se cambre sous le poids de son imagination et exulte tout l’érotisme de ses pensées. À l’époque, faire parler ainsi une femme rendait la chose encore plus audacieuse et (autrefois) obscène. Qui plus est, sous la plume d’un homme, comme si sous ses mains.

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Puis, aujourd’hui, au masculin encore. Jean-Marc Dalpé qui traduit ce texte aux saveurs actuelles et au langage québécois. La langue, oui. Mais les lèvres, aussi. Celles d’Anne-Marie Cadieux Son corps svelte et saccadé de mouvements quasi nonchalants. Se dévêtant de sa culotte souillée, lorsqu’elle tâte sa poitrine endolorie. -versus- sa grâce bénie dès qu’elle chante ou son corps baignant de lumière quand elle se souvient le bonheur d’avoir dit oui. Sa démarche lorsqu’elle se rend aux toilettes pour s’accroupir au sol baigné de sable fin -versus- son trot de promenade quand elle se souvient de sa carrière de désirée chanteuse. Son corps raconte autant que ses mots. Ils dévoilent même des pensées encore plus secrètes que celles qu’elle ose prononcées.

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Bravo au travail de la metteure en scène, Brigitte Haentjens, qui nous porte à croire que Molly Bloom épèle chacun des fantasmes de son discours. Car, en plus de son corps qui est un monologue à lui seul, les tonalités de la voix d’Anne-Marie Cadieux sont révélatrices. Une inquiétude, un désir, une colère ou simple constatation. À chaque idée, une couleur et un ton. Pour une toile peinte à la perfection et une rythmique de diction. L’heure et quart passe.

Nous, femmes, avons ri. Elle a joui.

Quand matante s’en veut d’avoir été folle.

17 Mar

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Je ne connais l’historique familial de personne. Sauf peut-être de ceux qui veulent  bien me le raconter, ceux qui -entre une pile de bières- se retrouvent souvent amers. J’ai déjà vu mon grand-père pleurer entre les hoquets de deux regrets. J’ai déjà entendu ma tante détester ses amants et la couleur de son appartement. Voilà un peu l’effet que la pièce m’a fait samedi passé. J’étais devant tous ces gens, tous ces âges de gens qui se détestent d’être, qui plus est, depuis 1942.

Il y a trente ans -1984 pour celles et ceux- Michel Tremblay publiait «Albertine en cinq temps». La rétrospective un peu glauque de cette vieille dame qui déménage à 70 ans dans un foyer de personnes âgées. Dans sa petite chambre qui pue, cinq fantômes. Elle(s) depuis les quatre dernières décennies et sa défunte soeur, Madeleine. Chacune s’entretient aux dix ans plus tard des choix qu’elles ont fait, aux dix plus tôt des décisions qu’elles n’ont pas prises. Elles se répondent et se reprochent au meilleur de leurs connaissances. L’aigrie se moque du sourire d’une ancienne, elle sait que cela ne durera pas. La mère indigne remercie le courage de celle vingt ans après qui se débarrasse des enfants.

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C’est une charade d’époques, très bien ficelée par le travail de Lorraine Pintal, metteure en scène. Les décors sont immaculés, blancs et architecturaux. Michel Goulet a su faire briller la particule d’étincelle de chaque Albertine sur scène; la bouteille de Coca-Cola de 1962, la cigarette de 1952 ou le balcon de 1942. Les costumes sont prudes et parfaits, ceux de Sébastien Dionne. Le même col roulé jaune, la veste pastel et cette grotesque jupe bleu. Point barre. Aucune couronne en fourrure, aucun boa parsemé de pierres précieuses, aucunes jarretelles de velours. Tremblay dans tout ce qu’il a de plus authentique.

Et de plus fatal. Si vous connaissez, imaginez Albertine. Culpabilisant d’avoir mis au monde un Marcel, dont la déficience mentale devient le tabou familial. Honteuse d’avoir pratiquement battu à mort sa fille Thérèse qu’elle ne peut s’empêcher de traiter de guidoune, mais jamais de pute. Chacune d’elles, doyennes de années précédentes, prisonnières de qui elles ont été et refusent de continuer à être. Ces femmes enragées, perdues, éperdues que Tremblay a toujours eu l’audace de faire se parler, de faire s’engueuler.

Une belle pièce qui se lit certainement aussi bien qu’elle s’écoute. À vos cartes de bibliothèque ou votre paire de billets, les deux investissements se valent autant.  Seulement, il n’y aura aucune voix comme celle de Monique Miller pour narrer l’enfer des années accumulées.

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Se brûler les ailes.

17 Fév

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mea culpa, vilaine moi. j’ai eu la haine facile envers le théâtre du nouveau monde -petit T, petit N, petit M.- en novembre dernier, j’ai assisté à la représentation de la pièce «le balcon» -petit L, petit B.- et il m’a été impossible de vous écrire ce que j’en avais pensé. parce qu’il m’a été encore plus impossible d’en penser quoi que ce soit. je suis rarement déçue, je suis souvent quasi constamment surprise. mais, cette fois-là, rené richard cyr – petits R. petit C.- s’est adressé à un autre public que moi. je suis fidèle, mais j’ai flirté avec beaucoup d’appréhensions depuis. je crois même avoir dragué l’envie de me passionner pour le cinéma – grand C.

toujours est qu’il ne s’agissait que de la seconde pièce de la saison et qu’il  me fallait donner la chance aux quatre suivantes. janvier donc, deux mois plus tard dans ma tourmente. direction théâtre, vers le mythe d’ «Icare». je ne lis aucun article, je n’écoute aucune critique. ce que je sais : Michel Lemieux et Victor Pilon de Lemieux Pilon 4D Art participent à la mise en scène. je les connais. ils étaient là pour «La Belle et La Bête» quand il a fallu faire mourir les rosiers et s’évaporer le monstre mal-aimé. physiquement, il n’y avait ni rose, ni animal. mais, eux deux parviennent à projeter les êtres dans les dimensions que nous côtoyons.

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idem pour Icare qui s’échappe par la voie du ciel pendant que des milliards d’étoiles s’illuminaient de la scène au balcon. idem pour Dédale, son père, qui  n’en finit plus de converser avec les fantômes de ses regrets. l’enchâssement est difficile à suivre. on ne sait plus trop à qui la faute, si Dédale a fait exprès de coller les plumes avec de la cire, qu’il a dit de s’éloigner du soleil pour que son fils s’en approche davantage. l’auteur, Olivier Kemeid a une pensée brillante, mais elle ne scintille pas autant qu’elle le pourrait. peut-être ne suis-je qu’une fille et la relation papa-fiston ne m’évoque pas les mêmes sensations. reste que son mythe est une interprétation. la voie lactée sur mes bras et mon cou. splendide. puis, plus rien. puis, encore. puis, rien.

parmi le français international et timide de Renaud Lacelle-Bourdon, la voix mâle et authentique de Gilles Renaud dont la carrure impressionne. parallèlement à cette fragile faiblesse qu’il exprime à perpétuité. on croit dix fois qu’il va mourir sur scène tellement il la joue. surtout quand enfant-icare se lamente auprès de lui, avec une petite voix aux promesses puissantes. beaucoup d’envol. peu d’élan et une chute beaucoup trop brève.

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et, à l’aube de cette chute, Noëlla Huet, mezzo-soprano qui plus qu’accompagne les deux comédiens. elles les porte, les berce. elle rugit tout ce qu’ils ne se disent pas. elle hurle. s’arrête. et ce miraculeux silence ensuite, pendant que toute la salle se demande si la pièce est terminée, que toute la salle peine à commencer à applaudir. en espérant qu’elle se remettra à chanter le vrai mythe, jouant le choeur à elle seule.

En hommage aux dominicaux après-midis et à certains jours de pluie

17 Oct

Ô Seigneur! Comme il est savoureux de chasser les trésors dissimulés du réseau infini et illimité de la navigation Internet. Dieu sait combien d’heures se sont écoulées en cette vie scolaire dont l’absence des suppléances amène de la sécheresse sur les jours sans ciel bleu. Je remercie Jésus de tous les soleils qui se sont pointés dans mon univers informatique. Voici la dite galaxie.

==> Cette jolie dame, Eva Juliet, nous propose un carnet de ses B. à elle, ses Bonheurs. Elle ne publie pas souvent, mais elle publie pertinent. Ce sont des inspirations pour elle et, parfois, davantage pour nous. Un plaisir à consulter.

Mon carnet

==> Etsy est déjà le site parfait pour l’achat d’accessoires vintage ou d’outils pour les plus beaux DIY. MAIS! Il y séjourne un réseau de créatrices et de créateurs uniques. Dont cette compagnie qui ne m’est pas très utile pour l’instant, mais que je me promets de chérir d’ici là.

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==> L’inévitable IKEA qui nous fait déménager sans bouger, ni boîtes de carton. On joue la décoratrice intérieure pour gérer les cinq enfants qui pourraient se promener dans la maison éventuellement. On se sent assez superwoman quand on imagine acheter Ikea au grand complet. Contentez-vous de ceci.

 

==> Et – un peu en lien avec notre superbe CONCOURS – je fouille ces temps-ci pour trouver le parfait étui. Je veux de la couleur, des fleurs ou des animaux. J’accepte les formes ou les ciels étoilés. Tout y est.

Bonne recherche les internautes!

Mzepi

Il n’y a pas que les oiseaux qui chantent.

26 Sep

Et il est encore plus splendide de l’apprendre entre quatre murs et les rangées de sièges du Théâtre du Nouveau Monde. Jusqu’au 12 octobre est présentée la pièce « Le murmure du coquelicot », une production de la troupe Les 7 doigts de la main. Avec Rémy Girard et Pascale Montpetit pour rationaliser un minimum tout l’onirique discours qu’ils interprètent à merveille.

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Sur cette main, il y a réellement six doigts. Trois femmes sveltes et musclées, trois hommes souples et forts. On devine la multiculturalité du groupe à l’écoute des différents accents de Matias Plaul et Raphael Cruz. Car, les acrobates discutent avec les deux comédiens. Ils n’ont pas de réelles identités, ni de couleurs tous vêtus de blanc. Ils jouent les souvenirs brumeux de Raymond, un acteur à la carrière très peu rayonnante qui, invité à une audition mystérieuse, se met à jouer la rôle de Sa Vie. Madame B.  le guide. Cette femme, veston-cravache(!), tord le coeur du personnage pour qu’il avoue combien le départ brusque de sa mère a éclaboussé sa vie.

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Et comme Raymond n’a jamais vraiment brûler les planches d’un théâtre, il est heureux. On veut entendre parler de lui, on veut qu’il joue son passé. Les six figurants sont le décor,  les costumes, la musique ou les personnages secondaires. On ne demande à Raymond que d’être ce qu’il a toujours voulu être, de la petite école à sa soixantaine actuelle. Enfin et pourtant. Même dans sa vie, on peut  changer le texte, surtout celui qui se cache derrière la peinture de Monet que douce maman a laissé en héritage.

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Shana Carroll et Sébastien Soldevila sont cofondateurs de la troupe, metteurs en scène et auteurs de la pièce. C’est dire à quel point la construction du projet se centralise autour du cirque. À leurs yeux, chaque chorégraphie  est l’illustration poétique du sentiment, la touche métaphorique de chaque parole. Cette idée est tangible dans la pièce. Le cirque est davantage qu’un simple accessoire. Il s’agit du mode d’expression, de l’écho, du murmure.

Et mille fois le souffle est coupé par la beauté des mouvements ou la peur qu’un visage s’écrase au sol, mais jamais cela ne se produit, que le contrôle fluide des corps accrochés au vide. Le cirque, c’est toujours époustouflant. Sur une scène où l’espace est microscopique, c’est comme un oiseau qui vole dans une cage sans jamais perdre une plume, un oiseau que l’on écoute chanter de bonheur.

Mzepi

Prêtes à hiverner

15 Sep

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On savait déjà que Coeur de loup aka Nathalie Jourdain créait du beau. Elle a ce talent qu’il faut pour rendre trois mètres  de tissu absolument élégants et chics. Elle a ses coupes préférées, ses découpes faciles à aimer et toujours un détail qui prouve la minutie du travail de conception. Alors, une invitation à savourer un défilé pour connaître les nouveaux morceaux pour les saisons automne-hiver, on hurle oui.

La Salle Multi de Méduse était pleine à craquer. 5 rangées de chaises ont dû être ajoutées plus les curieux et les curieuses affluaient. Au fond, une grande scène décorée à l’ancienne par la boutique Si les objets pouvaient parlerDes chevreuils en taxidermie accrochés à un mur invisible, une vieille radio, une lampe retro et cette immense fauteuil en velour. Le ton est donné. Ne reste plus qu’à regarder les sept modèles sa balader sur la piste qui traverse quasiment toute la pièce.

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Crédit photo : Maryon Desjardins aka LlaMaryon

L’ambiance est chouette parce que la musique est entraînante. On chante des classiques comme Manon vient danser le ska. Sur le «runway»,  les filles dansent, galipettes et cabrioles. Elles sont pétillantes, on aime les regarder faire leur minuscule spectacle tout en appréciant l’épatant de chaque vêtement. Les motifs sont originaux, ça fait automne et chalet. Les robes font à toutes les grandeurs et les rondeurs. Pour ce qui est du détail: des poches en forme de coeur, des chaînes qui caressent les omoplates et des studs en forme de coeur. Quand elles se présentent avec une petite boîte blanche, les gens se mettent à crier et à lever les mains bien hauts dans les airs. Ils font leur spectacle à eux pour qu’on leur balance le précieux paquet.

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À deux reprises, un bref clip sur l’entreprise où Nathalie et ses sept mannequins répondent à des questions farfelues. On met une personnalité sur le visage. On rigole. « Coeur ou Loup? » Coeur pour la majorité, sauf Nathalie Jourdain qui se proclame nonchalamment – LOUP! Une louve très généreuse qui a fait tirer plus d’une dizaine de prix parmi la foule, qui a offert 20% sur sa collection, taxes payées et dix dollars de rabais pour le superbe haut que je me suis procuré mais qui avait une ri-kiki défaut.

Mille fois bravo et turbo merci.

MPHI

Des facteurs substantiels

30 Août

resto_logo      Il fallait y aller, après autant de publicités en faveur de ce super concept provenant des Rocheuses. On s’attendait à du cuistot d’ailleurs, de la Colombie-Britannique dans nos assiettes. À tout, sauf à un peu de rocailles dans notre première expérience au restaurant Le Bureau de poste.

      L’emplacement est idéal, le décor est unique. La place sent le bois et la chaleur d’un chalet. On étouffe un peu sous un plafond de bois et de poutres. Mais c’est authentique rare comme installation, bâtie par des vrais passionnés et des réels connaisseurs. Une bande de francs amis qui rentrent de leur long voyage dans l’Ouest. Ils ont laissé la trace de leur amour pour le snowboard. Des planches à roulettes comme abat-jour, des autocollants comme tapisseries. Même les pompes à bière sont des roues de skateboard.

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      Bref, on arrive à l’avance et la queue est déjà longue devant le restaurant. On va au long bar derrière lequel passe la lumière, c’est joli. Une dame est assise seule à une table de six, deux amis discutent autour de quatre places vides. Dommage! En attendant, on paie une bière aux cuisiniers tellement on approuve ce concept parfait.

C’est jeune, unique. Le menu est varié, turbo abordable parce que tout le monde a 4,95$ pour une petite assiette bien assaisonnée et rafraîchissante que je garantis à ton goût. Une bonne bouffe qui prouve que bien manger ne rime pas avec se ruiner, du fastfood qui goûte santé. Ça rappelle la simplicité de l’endroit et la volonté de l’équipe, un petit chose qui garantit le succès de la place.

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      On nous demande trois fois si on a payé nos bières au bar. On répond trois fois, mais on aimerait ça ne pas avoir à le faire. Notre table est débarrassée une assiette à la fois pendant que la dame est toujours assisse à sa table de six. Et dehors, la queue s’allonge. Les tables devraient pouvoir se séparer. Les gens devraient pouvoir rentrer plus vite, surtout que l’hiver va finir par arriver et l’après-ski ne se passe jamais sur les pentes enneigées.

Il ne suffit pas d’inspirer les Rocheuses, faut inspirer le professionnalisme aussi. Pas de poil dans les assiettes,  de serveuses un peu craintives, de bières qui mettent du temps à être servies. Prochaine fois, un tout autre rendez-vous hivernal. On veut une équipe rodée avec l’âge et la maturation, encore plus de chaleur pour un endroit qui démontre déjà un potentiel incroyable. Nous reviendrons, fidèles au poste.

En route vers son histoire

20 Août

Le bronzage est acquis et les congés ont été pris. Pour certains, même plusieurs, la rentrée se met déjà à sentir, son odeur qui flotte dans l’air des derniers jours de vacances. Pendant cette rocambolesque période estivale, une exposition s’est de loin démarquée dans sa composition et sa large interaction avec le public. Emboîtez-moi le pas vers l’exposition Le Grand Atelier du MNBAQ (Musée National des beaux-arts de Québec).

Premier arrêt. Rue Cartier au coin René-Lévesque. EXMURO et l’artiste Phelipe Soldevila ont été solicités par le MNBAQ pour créer une murale nommée Le mystère de la création (merci Pellan). Émergent d’un imaginaire aussi ludique que celui d’Alfred Pellan, la bête a deux têtes et sa texture colorée nous laisse choisir entre un corps d’écailles, de poils ou de plumage. Cet atelier à ciel ouvert a rendu publique la démarche d’un artiste, une création vulnérable sous nos regards de promeneurs.

Deuxième arrêt. Rue Cartier en direction de Grande-Allée. Dans le parterre de la SAQ ou sur les pots de fleurs devant le Jardin Mobile, de petites bestioles se sont perchées. Pour nous aider à les remarquer, nous qui regardons souvent notre nombril ou notre liste d’épicerie, le trottoir est parsemé de flèches réunies en différents rassemblements qui mènent vers un petit monstre. La curiosité est éveillée. Il faut continuer à marcher.

 

Troisième arrêt. Le terrain du musée est proche, c’est notre prochaine destination. Avant, toujours dans ce grand atelier municipal, les promeneurs de tout à l’heure sont devenus les artistes de maintenant. Sous un ciel d’été, plusieurs familles se sont rencontrées. Encore une fois des couleurs, des formes et de l’imaginaire. Je dis bien joué au musée pour cette partie de l’exposition.

   

Dernier arrêt. Ça y est, c’est fait. On est rendu, déjà émerveillés et bien gâtés par le parcours qui a été fait. On plonge dans un univers intime, celui de Pellan. Il y a de la place pour les petits et les grands. Les lieux sont remplis de fantaisies et de vérités. Les réponses aux questions qu’on ne posait pas sont là. On découvre encore, on comprend. L’homme derrière le peintre, la réalité derrière l’imaginaire.

Et le chemin se continue. Aujourd’hui, la maison d’enfance d’Alfred Pellan a été retrouvée. Le Musée est content, l’histoire se poursuit même si l’homme a cessé. L’oeuvre est encore là et les gens d’aujourd’hui participent à la faire grandir. À voir et à apprécier.

L’été se donne en spectacle/l’éloge des artistes macroscopiques

22 Juil

Je suis une saison qui se suffit à elle-même. J’ai chaud, je transpire. Je sue parfois, mais pas trop. Il le faut pour rester belle. Belle et splendide avec mes lunettes de soleil et ma rayonnante estivalité. Un mot qui existe quand vous êtes en maillot sur une plage de sable dru des eaux douces d’ici, à  vélo dans un champ qui sert de palace à une famille quadri-générationnelle de criquets et de sauterelles, en jupe courte, en gougounes, torse nu et démoustachu. Une goutte qui glisse le long d’un pichet de sangria, une étincelle qui s’envole loin de sa maison Le Feu, ta guimauve au bout du bâton, une guitare, un ukulélé, un potager qui donne des tomates et ta langue dans une crème glacée. Tremper dans le chocolat, si tu veux.

Je suis l’estival de votre année et ça me plait parce qu’ils ne sont pas très chauds vos trois-cent-soixante-cinq jours. Puis, vous ne manquez pas d’eau pour vous rafraîchir, ni d’électricité pour l’air climatisé.

Vous ne manquez pas d’occasion de profiter de mon flamboyant. Tout ce qu’il faut, ici. Baleines, feux d’artifices, festivals de nourriture et d’alcool, gaspésie, jazz, terrasse, une piscine, vente trottoirs, chalets, camping, rivières fraîches, guacamole, salsa, nachos, bronzer, pêcher, des fleurs, des pissenlits et un peu de limonade aussi.

De la petite limonade de petits enfants sur le petit trottoir dans la petite ruelle. Et, sur les grands boulevards, entre deux intersections, trois ou quatre bidons de plastique, deux baguettes et un solo de batterie-pas-batterie qui te fait t’arrêter sur ma route. Ma route des vacances et du temps bien perdu, du temps rentable qui te mène nulle part dans ton avenir, mais te fait respirer dans ton bonheur.

Un violon sur un banc entre des mains expertes qui te chantent la pomme vers trois heures du matin quand tu rentres de quelques pourcentages d’alcool, des rires et des histoires-souvenirs. Ces soirs-là où on est tellement de bonne humeur que tu te postes à côté du violoniste pour danser un peu avec une amie  ou un autre quelqu’un un peu plus qu’ami.

Le bonhomme à qui tu empruntes une chaise dans un bar, que tu reconnais un peu et à qui tu prends le temps de dire qu’il jouait bien de la flûte traversière l’autre fois sur la scène où il improvisait avec trois-quatre amis. Lui qui sourit, content. La conversation s’engage.

Un chanteur connu qui atterrit sur la terrasse où tu finis toujours tes soirées anonymes. Le chanteur que tu remercies de sa musique parce que tes cheveux sentent l’été et que le soleil a fait rougir tes joues bien avant qu’il te dise cool de façon extrêmement cool. Avoir quatorze ans parce qu’en juillet, on n’a pas d’âge.

Des tours de magie ou de jonglage sur un monocycle, une guitare, un dessin fait en craie, une œuvre plus grosse en peinture fraîche sur un mur de béton, un vieux barbu qui te raconte sa vie, un cracheur de feu parfois, encore une guitare, la gang de Greenpeace qui ont des propos vraiment intelligents à te faire réfléchir à, un garçon en équilibre sur un ballon, une vieille dame qui te vend le meilleur de tous les melons, les touristes, les touristes avec des caméras, les garçons qui se font beaux, toi qui te fais belle.

Je suis la saison de toutes les parades. Le moment où l’on ralentit le pas pour s’afficher au soleil, s’afficher en vacances. Je vous en prie, humanité, utilisez la chaleur comme meilleure raison pour ne pas s’essouffler et rendre chaque instant plus intemporel qu’il ne l’est habituellement.

Fais tout au ralenti. À l’opposé de ton attitude printanière, au lieu de sourire en coin quand tu vois le musicien dans la rue que tu longes, arrête-toi ou vous, écoute-le ou la et jasez. Tu trouveras l’argent que tu déposeras dans son étui amplement mérité parce que ces gens-là ont une histoire aussi plaisante que leurs partitions.

Et si tu es plus timide, moins porté à la musicalité, essaie de connaître le parcours de la dame qui te vend un bracelet en cuir, le garçon qui propose six sortes de tomate au marché, adopte le guide pour supporter le commerce local et discute indépendance avec des couturières de chez toi, demande du feu à ton voisin de palier et invite-le à se joindre à ton groupe, fais un château de sable avec un enfant mystère qui trouve que ton maillot de bain est coloré, fais un barbecue avec tes voisins qui ont douze décennies de plus que tes colocs, dessine une carte d’anniversaire pour ton collègue de travail à qui tu n’adresses jamais la parole.

Parle aux gens pendant que je te fusille d’ultra-violet.

Bon été.
Marie-Phi

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